Platon vante même assez cette partie de l’art poëtique, laquelle sçait rendre un discours plus pompeux et plus agréable à l’oreille, en introduisant dans ses phrases un nombre et une harmonie qui lui plaisent plus que la cadence de la prose.
Junon impose à Hercule de grands travaux ; cette phrase traduite de la langue héroïque en langue vulgaire signifie, que la piété accompagnée de la sainteté des mariages, forme les hommes aux grandes vertus.
En même temps, a lieu l’invasion du grotesque, si méprisé de Boileau, mais qui, du moins, avait cet avantage d’éviter les grands mots et les phrases creuses. […] L’Angleterre, qui continue à régner sur le monde par sa puissance maritime et sa merveilleuse industrie, ne manquera jamais de ces forgerons de la phrase qui font leur choix dans la fonte nouvelle, avant de la jeter dans leur moule. […] La rime absente est remplacée par la répétition au début de la phrase des premiers mots de la phrase jumelle, car les phrases vont deux par deux et les terminaisons masculines et féminines alternent quoique ne rimant pas. Bien que chaque phrase rythmée doive former un tout, il y a un lien bien facile à saisir, un lien qui est dans l’idée extraite, pour ainsi dire, de l’idée de la phrase première, ou pour mieux dire, qui est l’expression seconde de cette idée. […] Cette phrase qu’il ne fallait ni penser, ni écrire, M.
Franchement, une telle philosophie, qui est le fond du sac de la pensée de Gœthe et qu’on retrouve plus ou moins à l’état torpide sous toutes les phrases que Gœthe ait écrites en prose ou en vers, ne peut pas donner une bien grande idée de la précision de son talent et de la dignité de sa vie. […] Elle a pris là-dessus, ou là-dessous, ou là-dedans, cette petite Mignon qui n’y est qu’une larve, et soufflé deux ou trois phrases charmantes sur ce pauvre petit être presque inorganisé de Goethe, et elle en a fait cette création de rose malade qui est la seule chose vivante de ce chaos d’êtres sans figures qui roulent, on ne sait plus dans quoi, au milieu de cette cohue de notions, de connaissances et de théories qui font l’effet d’un sabbat de fous dans du bric-à-brac renversé. […] Toujours est-il qu’il a écrit cette phrase inouïe : « Écrire est un abus du langage », et qu’il est mort préférant le dessin, cette langue des yeux, à la langue des mots, à la langue rationnelle du sentiment et des idées. […] On dirait qu’il a écrit pour lui-même cette phrase : « L’homme le plus ordinaire devient à Rome quelque chose. […] Le vague sur les hommes et les choses est comme l’atmosphère de sa pensée, et c’est même l’indéfini, l’indéterminé de ce vague qui donne à sa phrase l’apparence de draperie flottante qu’on prend pour de la majesté d’écrivain, comme on prend son parti de s’intéresser petitement à tout et de ne s’émouvoir grandement de rien pour du calme olympien et de la jupitéréenne sérénité.
Mon seul tort, — et j’en suis fier, — a été de m’exprimer franchement, en mettant à l’écart ces réticences et ces phrases à double entente auxquelles se reconnaissent les Escobar de lettres et presque tous les échappés du poulailler normalien. […] Puis des comédies dont le principal attrait consiste en ceci que le protagoniste répète le mot : « Merde » à peu près toutes les trois phrases. […] Mon corps est le voile de marbre divin qui abrite et préserve le feu conquis, l’immortelle lampe d’argile où brûle victorieusement l’essentielle huile dorée qui ruissela des pressoirs quand j’eus broyé les vieilles lois et écrasé la sagesse ancienne comme les fruits des oliviers. » Phrases peut-être excessives, mais qu’on se sent porté à lui pardonner, parce qu’elles sont senties et surtout parce qu’elles s’entremêlent d’autres phrases où palpite, parfois, un peu de l’âme universelle. […] Il grommelle des phrases confuses qu’il pense faire passer pour des oracles. […] » Comme cette dernière phrase, si admirable d’opposition au sublime galimatias de Wagner, exprime bien les qualités de Nietzsche à son apogée !
En passant au milieu d’eux, l’on entend des phrases comme celle-ci : « Oui, notre pauvre petit adjudant, on l’enterre demain ! […] Une phrase bien symptomatique. […] Emmanuel, après avoir fait un moment désirer sa réponse, accoucha de cette phrase : « Les Prussiens ne trouveront pas de gouvernement avec lequel ils puissent traiter, car nous nous serons retirés ! […] Sur un tel thème, pas une belle phrase, ou simple, ou éloquente, ou indignée. […] Et sa lettre finit par une phrase, dans laquelle il dit qu’il trouverait digne de l’Académie, de continuer l’Empereur, c’est-à-dire de continuer les pensions aux étrangers.
C’est Paul qui m’a fait cette phrase-là. […] On connaît bien ces petites phrases aiguës comme des lames. […] Deux cymbales, un chalumeau, un tambourin, parfois une seule cithare répètent indéfiniment la phrase mélancolique et grêle, qui se dévide toujours pareille et toujours demeure en suspens. […] De même la phrase, dont la trame n’est pas toujours visible, ne manque jamais d’un certain nerf. […] De même que, recopiant les manuscrits, elle allège une phrase, remplace un mot douteux, redresse la syntaxe, c’est elle qui, dans la vie courante, évite les découragements et les lassitudes, inspire les initiatives heureuses.