second article Nous avons donc, nous croyons toujours avoir un Homère, non pas un fantôme né de l’illusion et du mirage des temps, mais une personne véritable, un grand poëte qui a vécu quelques générations après la guerre de Troie, et qui en a rassemblé tous les échos. […] Mais le poëte, à son tour, pour vivre, pour arriver jusqu’à nous et continuer de régner dans toute sa splendeur, a besoin du critique, c’est-à-dire du serviteur fidèle et zélé qui le recueille même après des siècles, qui rassemble son héritage épars, qui recouse avec une piété diligente et discrète les plis de sa robe dispersée. […] On dirait en vérité qu’en rendant le vieux poëte plus accessible, plus correct, mieux enchaîné, en faisant de son texte le plus sûr et le mieux établi des textes poétiques anciens, on ait commis quelque grave infidélité envers lui et envers nous. […] Les comparaisons, si l’on pouvait s’y étendre et citer, seraient un autre champ bien vaste, et où l’on ferait ressortir dans toute sa variété le caractère de génie du poëte. […] Faudra-t-il nécessairement en conclure que l’un des deux chants n’est pas d’Homère, comme si de telles inadvertances n’étaient pas possibles même à un poëte de cabinet ?
Théodore de Banville Ô jeune homme dont les premiers chants furent pénétrés d’une tendresse si émue, victime que l’Étude avait choisie pour montrer comme elle est une maîtresse jalouse, ô poète, cœur brisé, ô prunelle avide et curieuse, ô subtil esprit en éveil, ô mon frère endormi, chère âme ! […] Théophile Gautier Les Deux Saisons de Philoxène Boyer, où l’éloquent orateur du quai Malaquais, qui est aussi un vrai poète, résume ses joies, hélas ! […] [Anthologie des poètes français du xixe siècle (18871888).]
voici des vers qui sont d’un poète, d’un poète authentique, de quelqu’un dont l’âme est pieuse, douce, émue, voltigeante et chantante, prompte à la joie et prompte aux larmes, de quelqu’un qui ne ressemble pas aux autres hommes, qui n’est pas raisonnable, pratique, morose, ambitieux, qui va son chemin, loin des sentiers battus, vers des sommets bleus, aperçus en rêve dans une auréole de brumes dorées. […] Il est simplement un poète.
[L’Année des poètes (1892).] […] Mais, après tout, c’est peut-être notre faute si nos préférences ne vont plus au genre académique et aux poètes lauréats. Poète lauréat, Pindare en était un ; Malherbe en était un ; et Tennyson en était un autre.
Ses meilleurs endroits sont toujours les ébauches faciles, assez gracieuses dans leur facilité, d’un homme qui, peut-être, sera un artiste demain… En parcourant ces pages incorrectes et lâchées, et ces vers dans lesquels l’émotion ne peut sauver le langage, on a senti que cette langue de poète avait le filet… On ne le lui coupa pas et jamais il ne se l’arracha… Dans ses Nuits d’hiver comme dans sa Vie de Bohême, il n’a pas plus d’inspiration personnelle qu’il n’a de style à lui. […] [Les Œuvres et les Hommes : les Poètes (1869).] […] [Anthologie des poètes français du xixe siècle (1887).]
[Anthologie des poètes français du xixe siècle (1887-1888).] […] La nature avait bien sa part, à côté de ces recherches intellectuelles, mais elle était vue et traduite comme dans une églogue antique : on retrouvait le lettré aux champs… Comme fruit de cette première période, nous avons eu de M. de Nolhac, en tant que poète, une plaquette tirée à petit nombre pour quelques intimes, Paysages d’Auvergne. […] Gustave Larroumet Ce poète a regardé la nature française et italienne avec cette sorte de mélancolie que donne l’étude de l’histoire ; à vivre avec les morts, on aime d’autant plus les vivants, mais on contracte comme une tristesse reconnaissante qui, dans les choses du présent, fait toujours leur part à ceux qui y ont laissé-leur trace, en y imprimant une beauté matérielle ou morale dont ils ne jouissaient plus… Vous trouverez encore dans ces vers de lettré et d’artiste de curieux essais métriques.
Or tous ceux qui ont appris le grec et l’anglois, sçavent bien qu’un poëte grec qu’on traduit en françois perd beaucoup plus de son mérite qu’un poëte françois qu’on traduit en anglois. […] Si nous supposons encore que ce polonois raisonneur, vienne à bout de persuader à ses compatriotes qu’on est capable de juger d’un poëme dont on n’entend point la langue, après en avoir lû la traduction et la critique, ils ne manqueront pas de prononcer que Chapelain est meilleur poëte que le grand Corneille.
Ne persuadons pas aux amateurs qu’ils auraient sur le poète cette « supériorité » de ne pas écrire. […] Molé lui-même, occupent trop de pages du Journal du Poète. […] Mais un poète savant la pouvait seule trouver, je veux dire un poète qui connût, qui sentît autrement que par un ouï-dire de ouï-dire la beauté du système du monde et la simplicité des lois de la gravitation. […] Spronck, dans l’œuvre du poète ? […] Ce grand poète n’apprenait pas moins à bien obéir et à être bon citoyen.
Le jeune poète se lance dans le monde littéraire et se lie avec Claudine Colletet. […] C’est un excellent poète de second ordre, d’une grâce et d’une élégance charmantes. […] Un poète ? […] Il était philosophe et artiste, logicien et poète. […] Mais il tenait Hugo pour un très grand poète, et même le seul grand poète du siècle.
L'illustre poëte, rival de M. […] Moyennant cette somme considérable (on ne dit pas le chiffre précis), l’illustre poëte aurait pu rétablir, ajoute-t-on, une fortune qu’on disait fort endommagée et retrouver cette noble aisance de grand propriétaire qui lui sied si bien : Des bois dont le murmure et l’ombre sont à moi. […] Même lorsque l’écrivain reste poëte, c’est-à-dire insouciant, libéral et prodigue, même lorsqu’il dissipe, il est désastreux pour son talent qu’il ait tant à dissiper. […] Le poëte ou plutôt le rimeur satirique va inonder le feuilleton une fois par semaine de ses alexandrins vengeurs et vertueux. […] Barthélemy a débuté avec son compatriote Méry (de Marseille) par des pamphlets satiriques en vers, la Villéliade, la Peyronéide ; le descriptif richement appliqué aux députés du centre et aux voltigeurs de la Restauration y était assez piquant : d’ailleurs nulle invention, rien du poëte ; il n’y avait que de l’esprit de détail, et le trait du pamphlet.
Jules Laforgue L’un des poètes les plus originaux qu’avait révélés Lutèce, Jules Laforgue, ne lui survivra que de peu. […] La situation pécuniaire du poète est précaire. […] En 1880, on croit plus que jamais à la mission du poète. […] Jean-Baptiste Rousseau est venu, depuis, se réclamer de l’esprit divin et Vigny a attesté le caractère sacré du poète. […] Parmi les poètes survivants, il y a Banville qui s’emploie à remettre sur l’épaule des dieux la pourpre insultée.
Qui ne comprendra, par exemple, que dans la Description énergique du Tableau du Jugement dernier, par Michel-Ange, le Poëte a eu pour but principal, de faire sentir aux Peintres combien il est essentiel de ne pas négliger, dans leurs Ouvrages, les bienséances, les mœurs & le costume ? […] Horace l’a dit, & nous le répétons, parce que ces paroles décident la question en faveur de notre Poëte. […] Le même Poëte qui peint les ravages des Barbares en Italie, n’a besoin que de changer de couleurs, pour tracer avec le même succès les douces & paisibles opérations de la Nature. […] Un autre avantage de l’Abbé de Marsy sur son Prédécesseur, c’est qu’il est Poëte dans le plan, comme dans les détails ; au lieu que du Fresnoy n’est jamais que Versificateur. […] Il a fait plus ; semblable à l’Abeille qui fait tirer des fleurs les sucs primitifs dont elle fait son miel, en les transformant en sa propre substance, il s’est nourri des beautés de ce grand Poëte, sans qu’on puisse l’accuser de lui avoir rien dérobé, & par-là il est devenu lui-même original.
L’auteur y est poète et grand poète, c’est-à-dire grand peintre, comme sans dessein et en suivant le mouvement de son sujet. […] Aucun poète français ne connaissait, avant La Fontaine, cet art plaisant d’employer des expressions nobles et prises de la haute poésie, pour exprimer des choses vulgaires ou même basses. […] C’est la perfection d’un poète sévère avec la grâce d’un poète négligé.
C’est là, sans doute, au sein des spacieuses et lumineuses vallées de la Loire et du Cher, près de ces belles eaux où se reflètent les châteaux d’Amboise, de Langeais et de Chenonceaux, qu’il a subi inconsciemment l’influence des poètes et des artistes du xvie siècle. […] [Anthologie des poètes français du xixe siècle (1887).] Paul Verlaine Peu après la publication des Espérances, saluée non sans enthousiasme par la génération levante des poètes admirateurs de Leconte de Lisle et de Théodore de Banville, en dépit des fortes réminiscences de Musset qui s’y trouvait… Lafenestre collabora au Parnasse, où ses contributions eurent un très grand succès d’estime, bien juste.
Les œuvres des deux poètes que j’ai choisis me serviront plutôt à rendre plus claire l’expression de certaines idées qui me hantent et à illustrer quelques réflexions sur la philosophie dans l’art, sur la méthode, la forme et la technique de ceux que l’on a appelés les Symbolistes ; en analysant ce que contiennent la Chevauchée d’Yeldis et les Poèmes anciens et romanesques, par exemple, je voudrais arriver à établir indirectement le compte de doit et avoir d’une génération dont ces livres indiquent assez complètement, dans les limites de l’art, les tendances diverses. […] Un autre critique, annonçant à la foule les vers de ces deux poètes, n’hésitait pas à déclarer leur œuvre identique. […] Mais, je le répète, tous les deux sont poètes, tous les deux sont artistes et, si dans la suite de cet article les mots défaillaient à ma pensée, je voudrais affirmer encore qu’ils sont égaux à mes yeux.
Le poète, resté seul, s’endort. […] Donc, au temps où j’avais l’âge de Fortunio, Musset était pour moi le poète idéal, le poète absolu. […] Pourquoi ce poète est-il impassible ? […] Ce poète aspire à la mort et au néant. […] et pas un poète !
Le merveilleux y produit sur-tout un effet qui étonne & flatte l’imagination, sans la contraindre & la fatiguer, parce que le Poëte a su le tirer du fond du sujet, & en faire usage avec discernement & sobriété. […] Au reste, les détracteurs de Boileau lui font un crime des traits qu’il s’est permis contre ce Poëte, comme s’ils pouvoient ignorer que Boileau n’avoit en vue [ainsi qu’il est aisé de s’en convaincre par les Notes de son Commentateur] que les Tragédies non lyriques de Quinault, qui en effet sont médiocres. […] D’après cette maniere austere de penser, que lui donnoit le sentiment de sa propre force, il avoit de la peine à regarder Quinault comme un grand Poëte, & en cela il étoit conséquent* ». […] Dans l’âge des passions, & favorablement accueilli du Parterre, ce Poëte eut le courage de penser que le talent d’amuser ne dispensoit point de celui d’être utile ; que les Muses pouvoient délasser, mais non occuper l’homme sociable, & que, si son penchant l’entraînoit à faire des Vers, sa probité lui ordonnoit d’avoir un état.
Voilà précisément la même sorte de beautés que dans le poète latin. […] Milton, à l’exemple du poète de Mantoue, a placé la Mort à l’entrée de son enfer (Lethum), et le Péché, qui n’est que le mala mentis gaudia, les joies coupables du cœur . […] Le Dante arrête un couple malheureux au milieu d’un tourbillon ; Françoise d’Arimino, interrogée par le poète, lui raconte ses malheurs et son amour. […] On conçoit que Voltaire n’ait vu dans les feux d’un enfer chrétien que des objets burlesques ; cependant ne vaut-il pas mieux pour le poète y trouver le comte Ugolin, et matière à des vers aussi beaux, à des épisodes aussi tragiques ?
Nous ne connaissons pas de meilleure réponse que Méry à cette affirmation des jugeurs qui mettait en furie Chateaubriand, le vieux enfant colère, quand ils lui disaient qu’un poète n’est jamais capable de rien que de poésie ; car, en dehors de ses poésies écrites et de la poésie de sa nature, il n’y eut jamais, du moins dans notre époque, d’homme capable intellectuellement de plus de choses que Méry. […] Poète comme il est homme, le rêveur a été souvent un penseur. […] Mais ces qualités éminentes de coloriste et de poète, qui sont le fond de l’être artiste de Méry, ne nous ont donné qu’une volupté sans surprise ; nous les connaissions. […] Il n’y avait, en effet, que le catholicisme, cette religion de Palestrina, de Raphaël et du Tasse, qui pût étancher la soif d’adoration extérieure et de beauté plastique dont est naturellement dévoré ce poète méridional, à moitié italien et à moitié grec, ce Virgilien, cet Homéride, imagination profondément religieuse comme toutes les grandes imaginations !
Mais la musique descriptive est plutôt, dans ce drame, l’œuvre du poète que l’œuvre du musicien. […] Saint-Saëns n’est pas un poète, laissant cette besogne à MM. […] Dans cette essentielle réforme, les poètes ont fort à faire. […] L’auteur de Lohengrin et de Tristan était un poète, et un poète dramatique avant tout. […] Il voit en Mallarmé, le poète wagnériste par excellence, l’artiste complet attendu en poésie.
C’est une fleur, une plante qui ne rentre pas dans les familles décrites ; c’est un poëte que nos poétiques n’admettaient pas. […] Elle est un poëte si instinctif, si tendre, si éploré, si prompt à toutes les larmes et à tous les transports, si brisé et battu par tous les vents, si inspiré par l’âme seule, si étranger aux écoles et à l’art, qu’il est impossible près d’elle de ne pas considérer la poésie comme indépendante de tout but, comme un simple don de pleurer, de s’écrier, de se plaindre, d’envelopper de mélodie sa souffrance. […] Mme Desbordes-Valmore aussi est toute poëte par l’amour. […] qu’importe aussi que Mme Valmore ne soit pas un poëte selon l’art, si elle est la poésie et l’âme ? […] Mais Mme Valmore poëte, celle qui perce et qui déchire, c’est à elle qu’on reviendra ; qui l’a lue une fois, la relira souvent.
Silius Italicus, dans sa retraite de Naples, avait coutume de fêter le jour de naissance de Virgile plus solennellement que le sien propre, et il n’approchait du tombeau du grand poëte que comme d’un temple. […] Il y a quinze ans que cet honorable gentilhomme, ancien député sous la Restauration, a pris à cœur de rechercher tout ce qui pouvait, de près ou de loin, concerner l’aimable poëte d’Amiens. […] Le pauvre poëte défunt pourrait revenir et, devant ce tombeau refleuri, se croire encore à son heure de triomphe et de fête. […] Il ne nous a convaincu pourtant que d’une chose, c’est que Gresset, à peine retiré, baissa aussitôt comme poëte. […] C’est le poëte des Grâces, et il a prouvé qu’il pouvait être autre chose, de moins parfait à la vérité, mais qu’on croyait incompatible avec tant d’agréments et de légèreté.
Un jour il prit la plume, et de son style de poète il essaya de faire passer son enthousiasme dans l’âme du jeune Louis XIII. […] Celui-là est un poète. […] C’est le moins coquet des poètes, et qui n’est jamais plus à l’aise qu’en débraillé. Ce poète avait plus de sentiment que de logique. […] Il reste aussi chez les poètes des traces de pétrarquisme, mais nous sommes loin pourtant de Desportes.
Parmi les littérateurs et les poètes dits de l’Empire, M. […] Arnault avait trente et un ans ; il était célèbre par des succès dramatiques ; il était poète, et de la jeune génération qui promettait à la France des auteurs illustres. […] Il provoquait des idées, un genre et un ordre de créations dont il cherchait vainement le poète autour de lui. […] Ainsi se poursuit cette fable vraiment magnifique et digne d’un poète que la Muse tragique n’a point dédaigné. […] Un jour, dans un salon, son ami le général Leclerc l’aborde en disant : « Te voilà donc, toi qui te crois un poète après Racine et Corneille !
À ce titre, nous ne saurions trop acclamer le poète. […] Victor Hugo reste un grand poète, le plus grand des poètes lyriques. […] Le savant demeure un érudit, mais il devient un poète. […] Ni croyant ni savant, poète, voilà son étiquette. […] Quels sont nos poètes ?
Deux scènes, dans ce scénario, portent la marque du poète des Fleurs du mal. […] En tous cas, l’auteur de Volupté, qui n’était pas précisément un naïf, n’a pas douté un instant de la sincérité du poète des Fleurs du mal. […] Toutes les femmes que les poètes ont aimées et ; dont ils ont chanté l’incomparable beauté ; depuis la maîtresse d’Anacréon jusqu’à celle de Baudelaire, en passant par Délie, Cynthie, Béatrix, Laure, Cassandre, Elvire… — si nous les avions sous les yeux telles qu’elles ont été, qui sait ? […] le pauvre dandy, le pauvre mystificateur, le pauvre buveur d’opium, le pauvre diable de poète « diabolique » ! […] Son influence, après sa mort, a été très grande sur beaucoup de jeunes gens, et même sur des poètes d’un âge mûr.
Son petit consulat fut comme une stalle de chanoine où ses facultés de diplomate purent dormir… Et Gobineau, l’esprit le plus chaud que j’aie connu, l’homme qui avait le plus de verve, de profusion intellectuelle, d’expression en dehors, — poète, même en vers, — artiste, même de main, — toute sa vie, en a été un. […] … Il a été poète, historien, érudit, voyageur, fantaisiste, moraliste, numismate, antiquaire. […] Mais il a de plus l’érudition exacte, certaine, immense, et, par-dessus toutes les qualités qui concourent à l’ensemble et au détail d’un livre comme le sien, la divination historique, — ou mieux encore : la faculté du poète dramatique, la faculté d’entrer dans la peau, la cervelle et les entrailles d’une personnalité historique. […] C’est le tour de force du poète dramatique accompli ; et encore le poète, dans l’intérêt qu’il veut produire, idéalise autant qu’il le peut. […] Le poète, l’historien, le savant dans tous les genres, l’homme surtout qui a pratiqué toute sa vie les hommes et les choses de la politique, ont contribué à faire et à parfaire ce livre de La Renaissance.
Mais on ne se fait pas plus dandy qu’on ne se fait poète ou — selon Brillat-Savarin — rôtisseur ! […] Poète, historien, romancier, auteur dramatique, et finalement imprimeur pour s’imprimer soi-même, comme il a été son propre majordome et son propre concierge à lui-même dans son baroque château, chinoisement gothique, de Strawberry-Hill, cette espèce d’éléphant en porcelaine dont il fut, jusqu’à son dernier jour, l’orgueilleux cornac. […] Et de fait, Byron, le jaloux des gilets de Brummell, l’auteur du Don Juan et du Beppo, et qui jouait sur cette petite chanterelle comme Paganini sur sa seule corde, avait en lui du dandy, comme Horace Walpole ; mais Byron était un dandy dans un poète, et la flamme céleste du poète dévorait sans cesse le dandy toujours renaissant dans ses lettres, commentaire singulier de ses poèmes ! Le poète, chez Byron, était plus fort que le dandy, tandis que dans les lettres de Walpole rien n’est plus fort que le dandysme, et on se demande ce qu’elles seraient, ces lettres, sans cet accent dandy qui y vibre et qui y circule ! […] » C’est la seule fois qu’il ait parlé de lui avec cette poésie, digne de l’ancien ami de Gray ; car il avait été lié avec le divin poète du Cimetière de campagne.
Edgar Quinet, auteur d’Ahasvérus, de Napoléon et de Merlin, qui n’a jamais pu être un poète, tout en se crevant comme la grenouille de la fable pour le devenir, a-t-il cru que ce dernier coup de tête, de se faire savant, lui serait une ressource ? […] Il n’a pas, dans Son livre, pour les savants, l’exactitude du savant ; il n’a pas non plus la beauté d’imagination du poète, pour les poètes ; — et il n’arrive, en se mettant une jambe deci dans la poésie, et une jambe de la dans la science, qu’à être le colosse de Rhodes de l’amphigouri ! Rien, en effet, de tout ce que j’en pourrais dire ne donnerait une idée suffisante de cet amphigouri transcendantal, si on ne se risquait à la citation, si on ne montrait, par des exemples, comment l’auteur de la Création procède pour donner confiance aux savants et les engager à lire son livre, et pour se maintenir bien avec les poètes. […] Elle fait comprendre, en le montrant, cet être hybride et manqué, qui n’est ni un savant ni un poète, mais quelque chose des deux, cette espèce de Centaure intellectuel dont la partie inférieure n’est pas un cheval, comme le Centaure mythologique, mais une autre bête que je ne nommerai pas. […] Chacun d’eux avait creusé à son image la tête du poète. » La tête est devenue, à la fois et tour à tour, Jupiter, Neptune, Pluton, Mercure, Minerve.
Il est à la fois poète et musicien. […] Wagner est un véritable poète tragique. […] C’est donc le poète, le poète dramatique qu’il faut avant tout arriver à reconnaître en Wagner. » Tout le livre de M. […] Et en ce sens, Wagner est, en effet, un poète dramatique. […] Chamberlain, la musique de Wagner est de la musique de poète.
Il n’y avait plus de poètes, plus de prophètes. […] Thomas Graindorge est devenu historien sans cesser d’être un poète satirique et amer. […] Jean Reynaud, représentant du peuple ; M. de Béranger, le poète ; M. […] Sans cette inertie des bureaucrates, nous aurions peut-être un poète de moins. […] La Toscane était le paradis des poètes.
[Anthologie des poètes français du xixe siècle (1887-1888).] Gustave Larroumet Il n’est venu qu’assez tard à la poésie : « J’ai longtemps ignoré, dit-il, le poète qu’absorbait en moi l’opiniâtre travail du peintre. » Il adorait la poésie, il lisait avec enthousiasme : « La Fontaine, Racine, H. […] Le voilà donc prosateur et poète, avec trois volumes qui, dans leur ensemble, ajoutent quelque chose à la littérature contemporaine.
André Rivoire Voilà un poète, un très jeune poète, parfois négligé, — mais, chez lui, c’est un charme, car son cœur est ardent, spontané, curieux de toutes choses et plus particulièrement de l’amour et du plaisir. […] Dans l’âme du poète, tout est vrai, ce qu’il sent et ce qu’il imagine.
Henri Ghéon est un amoureux de la nature, un poète qui sait bien voir et souvent bien rendre les féeries et les enchantements des prés et des bois… Dans ce livre, qui fleure bon la terre et l’herbe fauchée, on ne regrette qu’un métier plus habile et une musique moins élémentaire. […] Henri Ghéon est l’un de ces poètes qui retournent ou prétendent retourner à la nature, et s’il mène à bien la série qu’il a commencée, il aura composé avec une méthode presque didactique quelque chose comme des Géorgiques françaises. […] Le Dépotoir, l’un des plus beaux poèmes du livre, trop long pour être cité en entier, et trop homogène pour qu’on en détache un fragment) ; mais il note aussi, comme le doit faire tout bon poète, les apparences fugaces des objets et des hommes, et les similitudes qui ne sont pas perçues dès l’abord.
Jean Lorrain est un poète et un artiste. […] Mais à ne connaître que sa prose, on sentirait encore qu’il est poète. […] Lorrain un des écrivains les plus particuliers d’aujourd’hui, il faut joindre celui de poète.
Des mélodies, des ballades, des complaintes, des litanies, des hymnes et des prières, simples, douces, susurrées au crépuscule automnal par un jeune poète, avec je ne sais quoi de troublant, d’imprécis, de mystérieux, et surtout d’étrangement mélancolique mais résigné. […] Mais comme une âme, élue pour la mélancolie comme celle du poète, est dolemment bercée par ces « mélodies oublieuses », en lesquelles fidèlement se répercutent ses chants, ses soupirs et ses sanglots ! […] [Poètes d’aujourd’hui (1900).]
Indirectement elle s’étend jusqu’à ceux qui ne la subissent qu’à travers un ou deux d’entre ces poètes. […] Théophile Gautier, par exemple, est un poète, et M. […] Ils ont invoqué l’exemple des grands poètes grecs, et, parmi les lapins, de Lucrèce. […] Certes, cet Idéal les a déçus, mais le poète les en plaint davantage. […] Quel poète fut plus poétique et plus songeur que Gœthe, cet administrateur et ce philosophe ?
De la raison, de l’enchaînement, oui ; mais de l’émotion, mais de la tragédie… Ma gloire, si gloire il y a, sera d’avoir été voire poète… » (Avril 1804.) […] Ducis était sur le chemin de la tragédie, telle qu’il l’eut souhaitée et qu’il l’appelait de ses vœux en la demandant partout autour de lui aux poètes de son temps ; mais la tragédie ne se commande point. […] Bonaparte consul continua sa bienveillance à Ducis, et c’est ici que le poète se dérobe aux récompenses et aux honneurs dans des termes qui ont été justement célébrés. […] Je pourrais dire comme Corneille, en reconnaissant la distance infinie qui me sépare de lui comme poète : Mon génie au théâtre a voulu m’attacher ; Il en a fait mon fort, je dois m’y retrancher. […] Je suis catholique, poète, républicain et solitaire : voilà les éléments qui me composent et qui ne peuvent s’arranger avec les hommes en société et avec les places.
Du temps de Dante, bien que les crédulités populaires du poëte toscan fussent mêlées aux cynismes populaires de Florence et de Pise, le fond était ignoble, mais vrai pour les rues de ces villes. […] Enfin, de nos jours, les mystères de la rédemption étaient vrais pour Klopstock, le barde allemand de la Messiade, racontée en vers sublimes par ce poëte mystique de la rédemption. […] Si Chateaubriand eût été un grand poëte au lieu d’être un grand prosateur, et s’il eût conçu son poëme rationnel sur les vérités les plus acceptées de son siècle, en morale, en politique, en religion ; s’il eût vulgarisé quelque vérité nouvelle, pleine de Dieu, comme elles le sont toutes, et qu’il eût popularisé et divinisé ces vérités par un style en vers digne de Dieu et des hommes, il est à croire que le genre humain posséderait un poëme épique de plus, et la France un véritable et immortel poëte épique. […] « Le ton de la pièce change à partir de ce moment, et le poëte entre dans la sphère qui lui est propre. […] Malgré le nombre et l’éclat de ses images, il ne fut pas poëte.
Ce n’est que dans la troisième pièce, dans la Mort de Wallstein, que le poëte a placé le dénouement. […] Pour nous en convaincre, il ne faut qu’examiner ce qu’a fait Schiller dans son Guillaume Tell, et rechercher ce qu’aurait fait un poëte grec traitant la même situation. […] Le poëte, d’ailleurs, se trouve entraîné invinciblement à rechercher des détails d’autant moins dramatiques qu’ils sont plus pompeux. […] Dans les deux cas, le poëte reparaît, pour ainsi dire, en avant des personnages, et il y a une espèce de prologue ou de préface sous-entendue, qui nuit à la continuité de l’impression. […] Qu’est-ce que le même poëte nous fait connaître d’Oreste ?
Les orateurs précèdent les poètes ; l’âge de la poésie commence à renaître ; la liberté, une fois conquise et une fois régularisée, féconde le génie. […] La première jeunesse des yeux de l’imagination et du cœur est la naturalisation pour le poète comme pour l’homme. […] On s’y fait dans la même minute poète, amant, citoyen, contemplateur, cénobite. […] Je croyais alors qu’Alfieri était un poète ; j’étais à l’âge où l’on adore le nom sans savoir s’il est véritablement mérité. […] C’est là que le poète avait achevé ses œuvres et caché sa vie.