Les excès de passions où le poëte fait tomber son heros, tout ce qu’il lui fait dire afin de bien persuader les spectateurs que l’interieur de ce personnage est dans l’agitation la plus affreuse, ne sert qu’à le dégrader davantage.
Dans les portraits de Montesquieu, soit individuels, comme le fermier général, le poète, le directeur, le vieux guerrier, le décisionnaire ; soit collectifs, tels que les casuistes, les femmes d’intrigue, les nouvellistes, etc., Montesquieu mêle avec grâce ce qu’il sait du cœur humain, ce qu’il a vu des mœurs parisiennes, ce que l’histoire lui a appris du caractère français jusque dans les Gaulois du temps de César. […] Il y fallait un poète et tout l’art du théâtre transporté dans le récit de faits historiques. […] Je sais tel vieillard goutteux et gourmand que mène, en le faisant bien dîner, une gouvernante dévote, et qui a chassé son neveu, « parce qu’il n’a aucune considération pour cette pauvre fille. » Il n’est pas que vous n’ayez dans vos connaissances un poète de l’humeur de Fabrice, dupe de la nouveauté, imitateur de ce qui réussit, grand admirateur de Gongora, — et en quel temps n’y a-t-il pas des Gongoras ? […] Le poète Fabrice n’a pas moins de faiblesse pour ses vers que l’archevêque de Grenade pour ses homélies ; mais il n’a pas de secrétaire à gages pour les louer sons peine d’être chassé. […] Faites-moi toucher sous les mots ce tendre cœur d’où s’est épanchée cette poésie si expressive ; rendez-moi plus étroite, par la difficulté même de la langue, l’intimité avec le divin poète, et si je ne suis pas guéri de l’envie de lire de mauvais romans, me voilà capable au moins de les lire sans péril.
On oublia Bourdaloue pour Massillon, qui le remplaça bientôt dans cette chaire à peine vide un moment, où se renouvelaient pour les besoins religieux de Louis XIV les grands orateurs, de même que les grands poètes s’étaient succédé pour ses plaisirs, les grands généraux et les hommes d’Etat pour ses affaires. […] Et quelle justesse dans cette remarque générale sur l’imagination du style et de l’expression, considérée comme une qualité de génie chez les poètes ! […] Il osait plus se croire poète par l’invention que par la langue, où il s’inquiétait de la concurrence des poètes du dix-septième siècle, même de Boileau. […] Les gens qui aiment bien Racine l’aiment de cœur, et c’est au cœur qu’on les touche quand on dit du mal de leur poète.
Les poètes ne se traduisent point peut-on traduire de la musique ? […] Wagner ne possédait pas seulement la science de la langue, grâce aux études philologiques qui durant toute sa vie furent sa joie ; il avait l’instinct sûr d’un vrai poète, et chaque mot est choisi avec un art presque infaillible41. […] Le drame chanté exigeait une tout autre langue que les œuvres des poètes épiques et lyriques. […] Autrefois Wagner était connu en France de quelques poètes, de quelques musiciens, et il était apprécié. […] Et aujourd’hui encore c’est le premier sens du mot et de ses composés. « Contrainte » est peut-être ici la meilleure traduction ; car ce que le poète veut faire ressortir, c’est l’impossibilité de renoncer à l’amour, — c’est que Siegmund est contraint de faire ce qui amènera sur lui et sur tous les autres les souffrances et la mort.
Poète de talent à encourager si sa grisaille est voulue — et elle peut l’être si l’on « n’y souffle pas trop dessus » — et qui a eu quelques trouvailles : La fumée… Se tord d’un air diabolique Et va se corder dans les bois. […] Mais vite il s’anime pour énumérer chaleureusement la foule des poètes contemporaines, depuis les deux maîtres de cœur et d’art, Verlaine et Mallarmé, mis à part, et feu Jules Laforgue, jusqu’à Henri de Régnier, Verhaeren et Gustave Kahn. […] Quant aux poèmes ils disent d’agréables illusions dans une forme classique — ariostique même — mais très amollie par la fréquentation des récents poètes français. […] Or il serait très dangereux que le poète à un public d’artistes imposât le décor tel qu’il le peindrait lui-même. […] Pierre Pernot — Comme poète, je biffe sans jugement tout le cénacle élu par le plus dédaigneux des Apollophobes.
Dieu lui a donné les deux gouttes de vie qu’il met aux doigts de tous les poètes, et qui leur ont valu leur nom. C’est le poète de la biographie. […] Il a l’enthousiasme, la sensibilité, une flamme qui s’enlace comme une spirale éthérée et lumineuse à tous les débris du passé, semblable à ce feu léger dont le poète couronne les cheveux du jeune Iule. […] Audin, le plus intéressant et le plus savant des biographes modernes (car la Vie de Rancé par Chateaubriand, cet orgueil de dégoûté qui se raconte, en racontant l’humilité d’un saint, n’est qu’une sublime flânerie d’un grand poète à travers l’histoire), Audin a quelquefois porté son regard par-dessus le cadre dans lequel il aimait à le ramasser, et l’étendue de l’horizon qu’il a embrassé montre bien que, s’il avait voulu, il aurait pu s’arracher à l’encoignure d’une biographie. […] … Vertu à part, Adrien VI, le pauvre moine d’Utrecht, digne du xe siècle, — cet âge d’or du monachisme, comme l’appelle Audin, — n’est-il pas plus véritablement dans le sens de la civilisation que Léon X avec tout son cortège d’artistes, de musiciens, d’antiquaires, d’orateurs et de poètes ?
Les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne jouèrent aussi un Festin de pierre en vers, du poète Villiers. […] Jamais pièce française n’a été maniée par un de nos poètes, quelque méchant qu’il fût, qu’elle n’ait été rendue meilleure. […] Et le poète : « Comment ! […] De là le poète de salon, le conférencier de salon, le nouvelliste de salon. […] Celui où le poète se moque des passions de l’amour et le montre comme une hallucination perpétuelle.
Il en donne pour raison les sacrifices de pensée qu’on fait à la richesse de la rime, quoique le contraire éclate à toutes les pages de tous les grands poètes contemporains. […] Quel poète médiocre n’est tout prêt à en croire ceux qui lui ouvrent une facilité ou lui prêtent une excuse ? […] Latins et français, ces grands poètes avaient le même dessein : rendre leurs peintures sensibles, frappantes, et parler au génie de leur pays par le génie même de sa langue. […] Lui en donner des portraits vivants, dans un récit tout plein des usages, des mœurs, du beau ciel de la Grèce, c’était tout ensemble graver plus avant dans son esprit les beautés de ces grands poètes, et lui enseigner la vie par des images qui lui étaient familières. […] Il y a bien paru, quand il a voulu être poète autrement qu’en prose.
Horace Valbel Phryné, de Maurice Donnay, qui se révéla maître fantaisiste, d’une impeccabilité absolue, poète charmant, ironiste précieux, que Porel arracha au Chat-Noir à prix d’or et dont il fit, à l’Éden, représenter Lysistrata.
Je dirai plus : il y a ici des fragments dignes des plus beaux chapitres de l’Adorant (Sixtine)… Cela me confirme dans l’appréciation très digne que je me suis formée de M. de Gourmont, à savoir : que c’est un prosateur exquis qui a des douceurs de poète et des grandeurs de philosophe.
Ce Poëte, si jaloux de la vérité, a consacré dans ses Mélanges un chapitre pour réfuter les Mensonges imprimés, & n’a pas pensé qu’il fournissoit la matiere d’un volume, quand on voudroit recueillir ses propres mensonges.
Le Traducteur, pour s’être attaché à rendre ce Poëte mot à mot, lui fait parler un langage tudesque & très-souvent inintelligible.
Ses Vers Italiens sont infiniment meilleurs ; les Littérateurs d’Italie en sont beaucoup de cas, quoiqu’on assure que ce Poëte ne savoit pas parler leur Langue.
Vous connaissez les bons auteurs français ; vous entendez les poètes latins ; que ne les lisez-vous donc ?
Le changement de direction dans le mouvement constitue la forme… « Le poète délaissant la copie du monde extérieur créera ses formes esthétiques par le dégagement de l’essentiel dans les éléments que fournit la nature.
Richard Wagner, rêverie d’un poëte français, par Stéphane Mallarme Souvenirs Wagnériens, par Édouard Rod.
Delille, Ex-Oratorien, Auteur d’une Traduction inexacte & plate de Suétone ; d’une prétendue Philosophie de la Nature, qui n’est que l’écho infidele de ce qui a été dit mille fois d’une maniere plus simple & plus précise ; & enfin d’une Poétique sur la Tragédie, qu’on n’auroit pas été tenté d’attribuer à un Poëte, quand même l’Auteur n’auroit pas mis sur le frontispice en très-gros caractere, PAR UN PHILOSOPHE.
Piqué du jugement que nous avons porté de ses Productions, & irrité de ce que nous n'avons pas craint de nous élever contre l'abus déplorable qu'il a fait de ses talens, ce Poëte ne nous a point oubliés dans cette Satire ; mais ce qu'il dit de nous, annonce moins de talent que de haine & de fureur : aussi croyons-nous ne pouvoir mieux nous venger des sarcasmes qu'il nous prodigue, qu'en les mettant sous les yeux de nos Lecteurs.
Le maître Paul Verlaine, qui écrivit de si prodigieux poèmes de chair de feu, demeure le seul grand poète catholique du siècle.
Ce que l’Homéride chantait d’une voix lointaine comme l’écho de la tradition, le poète dramatique l’incarne et le montre ; il rend le souffle de l’actualité au fait immémorial, à l’événement aboli ; il redresse toute pendante et toute menaçante la catastrophe écroulée.
Le poëte alors sait complètement où il va.
Si l’on en croit une ancienne tradition, le chant qui délivre les morts, comme l’appelle un de nos meilleurs poètes, est celui-là même que l’on chantait aux pompes funèbres des Athéniens, vers le temps de Périclès.
Un père s’est enrichi par le commerce ; il a un grand nombre d’enfants ; parmi ces enfants il en est un qui ne veut rien faire, ses bras faibles et délicats lui ont donné de l’aversion pour la navette, la scie ou le marteau ; il se lève tard ; il reste assis la tête penchée sur la poitrine, il réfléchit, il médite ; il se fait poëte, orateur, prêtre ou philosophe.
Sans quitter le chant X, quelques exemples nous montreront l’exact procédé de traduction du poète parnassien.
Mais les autres, les poètes, les délicats, les rêveurs, les chercheurs, les inquiets. […] Dans ces deux pièces on retrouve et le poète et le prosateur dans toute leur grandeur. […] On s’est beaucoup occupé du peintre qui est une de nos gloires et on n’a pas assez constaté que l’écrivain, le poète étaient à la hauteur de l’artiste. […] M. de Guerne est un poète dans toute la force du terme et par la hauteur des idées et par l’éloquence de leur émission. […] Il connut Vittoria Colonna et il l’aima ; mais il l’aima comme aimèrent les grands Poètes de son pays, d’un amour épuré.