Saint Louis, né le 25 avril 1214 ou 121588, roi en 1226 à l’âge de douze ans sous la tutelle de sa sage et prudente mère, arrivé à sa majorité vers 1236, avait grandement commencé à ordonner son royaume d’après de bonnes lois, à y réprimer les entreprises des seigneurs, à y faire prévaloir la justice, la piété, à se faire respecter de ses voisins pour son amour de la paix et sa fidélité à ses engagements, lorsque, ayant été pris d’une grande maladie (décembre 1244), et étant tombé dans un tel état qu’on le crut mort, et qu’une dame qui le gardait voulait déjà lui tirer le drap sur le visage, il conçut au fond de son âme la pensée de se croiser ; au premier moment où il se sentit mieux et où il recouvra l’usage de ses sens, il appela à son lit l’évêque de Paris. […] L’évêque résistait ; la reine, mère du roi, et la reine sa femme, se joignirent à lui pour conjurer à genoux le malade de n’en rien faire ; mais saint Louis tint bon dans son désir et dans son vœu. « Lorsque la reine sa mère, dit Joinville, apprit que la parole lui était revenue, elle en fit si grande joie, qu’elle ne pouvait faire plus. […] Mais tout aussitôt, dans la personne de son page et de son serviteur, il a su ramener, par contraste avec son insensibilité, les sentiments naturels et nous faire voir qu’il n’est pourtant pas tout à fait étranger aux larmes ; il nous montre l’enfant et l’homme pleurant comme de simples mortels, l’un son père et sa mère, l’autre sa femme et ses enfants.
Un homme pieux et poète, une femme dont l’âme va si bien à la sienne qu’on dirait d’une seule âme, mais dédoublée ; une enfant qui s’appelle Marie, comme sa mère, et qui laisse, comme une étoile, percer les premiers rayons de son amour et de son intelligence à travers le nuage blanc de l’enfance ; une vie simple, dans une maison antique ; l’océan qui vient le matin et le soir nous apporter ses accords ; enfin un voyageur qui descend du carmel pour aller à Babylone, et qui a posé à la porte son bâton et ses sandales pour s’asseoir à la table hospitalière : voilà de quoi faire un poème biblique, si je savais écrire les choses comme je sais les éprouver. […] Tous ces menus détails de la vie intime, dont l’enchaînement constitue la journée, sont pour moi autant de nuances d’un charme continu qui va se développant d’un bout de journée à l’autre : — le salut du matin qui renouvelle en quelque sorte le plaisir de la première arrivée, car la formule avec laquelle on s’aborde est à peu près la même, et d’ailleurs la séparation de la nuit imite assez bien les séparations plus longues, comme elles étant pleine de dangers et d’incertitude ; — le déjeuner, repas dans lequel on fête immédiatement le bonheur de s’être retrouvés ; — la promenade qui suit, sorte de salut et d’adoration que nous allons rendre à la nature, car à mon avis, après avoir adoré Dieu directement dans la prière du matin, il est bon d’aller plier un genou devant cette puissance mystérieuse qu’il a livrée aux adorations secrètes de quelques hommes ; — notre rentrée et notre clôture dans une chambre toute lambrissée à l’antique, donnant sur la mer, inaccessible au bruit du ménage ; en un mot, vrai sanctuaire de travail ; — le dîner qui s’annonce non par le son de la cloche qui sent trop le collège ou la grande maison, mais par une voix douce qui nous appelle d’en bas ; la gaieté, les vives plaisanteries, les conversations brisées en mille pièces qui flottent sans cesse sur la table durant ce repas : le feu pétillant de branches sèches autour duquel nous pressons nos chaises après ce signe de croix qui porte au ciel nos actions de grâces ; les douces choses qui se disent à la chaleur, du feu qui bruit tandis que nous causons ; — et, s’il fait soleil, la promenade au bord de la mer qui voit venir à elle une mère portant son enfant dans ses bras, le père de cet enfant et un étranger, ces deux-ci un bâton à la main ; les petites lèvres de la petite fille qui parle en même temps que les flots, quelquefois les larmes qu’elle verse, et les cris de la douleur enfantine sur le rivage de la mer ; nos pensées à nous, en voyant la mère et l’enfant qui se sourient ou l’enfant qui pleure et la mère qui lâche de l’apaiser avec la douceur de ses caresses et de sa voix, et l’océan qui va toujours roulant son train de vagues et de bruits ; les branches mortes que nous coupons dans le taillis pour nous allumer au retour un feu vif et prompt ; ce petit travail de bûcheron qui nous rapproche de la nature par un contact immédiat et me rappelle l’ardeur de M.
Mme Roland avait péri le 9 novembre 1793 : Robespierre tombait le 9 thermidor (27 juillet 1794) ; moins d’un an après, dans l’été de 1795, parurent les Mémoires de Mme Roland ; ils avaient pour titre : Appel à l’impartiale Postérité par la citoyenne Roland, femme du ministre de l’intérieur ; ou Recueil des écrits qu’elle a rédigés pendant sa détention aux prisons de l’Abbaye et de Sainte-Pèlagie ; imprimé au profit de sa fille unique, privée de la fortune de ses père et mère, dont les biens sont toujours séquestrés. […] C’était précisément le cas au lendemain de la mort de Mme Roland, et quand ses Mémoires furent publiés pour la première fois ; c’était le cas encore tant que vécut sa fille, à laquelle il eût été pénible de laisser percer dans les écrits de sa mère un sentiment dont son père aurait rougi et dont il avait souffert. […] Ajoutez qu’elle part de là tout aussitôt pour prêcher et moraliser : « Arrêtons-nous ici un moment, dit-elle, et que les mères considèrent avec effroi l’étendue de la vigilance qui leur est imposée ; tout conspire contre les tendres dépôts qui leur sont confiés, et la conservation de leur intégrité n’appartient qu’à une rare prudence… » Et voilà toute une leçon de vertu qui commence : il est bien temps ! Comme si, en consignant ce vilain détail dans ses Mémoires, — un de ces détails pour lesquels le président d’un tribunal ordonne le huis-clos, — elle n’avait pas commis par là même un acte immortel d’impudeur et n’avait pas donné jour à un récit que désormais les mères ne seraient pas seules à y chercher et que les jeunes filles, en ouvrant le volume, pourraient également y lire.
Ces trois frères, dont le dernier n’est pas de la même mère que les deux autres, ont un caractère bien différent. […] L’enfant, sentant sa force, alla fièrement demander à sa mère le nom de son père, et quand il le sut, il n’eut plus de cesse qu’il n’eût assemblé une armée pour aller combattre les Iraniens et se faire reconnaître du glorieux Roustem à ses exploits et sa bravoure. […] Le jeune homme meurt avec résignation, avec douceur, en pensant à sa mère, à ses amis, en recommandant qu’on épargne après lui cette armée qu’il a engagée dans une entreprise téméraire : Pendant bien des jours je leur ai donné de belles paroles, je leur ai donné l’espoir de tout obtenir ; car comment pouvais-je savoir, ô héros illustre, que je périrais de la main de mon père ?… Je voyais les signes que ma mère m’avait indiqués, mais je n’en croyais pas mes yeux.
On ajoutait que sa mère l’avait mis au monde au coin d’une borne dans la rue de La Harpe, faisant entendre que c’était de là que lui venait son nom. […] « Il n’avait pas dix ans quand son père mourut (6 mai 1749) : il en avait un peu plus de seize lorsqu’il perdit sa mère (16 février 1756) morte à l’Hôtel-Dieu. » La Harpe ne parla qu’assez tard de sa naissance ; soit mépris réel pour des propos à demi calomnieux, soit difficulté d’aborder ce point délicat, il ne s’expliqua pour la première fois qu’en 1790, et il le fit sur un ton qui nous montre assez son caractère. […] Qui a pris soin de moi quand mon père et ma mère m’ont été enlevés ? […] Daunou, qui a composé sur La Harpe un morceau excellent, mais au point de vue strictement classique, se rabat à citer de lui, comme chef d’œuvre dans le genre lyrique, une petite romance fort connue de nos mères : Ô ma tendre musette !
Sa famille était du Midi, de la jolie ville d’Aubagne, entre Marseille et Toulon, et lui-même naquit à Cassis, dans un voyage qu’y avait fait sa mère, le 20 janvier 1716. Il nous a laissé une idée riante de son enfance au sein d’une famille unie et tendre ; il avait un frère et deux sœurs ; ayant perdu sa mère de bonne heure, il retrouva dans son père une affection toute maternelle. […] Au xviiie siècle, dans chaque maison riche, il y avait l’abbé, personnage accessoire et pourtant comme indispensable, commode au maître, à la maîtresse de la maison, répondant aux questions des enfants et des mères, ayant l’œil sur le précepteur, instruit, actif, familier, assidu, amusant, un meuble nécessaire à la campagne. […] Dans un petit Traité de morale, rédigé à l’usage d’un neveu de M. de Malesherbes, et qu’il fit à la demande d’une mère, il a montré combien l’aménité était la forme de son caractère, et l’humanité le fond de son âme.
Dans un portrait de Du Plessis-Mornay, voulant déplorer l’usage que ce célèbre protestant fit de ses talents contre l’Église, il dira qu’il eût été à souhaiter pour lui qu’il fût mort-né (Mornay) d’effet comme de nom, et que du ventre de sa mère il eût été porté à la sépulture. […] Il nous fait assister aux tracasseries de cette petite cour ; il y devient vite l’homme nécessaire, et conclut le traité qui réconcilie la mère avec le fils (30 avril). […] Les favoris, les Luynes sont là qui ont l’œil à tout et qui surveillent entre le roi et sa mère l’élan de la nature. […] Richelieu reste attaché à la reine mère dans son gouvernement d’Anjou ; il est le surintendant de sa maison, et proprement le ministre de ce demi-exil et de cette disgrâce ; car, malgré l’entrevue et l’embrassement de Cousières, les mauvaises passions s’interposent et travaillent à semer des divisions nouvelles entre le fils et sa mère.
Marguerite, toute savante et éclairée qu’elle était, a dû croire au même présage, et eût écrit les mêmes paroles que sa mère. Mariée à dix-sept ans au duc d’Alençon, prince insignifiant, elle gardait tout son dévouement et toute son âme pour son frère ; aussi, lorsqu’à la dixième année du règne arriva le désastre de Pavie (25 février 1525), et que Marguerite et sa mère apprirent la destruction de l’armée française et la captivité de leur roi, on conçoit le coup qu’elles reçurent. […] Son premier mot est pour consoler le captif, pour le rassurer : « Madame (Louise de Savoie) a senti si grand redoublement de forces que, tant que le jour et soir dure, il n’y a minute perdue pour vos affaires ; en sorte que de votre royaume et enfants ne devez avoir peine ou souci. » Elle se félicite de le savoir aux mains d’un aussi bon et généreux vainqueur que le vice-roi de Naples Charles de Lannoy ; elle le supplie, au nom de sa mère, de songer à sa santé : Elle a entendu que voulez entreprendre de faire ce carême sans manger chair ni œufs, et quelquefois jeûner pour l’honneur de Dieu. […] [NdA] Les Poésies de François Ier, jointes à d’autres pièces de vers de sa sœur et de sa mère, ont été publiées en 1847 par M.
Elle accueillait ce dernier-né de l’hérédité avec la faveur et presque la tendresse qu’une mère a pour le dernier de ses enfants. […] Le passage sur l’Église d’autant plus forte qu’elle est faible, et qui apparaît revêtue de l’inviolabilité d’une femme et d’une mère ; ce pathétique mouvement, même pour ceux qui, à distance, ne prendraient ces choses qu’au point de vue du beau, devra rester comme une des plus heureuses inspirations de l’éloquence. […] Fils d’une mère anglaise, on croirait sentir dans sa voix, à travers la douceur apparente, une certaine accentuation montante qui ne messied pas, qui fait tomber certaines paroles de plus haut et les fait porter plus loin.
» Joseph, levant les yeux, vit Benjamin, son frère, fils de Rachel, sa mère, et il leur dit : Est-ce là le plus jeune de vos frères, dont vous m’aviez parlé ? […] « Isaac fit entrer Rébecca dans la tente de Sara, sa mère, et il la prit pour épouse ; et il eut tant de joie en elle, que la douleur qu’il avait ressentie de la mort de sa mère fut tempérée121. » Nous terminerons ce parallèle et notre poétique chrétienne par un essai qui fera comprendre dans un instant la différence qui existe entre le style de la Bible et celui d’Homère ; nous prendrons un morceau de la première pour la peindre des couleurs du second.
dans le mépris des enfants pour la mère, ne reboira pas la vigueur et la vie dans ce lait des mères, méprisé comme l’eau. […] « La mère la plus heureuse en filles est celle qui n’a que des garçons.
C’est une chose féroce à penser, détestable, presque ridicule, mais certaine, que si Richelieu n’avait pu réussir à gouverner ces deux femmes vaporeuses, Louis XIII et sa mère, il n’était plus qu’un intrigant ; que si Cortez n’avait pas apporté le Mexique à l’Espagne, il n’était qu’un aventurier ! […] Qu’importe, en effet, que Raousset fût un poète, lui qui fut cinq ans la Poésie, lui dont la moustache blonde faisait trembler les hommes du Mexique et rêver ses femmes, alors que les plus belles quittaient leurs mères pour venir sous sa tente et disaient de lui à leurs compatriotes irrités : « Si, quiero el conde, y lo quiero con amor ! […] Il est mort jeune ; plaignons sa mère, mais ne le plaignons pas, lui !
L’ignorance est mère de l’admiration ; ignorant tout, ils admiraient vivement. […] Ils présumèrent que par le fracas du tonnerre, par les éclats de la foudre, Jupiter voulait leur dire quelque chose ; et ils commencèrent à se livrer à la curiosité, fille de l’ignorance et mère de la science [qu’elle produit, lorsque l’admiration a ouvert l’esprit de l’homme]. […] De même que la métaphysique poétique s’est divisée en plusieurs sciences subalternes, poétiques comme leur mère, cette histoire des idées nous donnera l’origine informe des sciences pratiques cultivées par les nations, et des sciences spéculatives étudiées de nos jours par les savants.
Mme Malapert avait des doigts de fée pour rapetasser et rallonger les vieux vêtements, et, bien que son amour-propre en souffrît, le jeune homme devait se contenter de grosses chemises lessivées à la maison et de chaussettes tricotées par sa mère… Moi, des pages comme celles-là me ravissent. […] la sainte économie de nos mères, leurs prodiges de ménagères industrieuses, et l’étroitesse sévère du foyer domestique !
Louis XIV, roi à l’âge de 5 ans, sous la régence d’Anne d’Autriche sa mère, assistée du cardinal de Mazarin, avait passé l’intervalle de 1643 à 1648, époque de sa minorité, à écouter chaque jour le récit des victoires que le prince de Condé, âgé seulement de 22 ans, remportait sur les ennemis de la France. Le roi enfant n’entendait parler que de la gloire de ses armes ; en 1646, à l’âge de huit ans, il était conduit par sa mère à l’armée de Flandre et la passait en revue : alors il n’avait pas encore atteint l’âge où Marié de Médicis faisait donner le fouet à Louis XIII.
Ses ennemis prétendent que, pour échapper au supplice, il chargea sa mère, & rejetta sur elle tous les complots. […] L’un enleva sa mère, L’autre enleva son père.
Que n’aurais-je point donné pour me faire l’enfant de sa mère ? […] J’essayai de la détacher de sa mère ; elle y résista toujours. […] Et quelle compagnie pour lui que Thérèse et sa mère ! […] Sa mère doit le nourrir elle-même. […] Sa mère était pauvre, mais « de condition ».
— Bonsoir, ma mère, ma pauvre mère. […] — Ma mère, ma pauvre mère, je vous le dirai à souper. […] — Écoutez, ma mère, ma pauvre mère. […] Buvez, buvez jusqu’au fond, ma mère, ma pauvre mère. […] — Pardonnez-moi, ma mère, ma pauvre mère.
Lorsqu’il en fait part à sa mère, c’est à une heure du matin, près de la table où traînent les restes d’un souper, et pendant que sa maîtresse attend dans le cabinet de toilette. […] Le petit, encouragé, demande des nouvelles de sa mère, comprend qu’elle est morte, sanglote et se pâme. […] Paméla en a quelques-uns, mais surtout des mots de théâtre, comme lorsqu’elle convie les femmes « au 14 juillet des mères ». […] Moi, j’ai roulé beaucoup d’imbéciles dans ma vie ; mais j’ai épousé, quand elle est devenue mère, une ouvrière que j’avais séduite. […] Et voilà qu’elle apprend de son père et de sa mère que M. le syndic s’était trompé sur ses sentiments, le pauvre homme !
Sa mère avait douze cent mille francs, qu’elle a perdus, en lui laissant des dettes. […] Et là-dessus est rentrée, toute joyeuse de sa promenade dans la cour, la mère des petits chiens. […] Alors j’ai vu la petite Jeannine Dumas, très peu sensible à l’éloquence de son père, en train de détraquer la lunette de sa mère. […] L’aîné casé, la mère se remue pour faire donner de l’instruction au second. […] Leur mère est morte, leur père est fou d’une folie qui a commencé à la terrible séance de Lanjuinais.
Il en aura été de même encore de chacun des rameaux généalogiques subordonnés sortis de ces deux souches mères, à chacune des périodes géologiques successives qu’ils ont traversées. […] Ils y comprennent les monstres ; ils y comprennent les variétés, non seulement parce qu’elles ont d’étroites ressemblances avec la forme mère, mais aussi parce qu’elles en sont issues. […] C’est encore ainsi que les cornes des Bœufs de race croisée sont affectées par la forme des cornes des deux souches mères. […] Prenons un genre d’oiseaux ; qui, d’après ma théorie, descend d’une seule espèce mère, et dont les diverses espèces actuelles se sont modifiées par sélection naturelle, d’après leurs habitudes différentes. […] L’embryologie prend ainsi un plus grand intérêt encore, de ce qu’on peut considérer chaque embryon comme un portrait plus ou moins effacé de la commune forme mère de chaque grande classe d’animaux.
. — J’ai accompagné les deux sœurs après la messe, et j’ai rapporté le premier tome de Bernardin ; elle me dit qu’elle serait seule, sa mère et sa sœur partant le mercredi. […] Lundi, 19. — J’achevai de m’expliquer, j’en rapportai de faibles espérances et la défense d’y retourner avant le retour de sa mère. […] Remarquez, voilà le mot dit à la mère, treize jours après le premier aveu à la fille : marche régulière des amours antiques et vertueuses ! […] Mercredi, 16. — La mère me dit qu’il y avait longtemps qu’on ne m’avait vu. […] Mais bientôt la santé de la mère déclina, et quand M.
Ce père du jeune Horace était un homme qui ne vivait que pour son fils ; il lui servait de mère par sa tendresse et par sa vigilance. Horace ne parle pas de sa mère, morte sans doute pendant qu’il était en bas âge, esclave peut-être avant l’affranchissement de la famille ; mais il témoigne pour ce modèle des pères toute la tendresse et toute la reconnaissance qu’une mère laisse ordinairement dans la mémoire et dans le cœur de l’enfant. […] Horace, à cette époque, penchait par imagination vers les sceptiques, par vertu vers les stoïciens ; les derniers républicains étaient stoïciens ; c’est par vertu qu’ils voulaient mourir pour conserver l’ancienne liberté romaine, mère des vertus. […] L’Inde, la Grèce et Rome leur reconnaissaient un rang social, inférieur aux femmes chastes légitimement mariées et mères de famille (matrones), mais supérieur aux femmes de débauche perdues dans la fange de la population des faubourgs. […] Ces liaisons étaient tolérées ; bien que licencieuses, on les excusait dans la jeunesse, dans l’âge mûr on les condamnait ; c’était un scandale, mais non un crime, dans une civilisation qui n’imposait qu’aux mères de famille la vertu de la chasteté, cette dignité de la femme.
Nous allons vous en traduire quelques stances ; elles sont du nombre de celles que Thérésina elle-même pouvait entendre sans que la délicate pudeur de sa mère s’en alarmât pour son enfant. […] Je suivis Léna et Thérésina comme si j’avais fait partie de la maison, sans savoir au juste si la magie qui m’entraînait résidait pour moi dans la mère ou dans la fille. […] Ces images trop licencieuses ne pouvaient effleurer seulement l’imagination de Thérésina, ni même de sa mère. […] Thérésina, les yeux couverts par les tresses dénouées de ses fins cheveux blonds, dormait au branle de la gondole sur le bras de marbre de sa mère. […] Était-ce la mère, était-ce la fille dont j’allais regretter le plus douloureusement la présence et promener le plus loin l’image ?
C’était une guerre civile intentée à la mère patrie, pour une cause purement vénale ; cela n’était ni juste ni noble ; cela ne pouvait produire que beaucoup de mal aux Anglais et beaucoup d’ingratitude pour la France. […] Ce sont des importations britanniques toutes récentes de créoles anglais, qui ont encore l’accent et le génie de la mère patrie. […] Je répétais à peine les premiers mots qu’un enfant bégaye, et qui causent tant de joie à une mère ; je pouvais à peine me soutenir, quand le plaisir que me donnèrent les teintes diverses du feuillage et la nuance profonde du ciel azuré me pénétraient d’une joie enfantine. […] La vieille femme, leur mère, leur donna de l’eau-de-vie ; ils en burent largement. […] La mère les attira vers l’extrémité opposée de la hutte, me montra du doigt, et dans une longue conférence discuta sans doute avec ses dignes fils les moyens de se défaire de moi et de s’approprier la montre fatale qui avait tenté sa cupidité.
Mercredi 3 février Armand Baschet, ainsi qu’il en avait l’habitude, était allé vivre quelques jours à Blois, pour la fête de sa mère, sa mère, une femme de 80 ans passant son existence dans son lit. Un des derniers jours de son séjour, sa mère, par extraordinaire, se levait et venait s’asseoir à la table du déjeuner. […] Il me raconte que lorsque son Drageoir d’épices avait été refusé par tous les éditeurs, sa mère, qui, par son industrie, avait des rapports avec Hetzel, lui avait proposé de porter son manuscrit à Hetzel. […] Ce soir, ma filleule Edmée m’est présentée en grande toilette par la garde, qui me rabroue un peu, comme je me permets de m’étonner de sa petitesse, quand la mère me jette gaiement de son lit : « Mais elle est très grande, elle pèse sept livres et demie… le poids d’un gigot pour douze personnes ! […] Il faut cependant rentrer à la maison, où sa mère le reçoit à coups de balai.
La grande diversité des plantes ou des animaux qui sont soumis au pouvoir de l’homme, et qui ont varié à travers la suite des âges, sous les climats et les traitements les plus divers, est simplement due à ce que nos produits domestiques ont été élevés dans des conditions de vie moins uniformes et en quelque chose différentes de celles auxquelles les espèces mères ont été exposées à l’état de nature. […] D’autre part, on pourrait dresser une longue liste de ces espèces cultivées essentiellement variables, que les jardiniers appellent plantes folles (sporting plants), parce que, étant reproduites au moyen de bourgeons ou de rejetons, elles assument soudain un caractère nouveau, très différent de celui de la plante mère. […] Ces affolements de plantes (sports) sont extrêmement rares à l’état sauvage, mais assez fréquents sous l’action de la culture ; et, en pareil cas, l’on voit que le traitement de la plante mère a pu affecter un bourgeon ou un rejeton, sans altérer les ovules ou le pollen. […] D’ailleurs, dès qu’on essaye d’estimer la valeur des différences de structure qui distinguent nos races domestiques de la même espèce, on se perd aussitôt dans le doute si elles sont descendues d’une ou plusieurs espèces mères. […] Ces progrès se manifestent avec évidence dans l’accroissement de taille et de beauté qu’on remarque aujourd’hui dans la Pensée, la Rose, le Géranium, le Dahlia et autres fleurs, quand on les compare avec des variétés plus anciennes ou avec les souches mères.
Celui-ci vous dira qu’il est consumé du désir de connaître, qu’il s’éloigne de sa patrie par zèle pour elle, et que s’il s’est arraché des bras d’un père et d’une mère et s’en va parcourir à travers mille périls, des contrées lointaines, c’est pour en revenir chargé de leurs utiles dépouilles ; n’en croyez rien : surabondance d’énergie qui le tourmente. […] L’endroit où l’on décidait du sort des nations et des rois, où des courtisans venaient en tremblant étudier le visage de leur maître, où trois brigands peut-être échangèrent entre eux les têtes de leurs amis, de leurs pères, de leurs mères contre les têtes de leurs ennemis, qu’est-ce à présent ? […] Mère assise avec son enfant devant elle. à gauche, vieux vase sur son piédestal, quartiers de pierres informes dispersées et autres accessoires. […] S’il n’y avait là que des enfans, de jeunes fous ; mais des pères, des mères, et des mères avec leurs enfans, des gens sensés entre ces masses entr’ouvertes, chancelantes, vermoulues ! […] Mais s’il ose faire survenir la mère et lui montrer son fils prêt à tomber et à se briser à ses pieds, qu’il le fasse.
… Malgré ses prétentions à la jeunesse, l’Amérique, cette fille de l’Europe, est née vieille comme tous les enfants de vieillards, et elle a les épuisements spirituels de sa mère. […] Eh bien, cette dernière affection d’une mère qui ne lui manqua jamais et qui lui survécut, ne l’arrêta point dans la consommation de ce long suicide par l’alcool qu’il accomplit sur sa personne. […] Quoique d’une race noble et ancienne, mais déchue, Poe était sorti d’un père comédien et d’une mère comédienne, morts tous deux de phtisie et de faim. […] Infortuné dès le berceau, il avait deux ans quand son père et sa mère moururent, et il allait mourir comme eux, quand un monsieur Allan, homme très riche, à l’instigation charitable de sa femme, prit l’orphelin pour se faire un enfant qui lui manquait, et il l’éleva dans un luxe et dans l’espérance d’une fortune qui devait rendre plus tard la pauvreté de Poe plus cruelle. […] La phtisie qui avait tué son père et sa mère tua sa femme, et dut lui causer une douleur plus cruelle qu’à personne… Edgar Poe, ce spiritualiste, de cœur autant que d’esprit, ce passionné, mais d’amour chaste, avait réellement le génie de l’amour conjugal.
Et il prend cette jeune mère par ce qu’il y a de meilleur en elle, par l’amour maternel. […] Il subit la double influence de son père et de sa mère. […] Sa mère, une veuve pauvre et prévoyante, le fit entrer à vingt ans dans les bureaux de l’Hôtel de Ville. […] La mère, le grand-père s’endettent pour lui faire donner de l’instruction. […] De même pour la mère.
Sa mère ayant souri tristement : — En tout ? […] Elle contient une dédicace à la mère de l’auteur. […] demanda la marquise, qui ne savait pas même que Paule fût mère. […] dit-elle d’une voix sourde, retourne vers ta mère ; va retrouver Mme Caverley. […] Elle rappelle trop cette Mme Regnault, la mère du journaliste, du chef-d’œuvre de M.
Sa mère s’appelait Helvia. […] Après deux ans de séjour dans la Campanie, Tibère fut rappelé à Rome par une maladie d’Augusta, sa mère. […] D’ailleurs, à Rome, il était lassé des prières et du crédit de sa mère. […] Mais Tibère ne voulut pas quitter son asile, même pour assister aux derniers moments de sa mère. […] Le plus cruel chagrin de sa vie fut la perte de sa mère, qui mourut à l’âge de quatre-vingt-treize ans ; cet homme, si capricieux et si chagrin, n’avait jamais eu pour sa mère que la plus inaltérable douceur, et l’âge si avancé où elle parvint avait transformé la tendresse de Pope en un culte presque religieux.
On se rappelle involontairement la belle lettre, de dix ans antérieure, que le roi écrivait à sa mère au lendemain de Marignan, et dans laquelle respire l’ardeur de la mêlée. […] Écrivant au roi pendant une grossesse, Marguerite débutera en ces mots : Le groz ventre trop pesant et massif Ne veult souffrir au vray le cueur naïf Vous obeyr, complaire et satisfaire… Dans les désastres et les rudes épreuves qu’eut à supporter son frère, elle le comparera tantôt à Énéas et tantôt à Jésus-Christ, de même qu’elle s’écriera, cri parlant de Madame d’Angoulême, leur mère, qui est restée courageusement au timon de l’État : À-t-elle eu peur de mal, de mort, de guerre, Comme Anchises qui délaissa sa terre ? […] Les expressions triomphantes dont est rempli le Journal de la mère du roi, et qui rappellent le Latonæ pertentant gaudia pectus , se reproduisent dans les lettres et dans les vers de sa sœur. […] La mère écrit à son fils captif comme madame de Sévigné à sa fille absente : « A ceste heure… je cuyde sentir en moy-mesme que vous seuffrez. » Marguerite se représente aussi comme une autre mère pour ce frère bien-aimé, quoiqu’elle n’ait que deux ans plus que lui ; et, le revoyant après une séparation, elle croit lire dans son seul regard toute une tendre allocution, qu’elle se traduit de la sorte à elle-même : …….. « C’est celluy que d’enfance Tu as veu tien, tu le voys et verras ; Ainsy l’a creu et le croys et croirras.
Ses vierges sont des mères mûres et bien portantes, des épouses de saint Joseph. […] Les Français voyagent pour se distraire d’un chagrin d’amour, d’une perte au jeu, ou pour placer des rouenneries, mais là, un Français dans une calèche, un Français qui ne soit ni un acteur, ni un ambassadeur, un Français ayant à ses côtés une femme comme une mère ou une sœur, et pas une fille, une actrice, une couturière, non on n’en a jamais vu ! […] Mme de Noiron se plaint que vous lui faites des grimaces à l’église… » Mme de Noiron, la mère du procureur du roi, faisait trembler le prêtre marié. […] La survie immortelle me sourit aussi, quand je pense à ma mère, quand je pense à nous ; mais une survie impersonnelle, une survie à la gamelle, comme je le disais à Saint-Victor, ça m’est bien égal. […] * * * — La compagne, dans l’antiquité, n’était ni une mère, ni une sœur, ni une consolation, ni une amie de cœur.
Catherine, remarquez-le, n’a pas de mère ; elle l’a perdue toute jeune. […] Dans Les Femmes savantes il y a d’abord une famille, père, mère, tante, filles, servante et serviteurs. […] Dans une famille où la mère est de l’Institut, et le père parfaitement effacé, il n’est pas possible que les enfants, même les mieux nés, soient sans défaut. […] Qu’un sujet s’y prête, et Racine peindra un enfant et une mère, et en tirera des traits tout nouveaux, inconnus au théâtre jusqu’à lui. […] » — C’est un charme au cœur, à travers cette lutte des violentes passions déchaînées, de contempler un instant une femme qui n’est que mère.
Ce fils, qui s’appelle Gaston et qui sera l’enfant terrible du roman, a pris naturellement Étienne en grippe, par cela seul que sa mère va l’épouser. […] Mais, lorsque Étienne demande le nom du chasseur mystérieux qui a tiré le coup de fusil, personne ne peut le lui dire, et il est obligé de ramener Gaston à sa mère sans savoir qui l’a sauvé. […] Les représailles ne se firent pas attendre ; tous les assassins furent assassinés à leur tour, et la tzarine mère enfermée dans un couvent. […] Si le successeur de Boris était vraiment Démétrius, son premier mouvement ne devait-il pas être de courir chez sa mère, et, si sa mère le reconnaissait, qui désormais pourrait douter ? […] Ô frères, ô femmes, ô mères !
Madeleine est de celles que l’on respecte, même malgré elles ; c’est une mère, c’est une épouse. […] Il ferait guillotiner sa mère, s’il pensait, par ce sacrifice, être agréable aux dieux assoiffés. […] Diane, la mère, a subi l’étreinte de ce vautour terrible. […] Diane la fille a été ravie comme Diane la mère. […] Il a pardonné à la mère la douleur qu’elle lui infligea jadis.
— Rien, rien, m’ont répondu à la fois la mère et la fille — Non, elle a quelque chose ? […] a fait la mère, il y a deux fois par semaine, à la mairie de Passy, un cours fait par les Femmes de France pour soigner les malades, les blessés, et la bête voudrait y aller ! […] » Royer-Collard préféra se retirer dans sa maison de famille, une façon de ferme près de Vitry-le-François, exploitée par sa mère, et là il passa tout le temps de la Terreur. Sa mère, une janséniste, était tellement respectée, que pendant la Terreur, tous les dimanches, elle faisait ouvrir la grande pièce de réception de la maison, où il y avait un christ accroché au mur, et un livre de messe à la main, elle lisait tout haut la messe aux paysans agenouillés. […] Toute la soirée s’est passée dans le racontage, et tour à tour par le père et la mère, du mariage de Léon, follement amoureux de Jeanne Hugo, depuis des années.
On pourrait de même citer plusieurs habitudes extraordinaires qui se manifestent seulement chez quelques représentants d’une espèce, et qui, dans le cas où elles leur seraient avantageuses en telles circonstances données, pourraient donner naissance par sélection naturelle à des instincts entièrement différents de ceux de la souche mère. […] Cet instinct est encore plus prononcé chez les Dindons, et il est de toute évidence qu’il a pour but de permettre à la mère de s’envoler, comme nous voyons qu’il arrive chez les oiseaux sauvages. Mais un pareil instinct chez nos poussins domestiques est maintenant sans utilité, les mères ayant perdu presque complétement l’usage de leurs ailes par l’effet de la domesticité. […] Si l’oiseau adulte a tiré quelque avantage de cette circonstance, ou si les jeunes oisillons abandonnés sont devenus plus vigoureux en profitant ainsi des méprises de l’instinct chez une mère adoptive, qu’en demeurant aux soins de leur propre mère, gênée, comme elle ne pouvait guère manquer de l’être, entre ses œufs et ses oisillons de différents âges qu’il lui fallait à la fois couver et nourrir, et de plus, pressée qu’elle était d’émigrer à une époque hâtive et bien avant la saison froide, on conçoit qu’un fait d’abord accidentel ait pu devenir peu à peu une habitude avantageuse à l’espèce. Car toute analogie nous sollicite à croire que les jeunes oiseaux ainsi couvés et nourris par des parents étrangers auront hérité plus ou moins de la déviation d’instinct qui a porté leur mère à les abandonner.