Mais nous croyons en même temps qu’il y a bien des places dans la maison du Seigneur ; qu’un certain classique n’est pas tout le classique ; que le parfait a toujours quelque imperfection qui permet de concevoir un autre genre de parfait ; que, par exemple, le classique du xviie siècle n’est qu’une forme de classique qui n’est pas sans défaut ; qu’on pourrait soutenir très-fortement que le classique grec lui est supérieur, et peut-être aussi que le classique anglais ou allemand (si l’on peut employer une telle expression) lui est égal ; que, pour comparer en toute justice ces différents genres de chefs-d’œuvre, il faudrait lire Goethe et Shakespeare avec la même préparation que nous lisons Racine ou Corneille : il faudrait se faire Anglais ou Allemand, tandis qu’il nous est si facile d’être Français. […] Nisard avance, comme une critique, que les Grecs ont été plus sensibles à la liberté qu’à la discipline, ne ferait-il pas, sans le vouloir le suprême éloge de cette littérature ?
Comme Achille traînant Hector, la tragédie grecque tourne autour de Troie. […] Et puisque, du point de vue universel, « la tragédie grecque tourne autour de Troie » et qu’Eschyle appartient au monde antique (épique), comment expliquer la série Orphée-Homère-Eschyle ?
. — Portez-la dans la science : la science, privée de l’esprit scientifique et philosophique, réduite à des imitations, à des traductions, à des applications, n’est populaire que par la morale, corps de règles pratiques, étudiées pour un but pratique, avec les Grecs pour guides ; et sa seule invention originale est la jurisprudence, compilation de lois, qui reste un manuel de juges, tant que la philosophie grecque n’est pas venue l’organiser et le rapprocher du droit naturel.
De tous les héros de l’épopée d’Homère Hugo n’a jamais aimé que Thersite, l’Ursus ou le Quasimodo de la guerre de Troie ; et du théâtre grec je doute qu’il ait compris autre chose que les basses plaisanteries des Grenouilles ! […] Le bon Gautier, qui n’était pas un grand clerc, ni surtout un « grand Grec », en avait bien soupçonné quelque chose. […] Les Grecs ont trop aimé la vie, l’ont conçue trop riante, n’ont pas imaginé qu’elle eût d’autre objet qu’elle-même ; ils ont manqué du sens de l’au-delà. […] On a soutenu plus d’une fois que le christianisme était fait quand Jésus apparut, et, comme les dogmes chrétiens ne sont que la métaphysique des Grecs, on a voulu que la morale chrétienne aussi ne fût que celles des philosophes païens, d’Aristote et de Platon, de Cicéron et de Sénèque. […] En effet, si le monothéisme sémitique, la philosophie grecque et la politique romaine suffisent pour nous rendre raison de la formation, de l’ascendant, et du développement du christianisme, ces trois éléments sont-ils également simples, je veux dire indécomposables, irréductibles par l’analyse, et la philosophie grecque, par exemple, s’est-elle formée d’elle-même, d’elle seule ?