Pour bien raconter cette brûlante existence, si vite foudroyée, il semble qu’on aurait besoin du sentiment du poète qui a écrit les poèmes les plus chers à l’imagination contemporaine. […] … Aller le prendre dans les élucubrations risquées de sa jeunesse, quand toutes les jeunesses de ce temps écrivassier et uniforme ont la plume à la main, c’est peut-être trouver les vestiges d’un poète mort dans son germe, mais ce n’est pas toucher le vrai Gaston de Raousset-Boulbon. […] Il avait été poète, au sens littéraire syllabique du mot, comme il avait eu dix-huit ans. […] Voilà qui valait mieux déjà que les vers de jeunesse qui, plus tard, devaient venir en cette tête plus poétique que poète. […] Comme la vie morale est au-dessus de la vie intellectuelle, les héros sont au-dessus des poètes, et Raousset était un héros.
la même qu’a dû faire le poëte en prenant la plume. […] Que fait le poëte ? […] C’est dommage que ce poëte n’ait pas ou autant de méthode que de profondeur. […] Qu’on ne dédaigne pas l’exemple de ce poëte. […] Le beau contraste de caracteres vertueux, si le poëte les eût rapprochés !
Dans l’enthousiasme de leur succès, les amis de Jodelle offrirent au jeune poète le bouc de l’antique tragédie, et en firent, dit-on, un sacrifice, à la mode des païens. […] On aurait mauvaise grâce à noter, dans les créations du poète, les endroits où trébuche l’écrivain. […] Il faisait, pour la première fois, parler son cœur encore ému de souvenirs personnels, et déjà le poète savait choisir entre les sentiments qu’avait éprouvés l’homme. […] Le poète reçoit ses sujets de l’histoire et de la nature humaine ; Corneille croyait qu’il doit les inventer. […] Autant vaudrait dire que la nature humaine est du droit du poète.
Des bergers vêtus de soie, qui sont poètes, musiciens et qui parlent comme des livres ; des bergères, jolies, aimables, précieuses. […] Ils abondent dans les œuvres des poètes et des romanciers. […] Quels sujets d’amère tristesse offerts aux poètes ! […] Lui-même parle du rôle des poètes avec une fierté que chacun trouve naturelle. […] Tandis que Desportes mange douillettement les revenus d’une quantité de grasses abbayes, son neveu, Régnier, esquisse en traits inoubliables le portrait des poètes crottés.
Mais depuis quand est-il défendu aux poètes tragiques de mettre sur la scène des personnages vicieux ? […] Chacune des veuves a le ton, l’esprit et le langage du poète qui l’a créée et mise au théâtre. […] Les plus fameux missionnaires n’ont pas opéré plus de conversions que nos poètes comiques modernes. […] On a de la peine à concevoir comment M. de La Harpe se montre si délicat, si scrupuleux sur la vraisemblance, tandis qu’il devait être aguerri, et même blasé sur les absurdités par la lecture de son poète favori, le moins raisonnable de tous les poètes. […] Cette espièglerie n’est point un tour de force de jeune homme ; c’est le dernier effort d’un vieux poète.
Henri de Régnier On imagine volontiers son profil bossué au bronze de quelque médaille du temps des Flandres bourguignonnes, et, au revers, pour allégoriser d’emblèmes décoratifs le poète du Sang des fleurs et des Vergers illusoires, on figurerait, dans une guirlande en entrelacs, un miroir, une épée et une grappe, car ses vers, à des vigueurs héroïques, allient des nuances opalines d’eaux calmes et mêlent les saveurs telluriques d’un noble cru. […] Fontainas j’aime le prestigieux technicien, le poète visionnaire, et un autre qui serait mélancolique un peu comme le cor dont les dernières notes s’étouffent. […] Pour avoir suivi (après la publication de son premier recueil : Le Sang des fleurs, 1889) les subtils contours de Mallarmé, ce poète, dont nous retiendrons les consolants mirages, n’en a pas moins su transformer sa manière au point de rendre personnel, selon M. […] Il donne alors au vers fibre l’allure qu’il avait donnée à l’alexandrin, il le fait lent, calme, un peu solennel, sérieux, un peu sévère »… [Poètes d’aujourd’hui (1900).
[Galerie des poètes vivants (1847).] […] Jules Claretie C’est un romantique d’une espèce particulière, un poète de la fantaisie et du caprice ; admirateur de Hugo et de Sterne à la fois voyageant à son gré à travers la vie, un indépendant qui court après les papillons et les libellules et qui trouvait, comme le peintre Chaplin, que le reste est dans la nature aussi bien que le bitume et l’ocre jaune. […] Il aura, jusqu’à la fin de sa vie, incarné une génération disparue, une jeunesse depuis longtemps défunte, la libre et élégante jeunesse des poètes de la rue du Doyenné, des Gérard de Nerval, des Gautier, des Nanteuil, des Camille Roqueplan. […] Sainte-Beuve avait dit d’Arsène Houssaye, que Gautier compare à Diaz : « C’est le poète des roses et de la jeunesse ».