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955. (1865) Les œuvres et les hommes. Les romanciers. IV « M. Théophile Gautier. » pp. 295-308

Comparez seulement les vivants, si violemment vivants et vrais, des Contes drôlatiques, aux pâles et exsangues momies habillées du Capitaine Fracasse, lesquelles font l’amour du même air, du même ton, avec la même phrase qu’elles se plaisantent ou qu’elles se battent, le long de ce fatigant roman, sans que l’auteur lui-même se départe un moment de l’emphase suspecte de son récit, dans laquelle le plaisant et le sérieux se confondent au point qu’on ne sait plus si l’auteur est réellement un romancier sincère, qui croit à ses héros et qui les aime, ou un humouriste en pointe d’ironie, qui se moque également de ses personnages et de son lecteur !

956. (1865) Les œuvres et les hommes. Les romanciers. IV « Les Mémoires d’une femme de chambre » pp. 309-321

Il écrit en petites phrases saccadées qui ressemblent à l’expectoration fréquente d’un fumeur qui ne sait pas fumer.

957. (1861) Questions d’art et de morale pp. 1-449

En se matérialisant sous la main des coloristes, la phrase a perdu ses propriétés musicales en même temps que sa valeur rationnelle. […] Prenons les choses au simple point de vue de la grammaire et de la prosodie, constatons la différence de la phrase libre à la phrase rythmée, et déjà nous pourrons conclure de ces deux ordres d’expressions à deux ordres d’idées, si l’on nous a donné une juste opinion de l’importance du langage dans le développement de la vie morale. […] De là résulte une phrase mieux jointe et plus fortement cimentée que dans la prose ; de là une plus grande concision, c’est-à-dire la qualité la plus nécessaire pour assurer la durée aux œuvres de la parole. […] D’où vient que le langage rythmé se grave mieux dans la pensée que la phrase libre et qu’il se conserve plus longtemps dans la mémoire ? Cette propriété de la phrase poétique ne dénote-t-elle pas de plus intimes rapports et avec la nature de notre âme et avec la nature des choses ?

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