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1412. (1887) Les œuvres et les hommes. Les philosophes et les écrivains religieux (deuxième série). IX « Lacordaire. Conférences de Notre-Dame de Paris » pp. 313-328

Il faut bien le dire : l’art pour l’art, ce déplorable et faux système (l’art ne devant jamais être que le glorieux serviteur de la vérité), trouve une application trop fréquente dans notre pays quand il s’agit de l’éloquence, Par une faiblesse commune aux plus mâles esprits, tous ou presque tous nous allons nous asseoir, avec l’espérance d’une grande sensation ou d’une puissante ivresse, devant l’homme qui ne représente souvent pour nous que l’erreur ou que le sophisme, et nous écoutons comme un bois mélodieux et sonore une créature vivante qui abuse artistement de la parole, au lieu de l’écouter comme un pur instrument de la Vérité qui devrait faire palpiter dans nos cœurs l’amour que nous avons pour elle.

1413. (1899) Les œuvres et les hommes. Les philosophes et les écrivains religieux (troisième série). XVII « L’abbé Christophe »

Si, au contraire, ce qu’ils ont écrit est faux ou médiocre, la défense qu’ils feront de leur livre ne le sauvera pas.

1414. (1899) Les œuvres et les hommes. Les philosophes et les écrivains religieux (troisième série). XVII « L’abbé Gratry »

L’auteur de la Connaissance de Dieu fait très bien observer que le joug rejeté trop longtemps de la théologie n’en a pas moins laissé son empreinte sur toutes les idées des penseurs contemporains, même les plus impatients et les plus révoltés, et c’est ainsi, par exemple, que l’Esquisse d’une philosophie, par Lamennais, n’est qu’une fausse application du dogme de la Trinité, et que le système de Hegel n’en est qu’une interprétation absurde.

1415. (1899) Les œuvres et les hommes. Les philosophes et les écrivains religieux (troisième série). XVII « E. Caro »

Les nouveaux critiques de l’Idée de Dieu ont remis en valeur des théories qui n’avaient pas le degré de force, de précision et de profondeur, qu’on est en droit d’exiger d’une philosophie, et l’insuffisant redevenait du vrai à la lumière épouvantable du faux complet !

1416. (1906) Les œuvres et les hommes. Poésie et poètes. XXIII « Achille du Clésieux »

Il casserait toutes les baguettes magiques… Lamartine, tout religieux qu’il fût dans les racines même de son être, enivré par les idées amollissantes de ce lâche siècle trébucha et tomba souvent dans un christianisme faux.

1417. (1904) Les œuvres et les hommes. Romanciers d’hier et d’avant-hier. XIX « Stendhal et Balzac » pp. 1-16

Paradoxe est le mot que les préjugés, qui ne sont pas si bêtes qu’ils sont faux, ont donné à beaucoup d’idées vraies.

1418. (1904) Les œuvres et les hommes. Romanciers d’hier et d’avant-hier. XIX « Xavier Aubryet et Albéric Second » pp. 255-270

Stendhal raconte, dans son livre de l’Amour, qu’il a tué l’amour dans le cœur d’une femme qui commençait d’en avoir pour un homme, en lui disant seulement qu’il faisait avec sa cravate ce qu’on appelle la lessive du Gascon, ce qui, d’ailleurs, était parfaitement faux.

1419. (1904) Les œuvres et les hommes. Romanciers d’hier et d’avant-hier. XIX « Arsène Houssaye » pp. 271-286

Et c’est cette ironie, toujours prête et qui passe jusqu’entre les baisers qu’on se donne dans l’œuvre de Houssaye, et on s’y en donne beaucoup, puisque c’est l’histoire des amours, faux ou vrais, du Paris du xixe  siècle ; c’est cette ironie, qui se tortille à travers toutes ces roses et ces camélias comme le serpent de la sagesse et de la science de la vie, qui fait de l’auteur des Grandes Dames, en fin de compte, un moraliste.

1420. (1865) Les œuvres et les hommes. Les romanciers. IV « M. Edmond About » pp. 91-105

Ils sont tous faux, quand ils ne sont pas impossibles.

1421. (1865) Les œuvres et les hommes. Les romanciers. IV « M. Paul Féval » pp. 145-158

En mon âme et conscience, je le crois, de nature, un romancier qui pourrait être grand, mais un romancier qui s’est compromis dans un genre, non pas faux (entendez-moi bien !)

1422. (1908) Les œuvres et les hommes XXIV. Voyageurs et romanciers « Francis Wey »

Il a de leur saveur mordante Il a comme eux le coup de dent, et cette belle horreur du vulgaire qui donne en passant si bien le paquet aux idées communes et au faux goût.

1423. (1908) Les œuvres et les hommes XXIV. Voyageurs et romanciers « Arthur de Gravillon »

Il en sort par la rêverie, l’imagination et les fausses tendresses.

1424. (1773) Essai sur les éloges « Chapitre XVI. Des sophistes grecs ; du genre de leur éloquence et de leurs éloges ; panégyriques depuis Trajan jusqu’à Dioclétien. »

Il suit de là que toute éloquence qui ne se propose que de faire battre des mains, doit être, à la longue, froide, fausse et médiocre.

1425. (1773) Essai sur les éloges « Chapitre XXXI. De Mascaron et de Bossuet. »

Trop souvent il retombe dans la métaphysique de l’esprit, qui paraît une espèce de luxe, mais un luxe faux qui annonce plus de pauvreté que de richesse.

1426. (1903) Le mouvement poétique français de 1867 à 1900. [1] Rapport pp. -218

Mais quelques hésitations sur telle ou telle personnalité ne sauraient diminuer la valeur d’un jugement général ; on peut affirmer que, contrairement à l’opinion qui voit en eux des charmants, des « polis », des subtils, des parfumés, les poètes du xiiie  siècle eurent l’âme et la parole vulgaires, autant que petit le génie ; que la plupart ne furent pas moins la fausse élégance que ce boursouflé rhéteur, Jean-Baptiste Rousseau, ne fut la fausse grandeur ; et qu’ils étaient, poétiquement, pis que des courtisans, des laquais. […] il a mis du temps à se débarrasser du faux mysticisme allemand et du spleen britannique,  — il leur a, je pense, beaucoup plus donné qu’il n’a reçu d’elles ; comme notre révolution sociale, notre révolution poétique a rayonné sur l’Europe ; profondément et absolument française, elle s’est universalisée ; et il ne pouvait pas en être autrement, puisque le vrai sens du mot Romantisme, le seul accepté par Victor Hugo, c’est : « Liberté dans l’Art ». […] Rien de plus faux. […] Qui sait si, alors, dans Avignon, comme dit le royal Mistral, une franche et robuste remise en place n’eût pas réussi à détourner Stéphane Mallarmé de la fausse voie qu’il s’était comme trouée par six ans de solitude qu’avait précédés, à Londres, tant de misère maladive ? […] Et, pour être longtemps entendues, il faut que, même patriotiques, les trompettes ne sonnent pas faux.

1427. (1896) Les idées en marche pp. 1-385

Sous cette forme la proposition est fausse. […] Assez des faux émancipateurs qui fondent des écoles, et, délicieuse contradiction, réglementent ensuite, à leur profit, la liberté ! […] Elle se nourrit de vide et d’ombre, son vertige est dans l’inconnu, l’erreur, l’interprétation fausse. […] Ainsi formulé le précepte est faux. […] La spontanéité l’emporte, qui fraye une route impétueuse au tempérament, au caractère et ne les fausse jamais.

1428. (1905) Études et portraits. Sociologie et littérature. Tome 3.

Grasset, lui, est un biologiste professionnel A ce titre il s’inscrit en faux contre cette identité prétendue qui n’est qu’une confusion de méthode et d’objet. […] Le prestige dont ces théories, manifestement fausses à notre regard, furent revêtues, dérivait de plusieurs causes. […] C’est là que les Jacobins prononcent le deux et deux font cinq qui fausse nécessairement le total de l’addition.‌ […] Il réside dans le caractère radicalement faux du rôle assigné à ces éducateurs du peuple. […] L’expérience et la réflexion paraissent bien démontrer que cet Idéal est aussi dangereux qu’il est faux.

1429. (1891) La vie littéraire. Troisième série pp. -396

« Ces idées, disait-il expressément, doivent être fausses, puisqu’elles sont dangereuses. » Et maintenant, il fonde la critique nouvelle sur l’hypothèse de l’évolution. […] Seulement des fausses barbes pour représenter les hommes. […] Marie pécha avec le faux moine et s’engagea dans une hôtellerie d’Édesse en l’an 358. […] Il le dit expressément : « Toutes les fois qu’une doctrine aboutira par voie de conséquence logique à mettre en question les principes sur lesquels la société repose, elle sera fausse, n’en faites pas de doute ; et l’erreur en aura pour mesure de son énormité la gravité du mal même qu’elle sera capable de causer à la société. » Et, un peu plus loin, il dit des déterministes que « leurs idées doivent être fausses puisqu’elles sont dangereuses ». […] Et la femme répond ingénument : J’ai tant reçu de fausses lettres Que vous étiez mort à l’armée, Que je me suis remariée.

1430. (1932) Les deux sources de la morale et de la religion « La religion statique »

L’expérience a beau dire « c’est faux » et le raisonnement « c’est absurde », l’humanité ne s’en cramponne que davantage à l’absurdité et à l’erreur. […] Il risquerait de diviser à faux, de grouper à faux. […] Une expérience systématiquement fausse, se dressant devant l’intelligence, pourra l’arrêter au moment où elle irait trop loin dans les conséquences qu’elle tire de l’expérience vraie. […] Sans encore approfondir ce point, remarquons que l’esprit humain peut être dans le vrai ou dans le faux, mais que dans un cas comme dans l’autre, quelle que soit la direction où il s’est engagé, il va droit devant lui : de conséquence en conséquence, d’analyse en analyse, il s’enfonce davantage dans l’erreur, comme il s’épanouit plus complètement dans la vérité. […] Vouloir expliquer chacune de ces éliminations par la précédente serait faire fausse route ; toutes s’expliquent par une opération unique, qui est l’acte lui-même dans sa simplicité.

1431. (1769) Les deux âges du goût et du génie français sous Louis XIV et sous Louis XV pp. -532

On se fait de fausses idées sur la gloire ; on oublie ce qui est utile pour s’occuper de ce qui est frappant. […] Je ne crains que les fausses démarches de vos successeurs. […] C’était l’Auteur des Fausses Infidélités. […] C’était d’avoir masqué plus d’un Roman du faux titre d’histoire. […] Jamais de fausses rimes, & les rimes les plus exactes semblent s’offrir d’elles-mêmes à son choix.

1432. (1866) Histoire de la littérature anglaise (2e éd. revue et augmentée) « Livre III. L’âge classique. — Chapitre V. Swift. » pp. 2-82

Nulle grandeur fausse ou vraie ne se soutient devant lui ; les choses sondées et maniées perdent à l’instant leur prestige et leur valeur. […] Pour achever, Swift leur enseignait un expédient pratique, proportionné à leur intelligence et à leur état. « Le simple soldat, quand il ira au marché ou à la taverne, offrira cette monnaie ; si on la refuse, il sacrera, fera le diable à quatre, menacera de battre le boucher ou la cabaretière, ou prendra les marchandises par force, et leur jettera la pièce fausse. […] Il suppose que l’âme ressemble à un spéculum ou miroir plano-cylindrique, le côté plat représentant les choses comme elles sont, et le côté cylindrique, selon les règles de la catoptrique, devant représenter les choses vraies comme fausses et les choses fausses comme vraies.

1433. (1887) Journal des Goncourt. Tome II (1862-1865) « Année 1863 » pp. 77-169

Puis on parle pédérastie, et d’un certain pédéraste se faisant 1 800 francs dans la saison des bals masqués, pédéraste qui a trouvé le moyen de se faire de la fausse gorge avec du mou de veau qu’il fait bouillir, et taille en forme de téton. […] C’est Taine, l’incarnation en chair et en os de la critique moderne, critique à la fois très savante, très ingénieuse, et très souvent fausse au-delà de ce qu’on peut imaginer. […] Il s’accroche au moindre mot technique que nous lâchons, le crayonne sur une feuille de papier, où il bâtit son article au moyen de points de repère, semés ça et là, qui lui donnent l’air du dessin d’un acarus du faux bourdon, grossi au microscope. […] Alors il esquisse un Jésus, fils d’une parfumeuse et d’un charpentier, un mauvais sujet qui quitte ses parents et envoie dinguer sa mère, qui s’entoure d’un tas de canailles, de gens tarés, de croquemorts, de filles de mauvaise vie, qui conspire contre le gouvernement établi, et qu’on a très bien fait de crucifier ou plutôt de lapider : un socialiste, un Sobrier de ce temps-là, un exaspéré contre les riches, le théoricien désespéré de l’Imitation, le destructeur de la famille et de la propriété, amenant dans le monde un fleuve de sang, et les persécutions, et les inquisitions, et les guerres de religion, faisant la nuit sur la civilisation, au sortir de la pleine lumière qu’était le polythéisme, abîmant l’art, détruisant la pensée, en sorte que les siècles, qui viennent après lui ne sont que de la m… jusqu’à ce que trois ou quatre manuscrits, rapportés de Constantinople par Lascaris, et trois ou quatre morceaux de statues, retrouvés en Italie, lors de la Renaissance, soient, pour l’humanité, comme un jour rouvert, en pleines ténèbres… » « Ça c’était un livre, ça pouvait être faux, mais le livre avait sa logique.

1434. (1853) Portraits littéraires. Tome II (3e éd.) pp. 59-300

Je pense donc que le personnage de Louis de Rohan est conçu d’après une donnée fausse. […] Car le reproche d’aveuglement et de jactance vaut mieux que le reproche de coquetterie mondaine et de fausse abnégation. […] Il a confondu dans une commune haine les parties fausses et les parties vraiment belles de la tragédie française. […] Il sait très bien ce qu’il vaut et ce qu’il peut ; il a mesuré ses forces et son courage, et s’abstient avec une égale persévérance de la fausse modestie et de la fierté emphatique. […] Si le pays se résigne à comprendre qu’il est dans une fausse voie, qu’il a besoin d’un sauveur, le poète transfiguré se résignera courageusement à l’accomplissement de sa mission.

1435. (1890) Les princes de la jeune critique pp. -299

Arrière donc la fausse impartialité ! […] Je voudrais le croire, mais je crains que les résultats de l’analyse à laquelle je le soumets ne paraissent faux d’un côté, précisément parce qu’ils seront justes d’un autre. […] Je pardonne pourtant plus volontiers à l’artiste d’être exclusif : un artiste vaut encore par sa façon originale de concevoir les choses, fût-elle exagérée et partant à demi fausse. […] Brunetière excelle à pousser une idée juste jusqu’au point où elle devient fausse. […] À force d’étudier uniquement à travers soi-même les œuvres littéraires, on s’expose à leur prêter de fausses couleurs.

1436. (1903) Le problème de l’avenir latin

À ce double point de vue, je puis bien dire, sans fausse honte, que la méthode ici pratiquée diffère de celles couramment suivies. […] L’expression doit en ce cas être prise au figuré, où elle devient aussi vraie qu’elle est fausse au propre.‌ […] Le primitif qui s’approprie les mœurs de l’extrême maturité fausse le développement de son être entier. […] N’importerait-il pas, pour l’avenir du monde, que des peuples qui représentent des principes faux fussent réduits au silence ? […] Pensons bien que, s’il en était ainsi, c’est que nous devrions périr en tant que représentants de principes faux, d’une civilisation fausse, en tant que réceptacles de germes pernicieux.

1437. (1925) Les écrivains. Première série (1884-1894)

Tissot par exemple, les idées les plus fausses de ce peuple, en des livres mal écrits — aussi mal écrits qu’ils étaient mal informés. […] Car les époques se hâtent, et chacune apporte avec elle ses chansons et ses faux dieux, ses gloires, chansons qui se taisent, faux dieux dont les autels s’effondrent, gloires qui, brusquement, s’évanouissent et rentrent dans le grand silence des choses mortes. […] Ou c’est la maison qui ment, ou c’est la légende qui est fausse. […] Et, malgré moi, je trouvai que ce nom de Caro, prononcé dans un tel paysage, avait comme une résonance fausse. […] C’est à peins si on le tolère encore au théâtre, où il ne fait pas d’argent, d’ailleurs, et où il nous ennuie prodigieusement, tant il nous apparaît faux, ridicule, barbare et caduc.

1438. (1927) Les écrivains. Deuxième série (1895-1910)

La plupart du temps, il ne sait pas pourquoi on l’arrête, et il n’a aucun moyen de le savoir, ni aucune possibilité de se défendre contre ce qui, très souvent, ne repose que sur une fausse accusation ou une simple erreur d’identité. […] C’est la nature de plus en plus soumise, la stérilité chassée du sol et de l’humanité, et la richesse venant, coulant de ces deux sources premières, la femme féconde et la terre vierge, en communion d’amour… Et pendant que Mathieu va de conquête en créations, pendant que la vie germe, pullule de sa volonté et de son amour, autour de lui, près de lui et loin de lui, l’existence fausse et traditionnelle mauvaisement, l’existence telle que l’ont faite des égoïsmes destructeurs, les préjugés, les habitudes sociales, la pauvreté du cœur, poursuit ses ravages et multiplie ses drames terribles. […] Ils décidèrent, dans un conciliabule bref, qu’ils la suivraient : Lieue après lieue et pas à pas, Par fausse route et route vraie, Jusqu’au trépas… Et voici ce bref conciliabule : Martial voulut parler, mais Luc, l’adroit, Avant qu’il n’eût parlé, dit : « Me voici ». […] Je plains sincèrement les braves gens qui vont toujours cherchant, en dehors des réalités de la vie… qui vont toujours cherchant de la joie ou de la douleur, du comique ou du tragique, du rire ou de l’effroi, et de l’invraisemblable, du fantastique, de l’impossible, comme si la pauvre imagination, si peu humaine, du littérateur ou de l’artiste, pouvait, en n’importe quoi, créer, inventer, rêver quelque chose de mieux que ce qui se passe et ce qu’on voit, tous les jours, autour de soi, sur les visages et dans les âmes… Faux sublime, fausse farce, fausse douleur, fausse joie, faux rire du romantisme mort et du symbolisme mort-né, que vous êtes piteux, pauvres masques, et que vous êtes loin de la vie, en qui sont toutes les sources abondantes, bouillonnantes et jamais taries, et toujours renouvelées ! […] Des journalistes ont imaginé que Marguerite Audoux s’écria alors : « Puisque je ne peux plus coudre un corsage, je vais faire un livre. » Cette légende, capable de satisfaire, à la fois, le goût qu’ont les bourgeois pour l’extraordinaire, et le mépris qu’ils ont de la littérature, est fausse et absurde.

1439. (1894) La bataille littéraire. Septième série (1893) pp. -307

Bien sûr, c’est faux, archifaux. […] La République est bien vite proclamée par quelques imprévoyants, et alors commence une sorte de parodie de la première Révolution ; un imbécile, juché sur une barricade, apprend la fausse nouvelle de la mort de Louis-Philippe — « Tarquin est mort !  […] Il y a là, je crois, un faux calcul de la part des éditeurs qui ne savent pas combien rebute un livre compact, quelle que soit la valeur de son écrivain ; enfin, puisque nous avons un petit livre, ne nous occupons que. […] La fausse interprétation de deux paraboles du Christ éloigne pour longtemps les deux disciples de la voie de la vérité ; ils la retrouvent dans une contrée inconnue, heureuse comme celle dont le fleuve Bœtis arrosait les bords, pays enchanteur né d’un rêve. […] Dès le lendemain, toute la presse reptilienne se répandait en injures, en perfides incriminations contre le cabinet français, accusé de falsification de pièces (Bismarck parlant de faux !) 

1440. (1870) Portraits contemporains. Tome II (4e éd.) « M. DE VIGNY (Servitude et Grandeur militaires.) » pp. 52-90

« Il ne faut disséquer que les morts : cette manière de chercher à ouvrir le cerveau d’un vivant est fausse et mauvaise. […] « 14 juillet 1829. » La lettre suivante a plus d’importance, puisqu’elle roule tout entière sur cette méthode même de critique que j’essayais alors pour la première fois avec quelque étendue dans mes articles de la Revue de Paris : De Vigny qui en parlait de la sorte au début, et avec une complaisance infiniment trop marquée pour être mise sur le compte de la simple politesse, était certes bien loin d’estimer cette façon d’analyse fausse et mauvaise en soi, et, peu s’en faut, impie dans son application aux poëtes : il a attendu pour cela qu’elle le prît lui-même au vif pour sujet et qu’elle n’entrât pas absolument dans le joint de son amour-propre : « 29 décembre 1829.

1441. (1866) Histoire de la littérature anglaise (2e éd. revue et augmentée) « Introduction. » pp. -

Sans doute, cette reconstruction est toujours incomplète ; elle ne peut donner lieu qu’à des jugements incomplets ; mais il faut s’y résigner ; mieux vaut une connaissance mutilée qu’une connaissance nulle ou fausse, et il n’y a d’autre moyen pour connaître à peu près les actions d’autrefois, que de voir à peu près les hommes d’autrefois. […] Non que cette loi s’accomplisse toujours jusqu’au bout ; parfois des perturbations se rencontrent ; mais, quand il en est ainsi, ce n’est pas que la loi soit fausse, c’est qu’elle n’a pas seule agi.

1442. (1862) Cours familier de littérature. XIII « LXXIIIe entretien. Critique de l’Histoire des Girondins (4e partie) » pp. 1-63

Cette fausse apparence jeta l’opinion dans la dictature et dans la voie des proscriptions en masse, proscriptions disproportionnées à la cause. […] Cela est faux, de la fausseté du crime qui ne sauve jamais rien et qui perd toujours tout, même celui qui le commet, même la nation au profit de laquelle on le commet.

1443. (1866) Cours familier de littérature. XXI « CXXVIe entretien. Fior d’Aliza (suite) » pp. 385-448

CV Pendant cette hésitation des bûcherons, Calamayo, l’homme noir, feignit de se laisser attendrir par les larmes de la mère et de l’enfant ; il tira un peu à l’écart Magdalena, et lui dit à voix basse quelques mots à l’oreille avec un faux air de bonté : — Peut-être, lui dit-il, y aurait-il encore un moyen de sauver le châtaignier, si vous étiez une femme d’esprit et une mère raisonnable ? […] alors, monsieur, je pus à peine achever, malgré la dissonance si je n’achevais pas, et, malgré la peur de manquer ainsi à l’oreille de la Madone, j’achevai cependant, mais le chalumeau s’échappa de mes doigts à la dernière note de gaieté qui contrastait trop fort avec mon désespoir : mes larmes me coupèrent le souffle, la zampogne se dégonfla dessous mon coude avec un long gémissement faux, comme de quelqu’un qu’on étrangle, et je roulai évanouie sur le pont sans regarder, sans voir, jusqu’à ce qu’un char à quatre bœufs, qui menait une noce de contadini, s’arrêta devant moi, à ce qu’on me dit depuis.

1444. (1866) Cours familier de littérature. XXII « CXXVIIIe entretien. Fior d’Aliza (suite) » pp. 65-128

Les prisonniers crurent que c’était un faux pas contre les dalles du cloître qui avait causé l’accident ; personne, heureusement, n’y prit garde ; j’eus le temps de revenir à moi, de sentir le danger et de réfléchir au moyen d’entrer dans la loge du meurtrier sans que le saisissement trop soudain lui fît révéler involontairement qui j’étais aux oreilles de ses compagnons de peine. […] Non, non, je mourrai plutôt mille fois pour un faux crime, que de vivre par un vrai crime dont toi et eux vous seriez punis à jamais pour moi !

1445. (1889) Histoire de la littérature française. Tome IV (16e éd.) « Chapitre cinquième »

Qu’est-ce qu’une froide épithète de plus ou de moins dans ce torrent de vers brillants, une mauvaise rime dans ces tirades roulantes, une fausse métaphore dans cet éclat ? […] Ducis voulut remplacer son faux poli par un peu de rudesse imitée de Shakspeare, corriger sa sécheresse par un peu de poésie descriptive imitée de Paul et Virginie, réchauffer sa rhétorique par quelques accents tirés de son cœur d’homme de bien.

1446. (1883) Souvenirs d’enfance et de jeunesse « Chapitre V. Le Séminaire Saint-Sulpice (1882) »

Mon initiation aux études allemandes me mettait ainsi dans la situation la plus fausse ; car, d’une part, elle me montrait l’impossibilité d’une exégèse sans concessions ; de l’autre, je voyais parfaitement que ces messieurs de Saint-Sulpice avaient raison de ne pas faire de concessions, puisqu’un seul aveu d’erreur ruine l’édifice de la vérité absolue et la ravale au rang des autorités humaines, où chacun fait son choix, selon son goût personnel. […] Quoique fort intelligente à sa manière, ma mère n’était pas assez instruite pour comprendre qu’on changeât de foi religieuse parce qu’on avait trouvé que les explications messianiques des Psaumes sont fausses, et que Gesenius, dans son commentaire sur Isaïe a raison sur presque tous les points contre les orthodoxes.

1447. (1886) Revue wagnérienne. Tome I « Paris, le 8 décembre 1885. »

Puis, le drame était repris, et l’ennui des actions sans intérêt, des émotions vulgairement fausses et des banalités. […] Mais toujours c’est la fable du Mendelssohn qui s’enfle et qui s’enfle, Voltaire reprenant la tragédie de Racine ; on est, de nature et d’éducation, incapable des grandes émotions totales, et l’on s’acharne à celles là, uniquement : ainsi les très misérables musiciens expriment faussement des émotions fausses.

1448. (1835) Mémoire pour servir à l’histoire de la société polie en France « Chapitre XIV » pp. 126-174

Pour les faire cesser, l’auteur déclara n’avoir voulu jouer que les fausses précieuses ; qu’il fallait distinguer entre les grandes et les petites précieuses, entre les illustres, qui étaient au-dessus de toute atteinte, et les ridicules, qui étaient un véritable objet de satire ; il assura que ces dernières seules étaient représentées dans sa comédie. Alors, dit l’auteur, les fausses précieuses furent en déroute et les autres se calmèrent 47.

1449. (1889) Écrivains francisés. Dickens, Heine, Tourguénef, Poe, Dostoïewski, Tolstoï « Edgar Allan Poe  »

Le conteur sait entraîner sur une fausse piste parallèle à la vraie et ne la quitter d’un bond qu’à quelques lignes de la fin. […] Ils se déroulent comme le calcul d’une équation, avancent d’une marche graduelle et sûre, mènent de terme en terme, après quelques fausses arrivées d’où l’on repart plus haletant, à une certitude imprévue irréfragablement déduite.

1450. (1857) Articles justificatifs pour Charles Baudelaire, auteur des « Fleurs du mal » pp. 1-33

Le christianisme nous a tellement pénétrés, qu’il fausse jusqu’à nos conceptions d’art volontaire, dans les esprits les plus énergiques et les plus préoccupés. […] La littérature satanique, qui date d’assez loin déjà, mais qui avait un côté romanesque et faux, n’a produit que des contes pour faire frémir ou des bégayements d’enfançon, en comparaison de ces réalités effrayantes et de ces poésies nettement articulées où l’érudition du mal en toutes choses se mêle à la science des mots et du rythme.

1451. (1830) Cours de philosophie positive : première et deuxième leçons « Première leçon »

(6) Pour prévenir, autant que possible, toutes les fausses interprétations qu’il est légitime de craindre sur la nature d’un cours aussi nouveau que celui-ci, je dois ajouter sommairement aux explications précédentes quelques considérations directement relatives à cette universalité de connaissances spéciales, que des juges irréfléchis pourraient regarder comme la tendance de ce cours, et qui est envisagée à si juste raison comme tout à fait contraire au véritable esprit de la philosophie positive. […] Quoique je doive traiter spécialement cette question dans la prochaine leçon, je crois devoir, dès à présent, en faire la déclaration, afin de prévenir les reproches très mal fondés que pourraient m’adresser ceux qui, sur un faux aperçu, classeraient ce cours parmi ces tentatives d’explication universelle qu’on voit éclore journellement de la part d’esprits entièrement étrangers aux méthodes et aux connaissances scientifiques.

1452. (1870) Causeries du lundi. Tome XIV (3e éd.) « Histoire de la Restauration, par M. Louis de Viel-Castel » pp. 355-368

M. de Viel-Castel, tout en estimant que ces deux points de vue, celui des libéraux exagérés et celui des ultra-royalistes, sont également faux, ne se laisse cependant pas dominer par un système en racontant les faits, et au contraire il les expose de telle manière et si véridiquement qu’à ne prendre d’autre guide que lui, à n’écouter que son témoignage, on arrive de soi-même à une première conclusion provisoire.

1453. (1870) Causeries du lundi. Tome XV (3e éd.) «  Œuvres et correspondance inédites de M. de Tocqueville — I » pp. 93-106

M. de Chateaubriand lui-même a peint le véritable désert, celui du moins que je connais, avec des couleurs fausses.

1454. (1864) Portraits littéraires. Tome III (nouv. éd.) « Lettres de Rancé abbé et réformateur de la Trappe recueillies et publiées par M. Gonod, bibliothécaire de la ville de Clermont-Ferrand. »

De loyaux militaires, d’anciens officiers de cavalerie se sont piqués d’honneur ; ils sont venus, plume en main, discuter le plus ou moins de convenance des historiettes racontées par le jeune abbé dans la société de Mme de Caumartin et s’inscrire en faux contre ses plus insinuantes malices.

1455. (1800) De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (2e éd.) « Première partie. De la littérature chez les anciens et chez les modernes — Chapitre XIII. Des tragédies de Shakespeare » pp. 276-294

Les guerres civiles et l’esprit philosophique ont corrigé de ce faux goût ; car le malheur, dont les impressions ne sont que trop vraies, exclut les sentiments affectés, et la raison fait disparaître les expressions qui manquent de justesse.

1456. (1800) De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (2e éd.) « Seconde partie. De l’état actuel des lumières en France, et de leurs progrès futurs — Chapitre VII. Du style des écrivains et de celui des magistrats » pp. 543-562

Il n’existe pas un seul auteur qui ait, en parlant de lui, su donner de lui-même une idée supérieure à la vérité : un mot, une transition fausse, une expression exagérée révèlent à l’esprit ce qu’on voulait lui dérober.

1457. (1861) La Fontaine et ses fables « Première partie — Chapitre III. L’écrivain »

Plus tard, quand il imite la Psyché d’Apulée, il n’atteint qu’un style faux, à demi naïf et à demi fade.

1458. (1895) Histoire de la littérature française « Sixième partie. Époque contemporaine — Livre III. Le naturalisme, 1850-1890 — Chapitre I. Publicistes et orateurs »

L’Église, par une fausse manœuvre qui lui a coûté cher, s’était laissé lier aux partis politiques : elle apparaissait comme la grande ennemie de la liberté et de l’égalité.

1459. (1925) Méthodes de l’histoire littéraire « I. Leçon d’ouverture du Cours d’éloquence française »

Mais, Messieurs, cette surabondance de notes mise à part, le reproche de la Faculté tombait à faux.

1460. (1925) Méthodes de l’histoire littéraire « II  L’esprit scientifique et la méthode de l’histoire littéraire »

Bien des généralisations y ont été reconnues fausses ou hasardées, ou prématurées, renvoyées à un avenir lointain ou même incertain… Il y a cependant une attitude de l’esprit à l’égard de la nature qui est commune à tous les savants… » Une attitude d’esprit à l’égard de la réalité, voilà bien ce que nous pouvons prendre aux savants ; transportons chez nous la curiosité désintéressée, la probité sévère, la patience laborieuse, la soumission au fait, la difficulté à croire, à nous croire aussi bien qu’à croire les autres, l’incessant besoin de critique, de contrôle et de vérification.

1461. (1897) Le monde où l’on imprime « Chapitre VII. Maurice Barrès et Paul Adam » pp. 72-89

L’étonnement, sans doute, s’est dissipé, qui nous faisait, avouons-le sans fausse pudeur, nous récrier de joie.

1462. (1900) La méthode scientifique de l’histoire littéraire « Troisième partie. Étude de la littérature dans une époque donnée causes et lois de l’évolution littéraire — Chapitre IV. La littérature et le milieu psycho-physiologique » pp. 126-137

Rousseau dit en parlant de certaines lettres de Saint-Preux : « Quiconque ne sent pas amollir et fondre son cœur dans l’attendrissement doit fermer le livre. » Les apostrophes, les élans passionnés, les effusions lyriques, les explosions d’éloquence, d’indignation, d’enthousiasme animent mille pages fiévreuses ; et si l’emphase, les tirades creuses et sonores les phrases ampoulées abondent également, si la sentimentalité fade et la sensiblerie fausse donnent une saveur écœurante à des ouvrages médiocres et gâtent çà et là ceux des meilleurs écrivains, c’est que, à toute époque, défauts et qualités sont intimement unis, c’est que toute forme d’esprit a, comme toute médaille, un revers et que ce revers est d’ordinaire la caricature de l’autre face.

1463. (1881) La psychologie anglaise contemporaine « Conclusion »

Elle dit aux sensualistes : Votre hypothèse de la « table rase » est fausse, contraire aux faits.

1464. (1899) L’esthétique considérée comme science sacrée (La Revue naturiste) pp. 1-15

Serait-il excessif ou faux de dire que les poètes sont des adorateurs les plus sérieux de Dieu ?

1465. (1857) Causeries du lundi. Tome I (3e éd.) « De la question des théâtres et du Théâtre-Français en particulier. » pp. 35-48

Je suis persuadé que cet homme d’esprit avait tort, qu’il disait une chose piquante et fausse.

1466. (1901) La poésie et l’empirisme (L’Ermitage) pp. 245-260

— Il faut se souvenir que le cerveau le moins humain et le plus faux de ce siècle aura été le cerveau d’un poète, et du plus grand !

1467. (1872) Les problèmes du XIXe siècle. La politique, la littérature, la science, la philosophie, la religion « Livre I : La politique — Chapitre I : La science politique au xixe  siècle »

Il va chercher jusqu’en Égypte le type de la vraie société ; et il pardonne à ce pays sa fausse religion en faveur de sa bonne constitution politique.

1468. (1906) La nouvelle littérature, 1895-1905 « Deuxième partie. L’évolution des genres — Chapitre IV. Littérature dramatique » pp. 202-220

. — Aucune analyse, si détaillée soit-elle, ne peut donner aucune idée de ces cinq drames ; ils ne rappellent quoi que ce soit, et l’on est étonné qu’ils existent ; ils semblent palpiter et vivre, avec des organes nouveaux, agiter des bras inconnus, respirer avec des branchies, penser avec les sens, et sentir avec les objets ; — mais ils vivent pourtant ; ils vivent d’une vie rouge et violente, pour étonner, rebuter et exaspérer le grand nombre, pour enthousiasmer quelques-uns. »   La Dame à la Faux de M. 

1469. (1860) Ceci n’est pas un livre « Décentralisation et décentralisateurs » pp. 77-106

Figurez-vous que je trimbale, depuis ce matin, sept perdreaux et deux lièvres dans mon carnier… je n’en puis plus », nul ne s’inscrit en faux.

1470. (1912) L’art de lire « Chapitre II. Les livres d’idées »

Tel auteur est préféré par un lecteur, non pas parce que ce lecteur lui trouve l’esprit juste, mais parce qu’il lui trouve l’esprit faux, ce qui donne à ce lecteur le plaisir d’avoir toujours raison ou de croire toujours avoir raison contre lui, par suite de quoi c’est à cet auteur que ce lecteur revient constamment.

1471. (1818) Essai sur les institutions sociales « Chapitre IV. Des changements survenus dans notre manière d’apprécier et de juger notre littérature nationale » pp. 86-105

Qu’il me soit permis, avant d’aller plus loin, de faire observer combien est fausse l’accusation qu’on nous a faite si souvent de ne point avoir de littérature nationale.

1472. (1818) Essai sur les institutions sociales « Chapitre VII. Les hommes partagés en deux classes, d’après la manière dont ils conçoivent que s’opère en eux le phénomène de la pensée » pp. 160-178

Cependant, si l’on m’a bien compris, on a pu voir déjà que cette théorie de la séparation de la pensée et de la parole, admise par moi comme moyen d’explication de plusieurs phénomènes, et surtout comme moyen de conciliation entre les partis, on a pu voir, dis-je, que je considère cette théorie comme fausse, si on veut l’appliquer aux faits qui tiennent à l’origine des sociétés, et comme vraie si on ne veut l’appliquer qu’aux faits qui tiennent à l’existence actuelle de la société.

1473. (1888) Les œuvres et les hommes. Les Historiens. X. « Le comte de Gasparin » pp. 100-116

C’est toujours la séparation de Jésus-Christ et de son Église, malgré les paroles divines de Jésus-Christ, auquel croit pourtant le comte de Gasparin, sur leur identification éternelle. « Si Jésus-Christ ne ment pas, l’Église ne peut errer », disait ce saltimbanque de Luther, qui, par là, se condamnait lui-même… C’était assez, à ce qu’il semblait, pour l’hérésie, que ce mensonge de Jésus-Christ, mais l’historien d’Innocent III a cru devoir ajouter aux raisons connues, et réfutées tant de fois par les théologiens catholiques, d’être et de rester protestant, une conception nouvelle, qui ne fausse pas que l’idée chrétienne, mais la nature des choses elle-même, et c’est cette conception, qui n’est qu’une chimère, qui donne à la publication intitulée Innocent III le peu qu’elle a de triste originalité.

1474. (1890) Les œuvres et les hommes. Littérature étrangère. XII « Goethe »

Malgré plusieurs détails naturels et primesautiers de ce roman, qui sont comme les points pourpres de la rose future, la fleur d’un génie en bouton encore, Werther est un livre faux et platement bourgeois.

1475. (1904) Les œuvres et les hommes. Romanciers d’hier et d’avant-hier. XIX « Léon Gozlan » pp. 213-230

Ni l’histoire de ces Cent trente femmes, inouïe, magnifique d’expression et de terreur ici et là, mais coupée à chaque instant par les platitudes d’un récit officiel de journal anglais, qui devrait être écarté s’il est vrai et qui n’aurait pas dû être inventé s’il est faux.

1476. (1904) Les œuvres et les hommes. Romanciers d’hier et d’avant-hier. XIX « L’Abbé Prévost et Alexandre Dumas fils » pp. 287-303

Eh bien, pour historien, c’est faux !

1477. (1898) L’esprit nouveau dans la vie artistique, sociale et religieuse « I — L’architecture nouvelle »

A ceux qui seraient tentés de s’inscrire en faux contre une telle affirmation révolutionnaire, je proposerai l’exemple des siècles passés.

1478. (1773) Essai sur les éloges « Chapitre X. Des Romains ; de leurs éloges, du temps de la république ; de Cicéron. »

Bientôt cet honneur devint commun ; la flatterie et le mensonge ne tardèrent point à le corrompre ; on exagéra le bien, on fit disparaître le mal, on supposa des actions qui n’avaient point été faites, on créa de fausses généalogies ; enfin, à l’aide de la ressemblance des noms, on se glissa dans des familles étrangères, tant la fureur d’exister par ce qui n’est plus, et de prendre un nom pour du mérite, a été commune à tous les siècles.

1479. (1922) Nouvelles pages de critique et de doctrine. Tome I

Un témoin peut se tromper, avoir mal vu, conclure à faux. […] Partout il a senti le faux semblant, l’imposture, le vide. […] Ils sentent la religion de ces faux dogmes de 89 s’en aller de toutes parts. […] Est-il vrai ou faux ? […] Ce n’est pas omettre la vraie cause, c’est la remplacer par une fausse… ».

1480. (1872) Nouveaux lundis. Tome XIII « Malherbe »

C’est un genre assez faux, dit-on. […] Mais pourquoi, s’il paraît faux de loin, de près ce genre intéresse-t-il toujours ? […] Il est des cervelles à fausse équerre, aussi bien que des bâtiments.

1481. (1859) Cours familier de littérature. VIII « XLIVe entretien. Examen critique de l’Histoire de l’Empire, par M. Thiers » pp. 81-176

En effet, avec ce que je nomme l’intelligence on démêle bien le vrai du faux, on ne se laisse pas tromper par les vaines traditions ou les faux bruits de l’histoire ; on a de la critique ; on saisit bien le caractère des hommes et des temps, on n’exagère rien, on ne fait rien de trop grand ou trop petit, on donne à chaque personnage ses traits véritables ; on écarte le fard, de tous les ornements le plus malséant en histoire, on peint juste ; on entre dans les secrets ressorts des choses, on comprend et on fait comprendre comment elles se sont accomplies ; diplomatie, administration, guerre, marine, on met ces objets si divers à la portée de la plupart des esprits, parce qu’on a su les saisir dans leur généralité intelligible à tous ; et, quand on est arrivé ainsi à s’emparer des nombreux éléments dont un vaste récit doit se composer, l’ordre dans lequel il faut les présenter, on le trouve dans l’enchaînement même des événements ; car celui qui a su saisir le lien mystérieux qui les unit, la manière dont ils se sont engendrés les uns les autres, a découvert l’ordre de narration le plus beau, parce que c’est le plus naturel ; et si, de plus, il n’est pas de glace devant les grandes scènes de la vie des nations, il mêle fortement le tout ensemble, le fait succéder avec aisance et vivacité ; il laisse au fleuve du temps sa fluidité, sa puissance, sa grâce même, en ne forçant aucun de ses mouvements, en n’altérant aucun de ses heureux contours ; enfin, dernière et suprême condition, il est équitable, parce que rien ne calme, n’abat les passions comme la connaissance profonde des hommes. […] « L’intelligence est donc, selon moi, la faculté heureuse qui, en histoire, enseigne à démêler le vrai du faux, à peindre les hommes avec justesse, à éclaircir les secrets de la politique et de la guerre, à narrer avec un ordre lumineux, à être équitable enfin, en un mot à être un véritable narrateur.

1482. (1869) Cours familier de littérature. XXVII « CLIXe Entretien. L’histoire, ou Hérodote »

Il ordonna ensuite en cette qualité à chaque individu de se munir d’une faux, et de se tenir prêt à exécuter ce qu’il prescrirait. […] « Lorsque tous les Perses, suivant l’ordre qu’ils avaient reçu, parurent, chacun muni d’une faux, comme il leur avait été prescrit, Cyrus leur enjoignit de nettoyer en un jour une certaine portion du territoire de la Perse, qui, dans l’espace de dix-huit ou vingt stades, était couvert entièrement d’épines. […] Quant aux deux généraux, voici ce qui se passa entre eux : lorsque Artybius, monté sur son cheval, se porta à la rencontre d’Onésilus, celui-ci, comme il en était convenu avec son écuyer, frappa le général des Perses ; mais, tandis que le cheval, se dressant, lançait ses pieds sur le bouclier d’Onésilus, le Carien saisit cet instant et coupe avec une faux, dont il était armé, les jarrets de l’animal, qui tombe et entraîne dans sa chute Artybius. » XIV Erato, ou livre sixième, commence ici par le récit d’une grande bataille navale que les Ioniens perdirent en combattant pour la cause de Darius, leur allié.

1483. (1899) Les contemporains. Études et portraits littéraires. Septième série « Discours prononcé à la société des visiteurs des pauvres. » pp. 230-304

Le faux frère se trahit lui-même en montrant au chef sa carte de policier. […] La patrouille était une fausse patrouille. […] Barras, qui s’est imprudemment mis à sa poursuite, se voit soudainement entouré par les faux villageois armés d’engins champêtres.

1484. (1889) Histoire de la littérature française. Tome III (16e éd.) « Chapitre quatorzième. »

Je ne saurais guère rien dire qui ne me paraisse faux un moment après. » Cet aveu, si glorieux pour sa vertu, mais qui devait ruiner toute sa direction, à qui le fait-il ? […] Ce que Fénelon confesse de la contradiction de son fonds, « qui lui fait trouver faux, dit-il, un moment après, ce qu’il vient de dire », je l’éprouve même de ce qu’il exprime de plus vrai : j’ai peur, un moment après, de le trouver faux.

1485. (1889) L’art au point de vue sociologique « Chapitre sixième. Le roman psychologique et sociologique. »

Il est faux que la science et le roman ne fassent qu’un. […] Tout ce que nous ne savons pas, tout ce qui nous échappe encore, c’est pour lui « l’idéal », et le but de notre effort humain est chaque jour de « réduire l’idéal, de conquérir la vérité sur l’inconnu ». « Il appelle idéalistes « ceux qui se réfugient dans l’inconnu pour le plaisir d’y être », qui n’ont de goût que pour les hypothèses les plus risquées, qui dédaignent de les soumettre au contrôle « sous prétexte que la vérité est en eux et non dans les choses71. » Mais il est philosophiquement inadmissible d’appeler idéal l’indéterminé, l’inconnu ; il n’est pas moins inadmissible de l’appeler le fantastique, le faux. […] Or, il n’est pas difficile de montrer que tout faux réaliste fait de l’idéalisme à rebours.

1486. (1926) La poésie de Stéphane Mallarmé. Étude littéraire

Alors je compris que je faisais fausse route, et que la meilleure manière de me développer était de rentrer en moi-même ». […] Moins qu’une obscurité proprement dite, c’est d’abord la réaction d’une nature presque maladivement artiste contre une fausse et dangereuse clarté. […] Il est faux (j’aurai lieu d’y revenir) que Mallarmé ait conçu la poésie comme une musique. […] Je ne saurais rattacher bien expressément à des lignes générales de sa nature intérieure l’importance curieuse qu’ont prise chez lui les faits de fausse mémoire ou paramnésie. […] — ce vers chez quelque précieux de son temps, peut-être l’eût-il médité et noté : miroir, création de l’ennui, fantôme du faux divertissement où se reconnaît la vanité… Nous sommes encore sur les confins de la périphrase explicative.

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