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1579. (1914) En lisant Molière. L’homme et son temps, l’écrivain et son œuvre pp. 1-315

À cette époque, Jean-Baptiste Rousseau, qui se trouvait posséder les manuscrits de la Jalousie du Barbouillé et du Médecin volant, les envoya tous deux à M. de Chauvelin pour l’édition complète de Molière que celui-ci préparait. […] Il s’agit de posséder une femme. […] Elle la prévient en disant qu’en effet il fallait nier, mais qu’elle n’y a pas pensé : Mon trouble, il est bien vrai, m’a si fort possédée, Que de le démentir je n’ai point eu l’idée. […] Mais Don Juan est un gentilhomme, Molière sa voulu ainsi et il y en a, qui n’a pas gardé le sentiment de l’honneur, à preuve qu’il se marie avec le ferme propos d’abandonner sa femme et qu’il, promet le mariage à toutes les filles, choses qu’un gentilhomme ne fait pas : un gentilhomme séduit une jeune fille sans l’épouser mais ne réponse pas pour la séduire, et il laisse aux croquants l’art trop facile de posséder une paysanne en lui promettant mariage. […] Comme toujours, ou du moins comme souvent, Molière a sans doute pensé que l’homme n’est pas un théorème qui marche, qu’il n’est pas rigide et que si possédé qu’il soit d’une passion il en admet d’autres et d’autres qui sont presque incompatibles avec celle-là.

1580. (1887) Études critiques sur l’histoire de la littérature française. Troisième série pp. 1-326

Mais si Racine, avec tout son art et tout son esprit, n’avait pas, au contraire, possédé cette expérience, il ne serait pas Racine, et ses tragédies vaudraient celles de Voltaire. […] Cela prouverait seulement que nous ne possédons pas les éléments de la solution du problème, et qu’étant toujours posée, la difficulté, toujours actuelle, est ainsi moins surannée qu’on ne le veut prétendre. […] Une courte biographie, où l’on n’affecte aucune prétention d’être neuf, mais exacte et facile à lire ; où l’on ne s’attarde point à discuter dans le détail les opinions qu’on ne partage pas, mais où tout simplement on les passe sous silence ; pas de phrases, pas de paradoxes, aucun étalage d’érudition, mais plutôt un constant et visible souci de dissimuler ce que l’on en possède ; point d’allusions à Confucius, comme chez M.  […] La bibliothèque de Neufchâtel possède le manuscrit d’une autre comédie de Rousseau, détestable d’ailleurs et heureusement inachevée.

1581. (1889) Histoire de la littérature française. Tome II (16e éd.) « Chapitre sixième »

Un autre produit moins aimable de l’école italo-hispanique, Saint-Amant, en imitait les jeux d’esprit avec la furie française, et n’était pas toujours assez de sang-froid pour y mettre « le grain de bon gens. » Celui-là possédait tellement à fond son Marini, qu’il pouvait parier avec Chapelain à qui saurait au juste le nombre de stances dont se compose l’Adone, et il gagnait son pari. […] Il possédait toutes les qualités opposées aux défauts qu’il avait à corriger ; c’étaient comme autant d’armes appropriées à tous les genres de combat qu’il allait livrer.

1582. (1896) Le livre des masques

Herold possède à un haut point le don du rythme, mais il le possède assez pour que sa poésie ait la grâce d’une chose vivante, doucement et languidement vivante.

1583. (1895) Impressions de théâtre. Huitième série

… tu possèdes les clefs du paradis I » De cette sorte de népenthès mystique qu’insinue en nous, goutte par goutte, verset par verset, le charme monotone de ces murmurantes leçons de détachement, de déliement, d’oubli du monde, de vie solitaire en soi et en Dieu, rien absolument n’est resté dans les vers drus, robustes, musclés et ronflants du superbe poète. […] Phalante énumère ses richesses, décrit par le menu un château qu’il croit posséder, puis décrit le jardin, qui est un jardin du genre pompeux et, pour finir, une fontaine monumentale : la fontaine des Danaïdes. […] Cet homme nous possède ; nos pires et nos meilleurs instincts l’adorent, car il a fait connaître à nos aïeux, dans toute leur plénitude, la vie brutale et la vie désintéressée, l’orgueil insolent d’être matériellement les plus forts, et, en même temps, les joies du renoncement et du sacrifice, et le sentiment de quelque chose de préférable à la vie même. […] Je posséderai, en ta présence, ta maîtresse Livie, que tu adores toujours, je le sais. […] Secondement, — car elle possède son théâtre, elle pousse l’héroïsme jusqu’à dire à Pierre : « Je ne vous aime pas. » Sur quoi la mère s’écrie : « Tu vois bien qu’elle ment ! 

1584. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre V. Comment finissent les comédiennes » pp. 216-393

Il y avait autrefois, dans le Paris en deçà de 1789, c’est-à-dire en deçà de la liberté de parler et d’écrire, entre la Bastille et le château de Vincennes, sous le coup des lettres de cachet, quand une allusion dans quelque tragédie où le censeur avait passé trois fois, éclatait soudaine et terrible, au milieu d’un parterre où toutes les révoltes couvaient sourdement, tel président au Parlement, tel chevalier de Saint-Louis, telle marquise occupée à profiter et à médire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, faute d’oser mal parler du roi, tel entretenu des gabelles, de l’Église, de l’Académie ou des fermes-générales, qui possédait sur le bout du doigt, l’état complet de l’Opéra-Comique, du théâtre de la foire ou des concerts spirituels. […] où c’est l’homme qui se possède le mieux, qui se livre aux plus féroces emportements ; où c’est le cœur froid qui exprime le mieux les tendresses de l’amour ; où les beaux rôles de la jeunesse appartiennent, par droit de conquête, aux hommes et aux femmes d’un âge mûr. — Baron jouait, à soixante ans, le comte d’Essex, Xipharès et Britannicus. […] C’en est fait ;Je me veux guérir, et connais bien Ce que de votre cœur a possédé le mien. […] Le pauvre homme faisait pitié ; il avait des contorsions horribles : il appelait à son secours ses meilleures grimaces ; il se menait et se démenait comme un possédé dans un exorcisme ! […] Jeune encore, le docteur Blanche a vu venir à lui, à demi fous d’épouvante, les vieux poètes de l’Empire épouvantés des premiers bruits de la naissante poésie ; il a vu l’Académie inquiète du Cénacle ; il a vu plus tard le Cénacle, à son tour, possédé de cette ambition perverse qui ne veut rien tolérer de tout ce qui s’élève ou se tient debout à côté d’elle !

1585. (1922) Le stupide XIXe siècle, exposé des insanités meurtrières qui se sont abattues sur la France depuis 130 ans, 1789-1919

Cela, jusqu’à l’extrémité des terres habitées : « Mon imagination est morte à Saint-Jean-d’Acre. » En outre, Napoléon Ier possédait ce don de fascination, tenant à l’allure, à la voix, à la corporéité et aussi à l’irradiation nerveuse qui, rendant la résistance d’autrui difficile, ne laisse plus subsister, comme obstacles, que les chocs en retour de la réalité meurtrie et irritée. […] Il en possède les deux principaux caractères : 1° divinisation de l’impulsion sexuelle ; 2° prédominance formidable des moyens d’expression sur les idées ou sentiments à exprimer, en un mot inflation verbale, avec dépréciation consécutive de la valeur réelle des mots. […] Barbey d’Aurevilly (chez qui le critique égale, en maint endroit, le romancier) possédait parfaitement cette vérité ; c’est ce qui explique sa solitude volontaire, hautaine, résignée, en même temps que le silence, à peine interrompu de quelques coassements de grenouilles, qui s’établit autour de lui, afin de le murer hors de sa gloire. […] Il n’est rien de plus joyeux (quand on possède un bon estomac bien entendu) que de défendre la société et la tradition, au nom de principes un peu fermes, et de voir aussitôt se hérisser ceux-là mêmes pour la sécurité desquels on se dévoue. […] Au résumé, et sans qu’il soit besoin de poursuivre indéfiniment cette énumération, chaque être humain possède en lui le moyen d’agir, soit sur ses propres tissus, soit sur ceux de ses semblables, par une irradiation de sa personnalité, plus ou moins vive selon les sujets.

1586. (1890) Les romanciers d’aujourd’hui pp. -357

Il sait toutes les inclinations du cœur, excelle à débrouiller les situations les plus délicates, possède pour les petits malaises de la vie amoureuse, pour les troubles des sens à tous les âges, d’admirables recettes familières, et il vous les donne sans pédanterie, avec sa longue expérience, sa fine bonhomie et sa grande douceur de parole. […] Dans ce genre, les amateurs possèdent de lui toute une bibliothèque de chaise longue : Pour lire au bain, Tendrement, Lili et Colette, Les Îles d’amour, Le Nouveau Décaméron, de ces livres comme les aimait la belle dame de Jean-Jacques et qu’elle ne trouvait incommodes qu’en ce qu’on ne les peut lire que d’une main142. […] Comme romancier, on cite de lui Possédée d’amour et Le Satyre.

1587. (1932) Les idées politiques de la France

Ce furent les deux seuls ministères qu’ambitionna et que posséda Clemenceau. […] Entre le cadre d’idées et l’homme vivant, une démocratie voisine, la démocratie suisse, peut-être la vraie démocratie, possède un intermédiaire, qui est le référendum.  […] Être une Internationale, posséder une langue internationale, voilà évidemment un avantage.

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