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485. (1868) Cours familier de littérature. XXVI « CLIIe entretien. Madame de Staël »

Necker était de verre ; on y attirait sans cesse les regards du public ; on y voyait, dans un temps de licence et de corruption des mœurs, des scènes un peu apprêtées de philosophie, de religion, de bienfaisance, d’amour conjugal, d’éducation maternelle, de culte filial. […] Gessner y avait transplanté les scènes pastorales d’un Théocrite des Alpes. […] Cruels ordonnateurs de cette scène ! […] Ils replacèrent très-haut sur la scène politique la fille un moment oubliée de M.  […] Les scènes cruelles qui ont déshonoré la révolution française, n’étant que de la tyrannie sous des formes populaires, n’ont pu, ce me semble, faire aucun tort au culte de la liberté.

486. (1886) Les contemporains. Études et portraits littéraires. Deuxième série « M. Deschanel et le romantisme de Racine »

Si dans un jour heureux il n’eût écrit le Cid (et quelques scènes d’Horace et de Polyeucte), quelle âme étrange ! […] Romantique encore, la scène où Néron se cache derrière un rideau. […] Parce que Mithridate est à la fois un grand guerrier, un grand politique et un vieillard amoureux, jaloux, cruel, astucieux, et « qui plaide le faux pour savoir le vrai » dans des scènes « tragi-comiques51 ». […] D’ailleurs prête à la mort, y songeant dès la première scène, mélancolique jusqu’au désespoir, mais superbe encore et révoltée au moment même où elle cède à son destin. […] En mettant sur la scène l’amour-passion, il commence une littérature.

487. (1904) Les œuvres et les hommes. Romanciers d’hier et d’avant-hier. XIX « Balzac » pp. 17-61

Les auteurs dramatiques sont moins eux-mêmes que les autres écrivains ; cependant, prenez Shakespeare, l’impersonnel Shakespeare, dans les poésies de récit ou de sentiment qui nous restent de cet esprit si formidable à la scène, et voyez s’il n’y sourit pas avec cette bonhomie familièrement sublime que le bonhomme Corneille avait comme le nonpareil La Fontaine, et qui fait plus grand Walter Scott, lequel l’avait aussi, que ses rivaux de renommée, Goethe et Byron, qui ne l’avaient pas !!! […] … Doré, qui est un artiste vrai, a pensé, lui, à bien autre chose qu’à daguerréotyper tout le mobilier d’une époque, armes et bagages, et il s’est mis à peindre, en pied et en esprit, les divers personnages des Contes, puis, s’inspirant des différentes scènes de ce drame multiple, à composer des tableaux. […] Toutes les scènes qu’il a empruntées aux intarissables beautés de ces Contes, qui regorgent de situations, ne sont pas également venues avec la même vigueur d’invention ou la même compréhension profonde. […] Je citerai encore la scène où Boys-Bourredon apprend qu’il va mourir pour la connestable. […] Les détails de cette scène épouvantable sont traités avec une brutalité de vérité et une grandeur de nature physique qui rappelle les tragédies et les exploits d’un temps où les hommes envoyaient leur cœur à leurs maîtresses, où les maris le faisaient manger à leurs femmes, et où Godefroi de Bouillon partageait, d’un revers d’épée, un Sarrasin jusqu’à la ceinture, en entamant le garrot du cheval !

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