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392. (1763) Salon de 1763 « [À mon ami Monsieur Grimm. » pp. 171-182

Sans cette attente, l’esprit occupé de sujets imaginaires et donnés, ne s’échauffera jamais d’un feu réel, d’une chaleur profonde, et l’on n’aura que des rhéteurs.

393. (1888) Revue wagnérienne. Tome III « VI »

Une action contemplée, un combat par exemple, cela était pour eux une série de sensations déjà plus vive, plus intéressante, par un certain reculement et une élimination des sensations étrangères au combat, par l’accumulation des sensations suivies du combat et leur prépondérance ; mais ce beau spectacle d’un combat, si le combat était réel, n’était-il pas, en tant que spectacle, atténué par l’éparsement sensationnel inhérent à sa réalité même ? […] Le théâtre est un spectacle de vie su fictif par les spectateurs qui le contemplent et conséquemment d’une sensation moins éparse, plus homogène, plus intense que le spectacle de la vie réelle ; le théâtre est le premier degré de l’art parmi la vie… Après dix ans de luttes et de souffrances lointaines, voilà que las et triomphant de ses armes rouillées de sangs, le roi-guerrier revient à la couche de son épouse, et l’attend l’adultère, et le trappe, qui un jour par le vouloir d’Atè et l’acte filial sera puni ; telle, dans l’amplitude sereine et introublée des portiques, entre les colonnades haut ornées des figures de dieux, l’action humaine apparaissait, et libre de soucis étrangers, toute drue d’elle-même, la sensation des divinités implacables aux Atréides surgissait, véhémente plus que d’aucune réalité, terrifiante et sûre, art, dans les âmes spectatrices. […] Ne sera-ce point le sommet du fictif, et de l’art — cette vie plus intense que la vie réelle créée dans la vie à côté de la réalité — et ne sera-ce point le suprême accomplissement de cet idéal d’intensification des sensations, cette réduction de la sensation à un mode de sentir unique ? […] La musique, expression de la vie supérieure et réelle de l’âme, est la force capable à l’auditeur idéal (idéal : le Pur et Simple) pour suggérer toute la réelle et supérieure vie de l’âme : mais à nous, l’auditeur non idéal, à nous, hélas, le misérable végétant, impur et perverti, à l’accoutumé de l’unique Apparence, au vivant de l’Illusion, à l’ignorant du Vrai, hélas, à nous la pure musique ne sera-t-elle pas l’inintelligible langage d’un inonde inconnu, et ne dirons-nous pas le dissolvant « pourquoi ? 

394. (1853) Portraits littéraires. Tome I (3e éd.) pp. 1-363

Ne fallait-il pas que l’orgueil fût légitime, et la colère dirigée contre un ennemi réel ? […] Ces transformations, je le sais, sont plutôt apparentes que réelles, plutôt superficielles que profondes. […] C’est là, si je ne m’abuse, le véritable mérite, et aussi le vice réel de Notre-Dame de Paris. […] Ni les historiens ni les poètes ne souscriront à cette affirmation ; mais la théorie du drame réel pourra du moins nous servir à juger les drames de M.  […] Je ne sais si le portrait de ces deux sœurs a été tracé d’après nature ; mais, réel ou idéal, il révèle une grande finesse d’observation.

395. (1765) Articles de l’Encyclopédie pp. 7172-17709

Tous les objets de nos pensées peuvent se réduire à différentes classes : il y a les objets réels & les abstraits ; les corporels & les spirituels ; les animaux, les végétaux, & les minéraux ; les naturels & les artificiels, &c. […] J’ajoûte que ce raisonnement porte sur un principe faux, & qu’en effet la lettre h désigne un objet de l’audition très-analogue à celui des autres consonnes, je veux dire une explosion réelle des sons. […] C’est donc sur-tout dans leur signification qu’il faut examiner les mots pour en bien juger ; & l’on ne doit en fixer les especes que par les différences spécifiques qui en déterminent les services réels. […] Mais ce terme n’est, selon lui, qu’un nom mystérieux, plus propre à cacher l’ignorance réelle de l’analogie qu’à répandre quelque jour sur les procédés d’aucune langue. […] On s’abstient encore de cette forme par euphémisme, ou afin d’adoucir par un principe de civilité, l’impression de l’autorité réelle, ou afin d’éviter par un principe d’équité, le ton impérieux qui ne peut convenir à un homme qui prie.

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