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604. (1773) Essai sur les éloges « Chapitre XIII. Éloges donnés aux empereurs, depuis Auguste jusqu’à Trajan. »

Ses soixante dernières pages surtout, sont écrites comme un valet qui, voulant faire fortune, écrirait l’histoire de son maître, à qui il viendrait tous les matins la lire à son lever. Si quelqu’un veut éprouver toute l’indignation que la flatterie inspire ; s’il veut apprendre comment on ne laisse échapper aucune occasion de louer un homme puissant ; comment on s’extasie sur ses bonnes qualités, quand il en a ; comment on dissimule les mauvaises ; comment on exagère ce qui est commun ; comment on donne des motifs honnêtes à ce qui est vicieux ; comment on rabaisse avec art, ou sans art, les ennemis ou les rivaux ; comment on interrompt son récit par des exclamations qu’on veut rendre passionnées ; comment on se hâte de louer en abrégé, en annonçant que dans un autre ouvrage on louera plus en détail ; comment, et toujours dans le même but, on mêle à de grands événements, de petites anecdotes ; comment on érige son avilissement en culte ; comment on espère qu’un homme si utile et si grand, voudra bien avoir longtemps pitié de l’univers ; comment, enfin, dans un court espace, on trouve l’art d’épuiser toutes les formules, et tous les tours de la bassesse, il n’y a qu’à lire ces soixante pages, et surtout les vingt dernières.

605. (1927) André Gide pp. 8-126

Ce sont des pages d’un robuste bon sens, d’un grand goût classique et d’un belliqueux entrain qui font à M.  […] Ce groupement de pages capitales me permettra d’insister sur les idées de M.  […] Étienne de Beaumont une bien curieuse tragédie en quinze actes, qui dure une demi-heure en tout, « chaque vocable-îlot doit, dans la page, présenter des contours abrupts. […] Elles ne lui fournissent ni une belle page, ni un renseignement inédit. […] Les autres se vendent 35 francs, et la plaquette a 80 pages.

606. (1902) Le chemin de velours. Nouvelles dissociations d’idées

Je relis des pages où M.  […] Page 7. […] Page 228. […] Page 369. […] , pages 377-80.

607. (1925) Comment on devient écrivain

Une page est sincère, quand elle est sentie, et c’est la qualité de l’expression qui révèle si elle est sentie. […] Et ainsi pendant trois cents pages. […] L’intensité du vécu a inspiré à ces débutants des pages dignes de nos meilleurs écrivains. […] Marcel Prévost admet cependant qu’on lise « la plume à la main » ; qu’on prenne « des notes » ; qu’on résume ce qu’un livre contient, et qu’on réduise ce contenu à « quelques pages, à une page » qui remplacera tout le livre. […] Il a des pages d’hallucination tragique, comme le procès de Louis XVI à la Convention et la journée du 9 Thermidor.

608. (1881) Études sur la littérature française moderne et contemporaine

Page 62, il a commis un vers de treize syllabes. […] En lisant M. de Saint-Victor, nous admirons son talent ; en lisant la page de M.  […] Vers la trois centième page, le défilé cesse, parce que trois cents pages font un volume, et non parce qu’il y a une fin nécessaire, une conclusion. […] Elles ont plus de prise sur l’imagination et restent mieux gravées dans la mémoire que de grandes pages d’histoire générale. […] Dès les premières pages du premier volume, il a quatre francs dix sous dans sa poche et douze francs de dettes, et si nous ouvrons le tome IV à la page 219 (il a trente-huit ans alors), nous lisons : « Je n’ai pas le sou, et je suis accablé de dépenses. » C’est un refrain perpétuel.

609. (1887) Études littéraires : dix-neuvième siècle

On veut en trouver dans ces pages des Mémoires où il décrit son train d’ambassadeur. […] De plus, comme il contient des pages anti-chrétiennes, et que l’auteur l’a réfute depuis, on l’a pris, faute de le lire, pour un ouvrage d’inspiration voltairienne. […] C’est bien, ce me semble, ce que lui-même nous dit dans cette page : « Méditations enchantées ! […] Ce poème, très court, où il y a des pages admirables, lui valut beaucoup d’applaudissements, et une affaire. […] Il y a une foule de pages de critique ou de théorie littéraire très intéressantes dans Hugo, mais il n’y a ni critique ni théorie littéraire.

610. (1925) Proses datées

Je l’avais suivi de page en page partout où il avait voulu nous conduire, et, dès l’abord, j’avais été conquis par ce merveilleux évocateur du monde qu’est le grand poète de Fantôme d’Orient. […] Pour se rendre compte de ces changements et de ces combats, il faut lire le livre de M. des Cognets et y suivre, de page en page, les nobles angoisses de ce cœur et de cet esprit. […] Ce fut en 1846 que le hasard mit sous les yeux de Baudelaire quelques pages du grand conteur américain. […] La frange du papier en bas de page a bu l’encre. […] Après deux pages blanches, j’y retrouve l’écriture de Mme de Chasans.

611. (1892) Un Hollandais à Paris en 1891 pp. -305

Il va de bonnes pages, mais au fond elles ne sont peut-être pas de lui. […] À la première page, on voit Verlaine furieux, debout, qui d’un geste terrible foudroyé Moréas. […] Il n’y a pas une page de ce livre qui n’ait été vécue. […] devoir ce qu’il y avait entre les pages. […] Oui, le marcheur éternel erre dans ces pages de son pas inquiet.

612. (1891) La vie littéraire. Troisième série pp. -396

Cette disposition est excellente pour écrire des pages qui troublent le lecteur. […] (Page 62.) […] (Le Disciple, pages 7, 11, 16, etc.) […] Villiers rattrapait la nuit, dans les gouttières, les pages envolées de ses chefs-d’œuvre. […] À ce propos, je me rappelle une page vraiment belle et sincère, que M. 

613. (1887) Essais sur l’école romantique

Quelquefois ses belles pages sont mal entourées ; l’inspiration se fait attendre. […] La renommée l’a touché du bout de son aile, et il ira loin encore, j’imagine sa belle page à la main. […] Je l’ai lue, cette page, et l’ai relue. […] C’est de cette façon que j’ai pu restituer à des pages écrites ultérieurement quelques vues ainsi retrouvées. […] Bon nombre de pages en prose de M. 

614. (1892) Sur Goethe : études critiques de littérature allemande

Recueillons-nous cependant ; relisons de sang-froid ces deux ou trois pages. […] De longs chapitres sont resserrés en quelques pages et des pages entières en dix lignes. […] Et encore quelles pages ! […] Schmidt en deux pages ; et ces deux pages ne disent rien, quoiqu’on s’aperçoive très bien que l’auteur aurait eu beaucoup à dire. […] Il coule à pleins bords dans les plus belles pages de la poésie moderne.

615. (1930) Le roman français pp. 1-197

On commençait comme page, on devenait écuyer, puis chevalier. […] Pas d’argot, dans ces pages immortelles. […] Et quand l’Homme-Chiffre a récité, fini de réciter des pages et des pages de manuel, quand il ne sert plus à rien, alors Barbusse le tue. […] Je signerais volontiers ces pages-là ! […] Ce lent suicide — elle finit par en mourir — est noté page par page, ligne par ligne.

616. (1870) Portraits de femmes (6e éd.) « MADAME DE CHARRIÈRE » pp. 411-457

Voici l’une de ces pages railleuses que les Neuchâtelois d’alors (c’est comme pour la Hollande, je ne parle qu’au passé) ne pardonnaient pas à Mme de Charrière d’avoir mises au jour : « Une chose m’a frappé ici. […] J’ai serré la sienne ; je l’ai embrassé, et nous nous sommes séparés. » Si Diderot avait connu ces pages, que n’aurait-il pas dit ? […] Au contraire, on ne sait pas bien ; l’œil est encore humide, on a tourné la dernière page, et l’on rêve. […] Gaullieur, possesseur des papiers de Mme de Charrière, a publié d’elle dans la Revue Suisse de l’année 1856 ; j’y recommande aux bibliographes la page 692 où se trouvent toutes les indications désirables pour qui veut se compléter sur son compte, ce qui devient difficile. […] Amsterdam, petit in-12 de 119 pages, sans nom d’auteur.

617. (1896) Les contemporains. Études et portraits littéraires. Sixième série « Figurines »

Il y a, dans les pages brûlantes où elle traduit ce culte de dulie, de la gageure et de l’autosuggestion. […] Relisez les pages sur les deux extrémités du vieil ordre social, le peuple et la cour (« L’on parle d’une région… » etc., et « L’on voit certains animaux farouches… » etc.), et sur la guerre (« Petits hommes, hauts de six pieds… » etc.). […] L’histoire d’Émire, au chapitre des Femmes, est un roman en cent lignes, ce qui est sans doute la vraie mesure du roman psychologique : car il y a des longueurs dans les quatre-vingts pages de la Princesse de Clèves (je ne compte pas les épisodes), et des redites dans les soixante pages d’Adolphe. […] Il déchirait, dans les livres du dix-huitième siècle, les pages qui l’offensaient et n’en gardait que les pages innocentes dans leurs reliures à peu près vidées. […] Car on trouve dans ses pages, épuré et revêtu de beauté par son clair génie, ce qu’il y a de meilleur et de plus généreux dans les sentiments du gavroche, de la grisette, du garde national, du chauvin et aussi de l’ouvrier révolutionnaire, du médaillé de Sainte-Hélène et pareillement du barricadier.

618. (1886) Revue wagnérienne. Tome I « Paris, 8 avril 1885. »

— Mais la partie la plus importante de cette lettre est les pages sur Tristan et Isolde. […] Page 48 Brême. 15 au lieu de 14 ; 25 au lieu de 16. Page 48 Breslau, 18 au lieu de 10. Page 49 Franckfort, madame Luger, au lieu de madame Luga. Page 50 Stettin, 18 au lieu de 10.

619. (1861) La Fontaine et ses fables « Troisième partie — Chapitre I. De l’action »

Si l’épée ne sort du fourreau, elle ne peut montrer sa valeur ; et si la plume ne fait sa course sur l’étendue d’une page, elle ne montre pas son éloquence. […] La Fontaine saute vite deux pages. […] La Fontaine passe coup sur coup deux, trois, quatre, six pages. […] Quarante-sept pages aussi éloquentes.) […] Fables de Pilpay, page 248.

620. (1870) Causeries du lundi. Tome XV (3e éd.) « L’abbé Fléchier » pp. 383-416

.), qui a appartenu à M. de Boze, porte en marge à la première page : Juvenilia Flecheriana 80 ; et en tête : Divertissements, jeux d’esprit ou passe-temps de la jeunesse d’une des premières plumes de ce siècle, et au-dessous : Amusements de la jeunesse d’un homme illustre. […] (Voir dans les Derniers Portraits, pages 414.) — Pourquoi les ecclésiastiques vertueux et instruits manquent-ils donc si souvent de goût ? […] Il n’avait jamais lu que la plume ou un crayon à la main ; il avait infiniment lu, et n’avait jamais rien oublié de ce qu’il avait lu, jusqu’à en citer le livre et la page. […] [NdA] Voir Barbier, Dictionnaire des anonymes, tome iii, page 170. […] Je ne sais pas encore quelle sera la charge que produira contre lui sa partie ; mais enfin voilà un assez grand témoignage que la justice se fait ici sans discernement. » (Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV, 1851, tome ii, page 165.)

621. (1895) Histoire de la littérature française « Seconde partie. Du moyen âge à la Renaissance — Livre I. Décomposition du Moyen âge — Chapitre II. Le quinzième siècle (1420-1515) »

Elle y a gagné du reste d’avoir écrit dans de beaux élans d’affection émue cinq ou six strophes ou pages qui méritent de vivre115. […] Qu’il rencontre un sentiment vrai (et il l’a eu, le même que chez tous les grands lettrés du temps : le patriotisme et la pitié du peuple), alors il écrira les plus fermes et les plus nobles pages de prose qu’on ait avant La Boétie et L’Hôpital : des pages qui n’ont guère plus vieilli que les meilleures du xvie siècle. […] On peut dire que la moitié des pages éloquentes ou des émotions poétiques du xve  siècle (comme déjà du xive ) est un produit du patriotisme, l’expression d’un amour nouveau de la France, et de la tendresse ou de l’indignation que les misères des humbles et des laborieux excitent. […] Cette force est celle de Dieu : presque à chaque page, Commynes la prend sur le fait, et la signale avec une sincérité d’accent qui touche souvent à l’éloquence139.

622. (1856) Cours familier de littérature. I « Digression » pp. 98-160

XXIV En feuilletant les pages de ses poésies, on lit celles de son cœur. Beaucoup de ces pages pourraient être signées par les premiers noms de la poésie française. […] … Je donnerais ma vie et mes trente ans de gloire Pour arracher ce jour aux pages de l’histoire ! […] XXIX Il se passa de longues années avant que j’eusse l’occasion de la revoir ; elle avait rempli ces années de bonheur, de vers et de célébrité : des volumes de poésie, des romans de caractère, des articles de critique de mœurs qui rappelaient Addison ou Sterne ; des tragédies bibliques, où le souvenir d’Esther et d’Athalie lui avait rendu quelque retentissement lointain de la déclamation de Racine ; des comédies, où la main d’une femme adoucissait l’inoffensive malice de l’intention ; enfin des Lettres parisiennes, son chef-d’œuvre en prose, véritables pages du Spectateur anglais, retrouvées avec toute leur originalité sur un autre sol : tout cela avait consacré en quelques années le nom du poète et de l’écrivain. […] En attendant, qu’ils sachent que je les lis, et que je m’écrie souvent en les lisant, et en sentant palpiter leur âme à travers la page : il y a des cœurs en France !

623. (1870) Causeries du lundi. Tome XIV (3e éd.) « Charles-Victor de Bonstetten. Étude biographique et littéraire, par M. Aimé Steinlen. — III » pp. 455-479

Fort sévère pour la Rome pontificale, mais toujours candide et incapable de haine, s’il s’affligeait peu de l’abaissement politique du Vatican, l’état de la campagne de Rome lui inspira quelques-unes de ses recherches les plus approfondies, quelques-unes de ses pages les plus éloquentes : elles se trouvent dans son principal ouvrage, le Voyage dans le Latium. […] Il ne serait point prudent de comparer, d’ailleurs aucune des pages de Bonstetten avec celles de Chateaubriand sur ces mêmes campagnes : un dessin à la mine de plomb, même très fin et très juste, ne se compare point à une peinture du Lorrain ou du Poussin. […] Il a écrit plus tard sur ce régime impérial, sur son caractère provisoirement réparateur et nullement rétrograde, une des pages les plus intelligentes qui se puissent citer92. […] Mais pourquoi chercher dans ses écrits publiés des pensées et des pages, lorsque j’ai sous les yeux une correspondance inédite, un trésor d’esprit et d’affection, sa dernière grande effusion d’amitié, son dernier gage, et qui me permet d’ajouter quelque chose à ce que d’autres ont dit ?

624. (1869) Nouveaux lundis. Tome XI « Œuvres inédites de F. de la Mennais (suite et fin.)  »

Tout ce qui me le rappelle de près ou de loin me cause une émotion que je ne suis pas le maître de modérer. » De telles lettres publiées deviennent des pièces biographiques ineffaçables ; une page comme celle du 25 juin représente la pierre angulaire de toute une vie. […] Mais la recette avec La Mennais était insuffisante : il versait du noir avec éclat dans ses pages, et il en gardait encore de reste dans son esprit. […] Portraits contemporains, édit. de 1869, au tome I, page 214. […] Voir sur cette rencontre et cette liaison, page 550 et suivantes de la Vie de l’abbé Carron, par un bénédictin de la Congrégation de France, 1866.

625. (1872) Nouveaux lundis. Tome XIII « Le général Jomini. [IV] »

Il est l’un de ceux qui seront le plus écoutés et comptés lorsque se fera l’histoire militaire critique définitive du premier Empire et de Napoléon ; car, malgré les larges et admirables pages publiées de nos jours et que nous savons, cette histoire, dépouillée de toute affection et couleur sentimentale quelconque, dégagée de tout parti pris d’admiration comme de dénigrement, ne me paraît pas écrite encore. […] Olivier, en plus d’une page de ses Études d’histoire nationale, Monnard même dont je viens de parler dans l’Histoire (continuée) de la Confédération suisse 58, ont parfaitement défini son rôle. […] Je crois la trouver dans ce passage de la Vie politique et militaire de Napoléon (tome IV, page 424) ; c’est l’Empereur qui est censé parler : « Ney n’avait d’illumination qu’au milieu des boulets et dans le tumulte du combat : là son coup d’œil, son sang-froid et sa vigueur étaient incomparables ; mais il ne savait pas si bien préparer ses opérations dans le silence du cabinet en étudiant la carte. […] Mémoires du comte de Senfft, page 247, 58.

626. (1921) Enquête sur la critique (Les Marges)

Le lendemain, des articles en première page du Temps et de ses émules informeront de votre manifestation Paris et l’univers. […] Vous montrerez avec un imprudent orgueil ces pages où l’on vous traite, direz-vous, comme Hugo, Flaubert et Baudelaire étaient traités par les grands journaux de leur temps. […] Paul Reboux 1º La critique littéraire française est actuellement, non en décadence, mais en sommeil, par suite de la crise du papier qui a obligé les journaux à réduire le nombre de leurs pages ; 2º La critique étalée dans un Sainte-Beuve ne serait pas convenable au temps où nous vivons. […] Reboux estime que « la critique littéraire française est actuellement, non en décadence, mais en sommeil, par suite de la crise du papier qui a obligé les journaux à réduire le nombre de leurs pages ».

627. (1899) Le roman populaire pp. 77-112

Il va d’un pas rapide, jetant le Petit Journal, le Petit Parisien, la Lanterne, sous la porte d’un client, rattrapé par des gamins ou des femmes en cheveux, qui courent après lui, un sou au bout des doigts, et reviennent lentement vers la maison prochaine, le cou déjà plié et les yeux attentifs à la page imprimée. […] Courtat, a eu la patience impertinente de calculer que les Misérables de Victor Hugo contenaient exactement 985 pages inutiles. […] Pour peindre la fille de la malheureuse Fantine, abandonnée, livrée à un couple affreux d’aubergistes de campagne qui la maltraitent, il met presque autant de pages que pour raconter Waterloo ; il accumule des détails et des scènes d’une puérilité admirable et profonde. […] Tandis que nous écrivons, par une sorte d’instinct théâtral et de tradition, des chapitres qui gravitent tous autour d’une scène principale, un peu comme les actes d’une pièce dramatique ; tandis que nous faisons un livre très un et très serré, destiné à être lu sans arrêt, eux, ils écrivent une sorte de journal intime ; ils superposent les détails, sagement, posément, avec l’amour de l’heure présente qui ne connaît pas l’avenir, sans la même hâte vers le but, et ils songent aux misses qui parcourront vingt pages avant une course à cheval, au chasseur de renard qui revient au logis et qui a besoin d’une petite dose de lecture pour calmer la fièvre de ses veines, au commerçant de la Cité, à l’ouvrier anglais, libres avant le coucher du soleil, et qui prendront le livre et le poseront bientôt sur le coin du dressoir, heureux d’avoir trouvé l’occasion d’une larme ou d’un sourire qui n’étaient pas permis dans le travail du jour.

628. (1870) Causeries du lundi. Tome X (3e éd.) « Sénac de Meilhan. — I. » pp. 91-108

., pour auteurs d’esprit et de talent ; il nous a tracé la description de cette société et de cette monarchie finissante dans des pages qui sont très fines, d’une vraie nuance, et où les aperçus élevés et les perspectives lointaines ne manquent pas. […] Il a manqué à la réputation de M. de Meilhan quelques années de plus de durée pour être fixée et enregistrée dans l’opinion, et pour que l’auteur fût classé à son tour dans la série des moralistes, à la suite des hommes célèbres dont il a si bien déterminé le caractère et distingué les mérites aux premières pages de ses Considérations sur l’esprit et les mœurs (1787). […] Dès les premières pages, il nous rend bien le caractère général de cette époque, ce qu’il a appelé le « caractère sexagénaire » du siècle.

629. (1870) Causeries du lundi. Tome X (3e éd.) « Léopold Robert. Sa Vie, ses Œuvres et sa Correspondance, par M. F. Feuillet de Conches. — II. (Fin.) » pp. 427-443

Le tableau des Moissonneurs en particulier, qui excita l’admiration au Salon de 1831, reste sa page la plus belle au gré des connaisseurs. […] Au reste, il a tracé un premier aperçu de ce tableau des Vendanges dans une page qui découvre bien sa manière à la fois philosophique et précise de composer : Je vous ai parlé de la Toscane pour y placer le sujet de mon troisième tableau, qui est Les Vendanges. […] On pourra un jour tirer de ses lettres des pages intéressantes à propos d’Ingres toujours, et d’Horace Vernet.

630. (1870) Causeries du lundi. Tome XIII (3e éd.) « Guillaume Favre de Genève ou l’étude pour l’étude » pp. 231-248

Adert, un des anciens élèves de notre École normale et depuis plus de dix ans établi en Suisse, en publiant aujourd’hui, d’après le vœu de la famille, les principaux essais et mémoires qu’avait préparés plutôt qu’achevés Guillaume Favre, mais qu’il avait préparés toute sa vie, a très bien marqué et défini en sa personne ce caractère original du savant pur, du savant qui étudie toujours, qui prend note sur note et amasse les éruditions autour des pages, qui ne vise qu’au complet et à l’exactitude du fond, qui est le contraire de celui qui dit : Mon siège est fait ; qui, vécût-il quatre-vingts ans, n’a de plaisir qu’à aller toujours ailleurs en avant, et, de chasse en chasse, d’enquête en enquête, scrupuleux et amusé qu’il est, n’en finit pas. […] » Pour Guillaume Favre le bonheur n’était point si court qu’un brûlant été, ni si passager qu’un jour d’orage ; il sut le fixer autant qu’on le peut ici-bas, et il se serait plu sans nul doute à répéter et à s’appliquer à lui-même, s’il l’avait connue, cette page riante et modérée que je lisais dernièrement dans le journal familier d’un homme de son âge, et qui y est inscrite sous ce titre assez naïf, Le Paradis sur terre 42 : En faisant ce matin, de bonne heure, une promenade agréable et par le temps le plus délicieux, respirant l’air le plus pur et admirant la tranquille et paisible gaieté du paysage, je me disais : Un homme de Moyen Âge, jouissant d’une bonne santé et d’une fortune un peu au-dessus de ses besoins stricts, et par là dans une situation sociale indépendante, pouvant se donner le séjour de la campagne en été, celui d’une grande ville en hiver, ayant quelque goût pour la littérature et les beaux-arts, usant de tous ces avantages qui peuvent cependant se trouver réunis assez facilement, et les appréciant avec un peu de philosophie, ne pourrait-il pas dire qu’il serait ingrat de penser avec le sage Salomon : Vanité des vanités, tout n’est que vanité ? […] [NdA] Voir sur Schlegel les pages 119, 151, d’un agréable volume de miscellanées littéraires qui vient de paraître et qui a pour titre : Jugements, maximes et réminiscences, par M. 

631. (1863) Nouveaux lundis. Tome I « Mémoires pour servir a l’histoire de mon temps. Par M. Guizot »

Il le reconnaît et explique pourquoi, dans une page modeste dont j’aurai à reparler. […] Guizot, dans son récit animé ; ne dissimule rien de tout cela, et il nous aide vivement à nous en ressouvenir ; il réitère même, à un endroit (tome IV, page 292), un mea culpa qui ne laisserait rien à désirer, si, par un singulier retour, il ne le rétractait formellement dans les toutes dernières lignes du chapitre ; car, faisant remarquer que c’était en vue d’obtenir un gouvernement pleinement d’accord avec la majorité de la Chambre des députés qu’il s’était mis si fort en avant, dans une ligne d’opposition inaccoutumée, au risque de déplaire à plusieurs de ses amis conservateurs, il ajoute : « Dans mon élan vers ce but, ma faute fut de ne pas tenir assez de compte du sentiment qui dominait dans mon camp politique, et de ne consulter que mon propre sentiment et l’ambition de mon esprit plutôt que le soin de ma situation (que de ma et que de mon !)  […] J’ai noté cependant une belle et bonne page (tome II, p. 105), dans laquelle il caractérise ses premiers débuts à la tribune et nous fait part de ses hésitations, de sa prudence sur ce terrain tout nouveau ; car il était d’abord professeur plutôt qu’orateur politique, ce qui est fort différent.

632. (1864) Nouveaux lundis. Tome II « M. Biot. Essai sur l’Histoire générale des sciences pendant la Révolution française. »

Biot, de belles pages et dignes d’être recueillies textuellement par l’histoire ; celle-ci, par exemple : « La France touchait à sa perte ; Landrecies, le Quesnoy, Condé, Valenciennes, étaient au pouvoir de l’ennemi ; Toulon s’était livré aux Anglais : des flottes nombreuses tenaient la mer et effectuaient des débarquements. […] Ainsi se vérifia cette assertion hardie d’un membre du Comité de salut public : « On montrera la terre salpêtrée, et cinq jours après on en chargera le canon. » Certes, de telles pages, si fermes, si continues, et où la précision s’allie au mouvement, ne font pas tort à la verte jeunesse de celui dont nous avons si longtemps goûté les beaux, exacts et un peu froids articles dans le Journal des Savants. […] La Notice, qu’il lut à l’Académie des Sciences en 1810, sur les travaux pour la mesure de la terre qu’il avait poursuivis en Espagne avec Arago, renferme des pages tout à fait littéraires et qui visent même au pittoresque, une entre autres qui pourrait se citer et se détacher : « Combien de fois, assis au pied de notre cabane, les yeux fixés sur la mer, n’avons-nous pas réfléchi… etc. ! 

633. (1864) Nouveaux lundis. Tome II « Mémoires de l’Impératrice Catherine II. Écrits par elle-même. »

Mais il est plus probable que Catherine écrivait ces pages, destinées à rester secrètes et confidentielles, pour se rendre compte à elle-même de ses années de jeunesse, de souffrance et de plaisir, pour revenir sur les impressions mélangées, mais si vives, qu’elle y trouvait en y repassant. […] Le comte Gyllenbourg lut le portrait et le lui rendit, en l’accompagnant d’une douzaine de pages de réflexions, par lesquelles il tâchait de fortifier en elle tant l’élévation de l’âme et la fermeté que les autres qualités du cœur et de l’esprit : « Je lus et relus plusieurs fois son écrit, je m’en pénétrai, et me proposai bien sincèrement de suivre ses avis. […] La femme cependant ne cessait d’être séduisante, et elle se montre à nous avec bien du charme en plus d’une page de ces Mémoires : le plus volontiers à cheval, en habit d’homme et de la meilleure grâce, changeant d’habit continuellement, la plus vaillante et la plus ravissante des amazones et des écuyères (elle avait même inventé une selle particulière à son usage) ; ou bien au bal, infatigable à la danse et s’y acharnant, changeant jusqu’à trois fois d’habit en une soirée, ne remettant jamais deux fois le même déguisement, « parce que j’avais pour règle, nous dit-elle, que si une fois il avait fait un grand effet, il n’en pouvait faire qu’un moindre à une seconde mise » ; et à d’autres jours, aux bals plus particuliers de la Cour, écrasant les plus superbes costumes par la magnificence des siens, ou d’autres fois affectant une simplicité soudaine qui n’était que la plus délicate des recherches.

634. (1867) Nouveaux lundis. Tome IX « Entretiens sur l’histoire, — Antiquité et Moyen Âge — Par M. J. Zeller. »

Il ne se peut de pages plus frappantes dans cet ordre de croyance, de paroles plus étonnantes et plus souveraines dans leur affirmation que celles par lesquelles Bossuet nous exprime et nous figure comme il l’entend le Dieu de Moïse, qui est le Dieu de Polyeucte, le Dieu d’Athalie, le Dieu d’Eslher, tel que l’ont défini dans leur émulation pieuse ces génies de poètes religieux ; mais la définition de Bossuet reste la plus marquante et la plus haute. […] Les curieux pourraient chercher dans le Recueil de plusieurs pièces d’éloquence et de poésie présentées à l’Académie française… une page du discours de M. de La Chapelle, directeur de l’Académie, répondant à M. de Valincour, qui venait y prendre séance à la place de Racine, le 27 juin 1699. M. de La Chapelle s’empare de l’idée de Velleius et l’applique aux circonstances (page 177) : c’était le cas sur cette fin d’un grand siècle et le lendemain de la mort de Racine.

635. (1886) Les contemporains. Études et portraits littéraires. Deuxième série « Alphonse Daudet  »

Déjà il nous raconte le Nabab en cinq ou six pages et, tout à côté, la mort du duc de Morny. […] C’est, dans Tartarin de Tarascon, la jolie esquisse — et combien vraie pour ceux qui ont vu les choses   de l’Algérie française, de ce cocasse et fantastique mélange de l’Orient et de l’Occident…, « quelque chose comme une page de l’Ancien Testament racontée par le sergent La Ramée ou le brigadier Pitou »  Au reste, le conteur n’a pas besoin de mêler aux continents pour obtenir d’amusantes ou tristes antithèses. […] Et l’on retrouvera presque à chaque page de ses grands romans cet art d’extraire de la réalité des antithèses bouffonnes ou navrantes, d’où jaillissent la surprise, le rire et souvent la pitié.

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