Voici la première phrase du chef des cuisines : « Jamais festin plus somptueux n’aura été servi dans le triclinium du préfet de Rome, Pedanius Secundus » ; et l’intendant Priscus, à peine entré, interpelle les esclaves en ces termes choisis : « Approchez, Égyptiens, et vous, Éthiopiens, plus noirs que Pluton, dieu des enfers… À mesure que les convives apparaîtront dans l’atrium, précipitez-vous à leurs pieds ; que rien ne manque à leurs ablutions. […] Dans une salle des catacombes, à la lueur des torches, devant ses frères qui viennent d’apprendre que les quatre cents esclaves de Secundus ont été exécutés, le prêtre Timothée, — en des phrases dictées par Dieu même, puisqu’elles sont empruntées à l’« épître catholique de saint Jacques » et à l’Apocalypse, — maudit la ville impure et sanguinaire et en prophétise la fin : « … Riches !
C’est une détestable poésie, inane, sans souffle intérieur ; ces phrases-là n’ont ni muscles ni sang, et quel singulier aperçu de l’existence humaine ! […] Cette longue phrase lyrique, qu’aucun poète n’a su conduire mieux que lui, mais qui était souvent molle et traînante dans les Méditations, se déroule ici avec une ampleur, une force, une couleur inouïes, et avec de soudaines vivacités, des caprices de rythme et d’accent, des traits de vigueur surprenants dans la nonchalance majestueuse de l’ensemble, qui en font le plus varié, le plus élégant et le plus magnifique de tous les chants.
Ici je remarquerai encore une phrase, qui paraît de peu de sens, et à laquelle j’en trouve beaucoup : « Il y a trois ans que le n’aurais pas vu cette délicatesse. […] Le mot de scrupule est donc employé à contresens dans la phrase de madame Scarron.
Pourtant ce n’est qu’en avançant dans le volume que l’écrivain se dégage un peu de la phrase proprement dite, de ce que j’appellerai la rhétorique du sentiment. […] M. de Lamartine, sans s’en apercevoir, a pris également l’habitude de couper sa pensée, sa phrase par trois membres, de procéder trois par trois.
Le vice moderne qui a fait le plus de mal peut-être dans ces derniers temps a été la phrase, la déclamation, les grands mots dont jouaient les uns, et que prenaient au sérieux les autres, que prenaient au sérieux tous les premiers ceux mêmes qui en jouaient. […] Il a déjà la phrase courte de Voltaire.
Cependant, et l’Académie, et lui, ont joué à la bascule, comme les enfants, sans pouvoir convenir d’un équilibre qui leur aurait sauvé, à l’un et à l’autre, tant de mauvaises démarches dont le public se divertit. » 9 Ces deux témoignages, rapprochés de la dernière phrase de la lettre de Bussy, et de l’approbation de Bossuet10, sont la meilleure caution de Furetière et sa véritable oraison funèbre. […] Tout le monde connaît, sans que j’aie besoin de la rapporter, la phrase en forme de charade par laquelle débute le Roman comique.
Il écrivait un jour cette phrase calme et amère : « La bonne compagnie de l’époque actuelle a une âme de soixante-dix ans. […] Ainsi que l’atteste la Correspondance, l’imagination de cet amoureux de la Passion et de la Force remontait vers la Féodalité expirante pour y chercher des types, des émotions et des effets, et se détournait avec mépris de cette société à âme de soixante-dix ans dont il avait écrit encore cette autre phrase : « À Paris, quand l’amour se jette par la fenêtre, c’est toujours d’un cinquième étage », pour en marquer la décrépitude ; car la vieillesse, comme l’immoralité, comme l’athéisme, comme les révolutions, descend dans les peuples au lieu d’y monter, et c’est ordinairement par la cime que les sociétés commencent à mourir.
» à propos de tout, et filent leur éternelle phrase convenable. […] Elle n’écrirait pas même de ces phrases-là si elle ne s’y croyait obligée par des motifs de famille.
Il écrivait un jour cette phrase calme et amère : « La bonne compagnie de l’époque actuelle a une âme de soixante-dix ans. […] Ainsi que l’atteste la Correspondance, l’imagination de cette amoureux de la Passion et de la Force remontait vers la Féodalité expirante, pour y chercher des types, des émotions et des effets, et se détournait avec mépris de cette société, à âme de soixante-dix ans, dont il avait écrit encore cette autre phrase : « A Paris, quand l’amour se jette par la fenêtre, c’est toujours d’un cinquième étage », pour en marquer la décrépitude ; car la vieillesse, comme l’Immoralité, comme l’Athéisme, comme les Révolutions, descend dans les peuples au lieu d’y monter, et c’est ordinairement par la cime que les sociétés commencent de mourir.
Demolins qui inspira les phrases citées plus haut à M. […] Je sais bien qu’il y a quelque dilettantisme et quelque littérature dans les phrases pessimistes que nous venons de citer, et que leurs auteurs ne sont peut-être aussi persuadés qu’ils en ont l’air.
La nuit suivante, l’ouïe se mit de la partie, et, ne dormant pas, il entendait ses images fredonner d’une voix lointaine, confuse, mélodieuse, de petites phrases musicales.
On trouve du moins à s’instruire dans ses Considérations * & dans ses Mémoires ; avantage qu’on chercheroit en vain chez la plupart de ceux qui ont voulu mettre la Philosophie en belles phrases.
Comment n’a-t-il pas craint que ses Lecteurs, le jugeant d’après le mot de Seneque, Qualis vir, talis oratio, ne lui appliquassent à lui-même sa derniere phrase, Misérable que vous êtes !
Tacite, Machiavel et Montesquieu ont formé une école dangereuse, en introduisant ces mots ambitieux, ces phrases sèches, ces tours prompts qui, sous une apparence de brièveté, touchent à l’obscur et au mauvais goût.
C’est que le premier au milieu de ses phrases emphatiques, avoit de l’harmonie, de l’élégance & cette sorte de pompe qui flatte les oreilles ; c’est que le second avoit naturellement l’esprit délicat & fin : mérite qui ne s’accorde pas toujours avec le goût, mais qui répandoit des agrémens jusques sur ses plus mauvaises Lettres.
Ce principe, que nous avons tous plus ou moins rencontré, plus ou moins coudoyé, plus ou moins senti dans la vie historique, soit du présent, soit du passé, Mancel a eu le mérite de le formuler en une phrase d’une brièveté lapidaire et dont tout son livre est la justification rationnelle : « Le pouvoir se prend et ne se donne pas », nous dit-il avec une simplicité qu’il a l’art de rendre féconde.
La prophétie y coudoie l’histoire, et souvent, dans la même phrase, l’auteur raconte à la fois l’avenir et le passé. […] Il puise à deux sources : c’est l’élève d’Homère, de Virgile et d’Horace, avec un tour d’esprit et de phrase qui ne sent pas l’imitation ; c’est aussi le disciple de la Bible et de l’Évangile. […] Il faut permettre aux hommes d’être de leur caractère et surtout de leur temps, et Tacite a écrit, sur le mélange de la modération et de la fermeté sous le despotisme, une phrase dont il faut se souvenir sans toutefois en abuser. […] Guizot de cet usage, et lui apprit en outre que, la veille du jour où le discours devait être prononcé, on en plaçait une copie sur le bureau de l’empereur, qui souvent en prenait lecture ; nouveau motif pour ne pas omettre la phrase à sa louange. […] Le discours fut déposé sans phrase élogieuse.
En attendant, tel il est dans cette phrase que nous venons de citer, tel il nous apparaît dans cette controverse du quiétisme : décisif et absolu. […] Chacune de ces idées peut fournir une phrase. Une phrase donc sur les édifices, une phrase sur le luxe, une phrase sur l’air d’opulence. Trois phrases, ou quatre, qu’il n’est même plus besoin de souder, et qu’il suffit de juxtaposer, font un paragraphe. […] Il ne nous reste plus, pour avoir un point de sermon, qu’à mettre en avant de ces trois divisions une phrase qui les pose, une autre phrase à la fin qui les résume, et le premier point achevé, rien de plus simple : on passe au second.
On voit à tout instant, sur la phrase poétique, la brisure du rythme comme celle de la vitre sur la peinture. […] La première phrase venue : « Comment faire ? […] ni développements, ni explications, ni phrases, ni dialogue : des faits, rien que des faits, et quels faits, grands dieux ! […] Il est trop occupé de ses charpentes pour s’inquiéter beaucoup de ses phrases. […] « Vous m’avez donné un bal à Venise, je vous rends un souper à Ferrare. » Qui ne se souvient de cette phrase ?
Mais analysez cette phrase : « il pourrait ne rien y avoir ». […] La vérité est qu’au-dessus du mot et au-dessus de la phrase il y a quelque chose de beaucoup plus simple qu’une phrase et même qu’un mot : le sens, qui est moins une chose pensée qu’un mouvement de pensée, moins un mouvement qu’une direction. […] Mon présent, en ce moment, est la phrase que je suis occupé à prononcer. Mais il en est ainsi parce qu’il me plaît de limiter à ma phrase le champ de mon attention. […] Pour le moment, les pointes s’écartent juste assez pour aller du commencement à la fin de ma phrase ; mais, s’il me prenait envie de les éloigner davantage, mon présent embrasserait, outre ma dernière phrase, celle qui la précédait : il m’aurait suffi d’adopter une autre ponctuation.
Je suppose qu’on sache assez de mots d’une langue quelconque pour pouvoir entendre à peu près le sens de chaque phrase dans des livres qui soient écrits en cette langue, et dont la diction soit pure et la syntaxe facile ; je dis que sans le secours d’un dictionnaire, et en se contentant de lire et de relire assidûment les livres dont je parle, on apprendra le sens d’un grand nombre d’autres mots : car le sens de chaque phrase étant entendu à peu près comme je le suppose, on en conclura quel est du moins à peu près le sens des mots qu’on n’entend point dans chaque phrase. […] Il s’agit ici, non de l’expression elle-même, mais de l’harmonie des mots, qui est une chose purement artificielle et mécanique : cela est si vrai, que Cicéron, en renversant la phrase pour en dénaturer l’harmonie, en conserve tous les termes. […] Les idées seront exprimées facilement et nettement, en évitant les tours ambigus, les phrases trop longues, trop chargées d’idées incidentes et accessoires à l’idée principale, les tours épigrammatiques, dont la multitude ne peut sentir la finesse ; car l’orateur doit se souvenir qu’il parle pour la multitude. Notre langue, par le défaut de déclinaisons et de conjugaisons, par les équivoques fréquentes des ils, des elles, des qui, des que, des son, sa, ses, et de beaucoup d’autres mots, est plus sujette que les langues anciennes à l’ambiguïté des phrases et des tours. […] Ainsi l’harmonie du discours oratoire consiste à n’employer que des mots d’un son agréable et doux ; à éviter le concours des syllabes rudes, celui des voyelles, sans affectation néanmoins (voyez l’article Élision) ; à ne pas mettre entre les membres des phrases trop d’inégalité, surtout à ne pas faire les derniers membres trop courts par rapport aux premiers ; à éviter également les périodes trop longues et les phrases trop courtes, ou, comme les appelle Cicéron, à demi closes, le style qui fait perdre haleine, et celui qui force à chaque instant de la reprendre et qui ressemble à une sorte de marqueterie ; à savoir entremêler les périodes soutenues et arrondies, avec d’autres qui le soient moins et qui servent comme de repos à l’oreille.
Et je me souviens toujours que lui-même il aimait à citer, comme exemple d’atticisme, une certaine petite phrase d’un discours de Ducos à la Convention, petite phrase qu’il fallait certes beaucoup de goût et une extrême vigilance littéraire pour avoir saisie au passage et retenue. […] Nul talent ne lui manqua davantage que celui d’improviser : si l’on excepte une ou deux occasions où il fut assez heureusement inspiré par ses affections vindicatives, tout ce qu’il a dit sans préparation n’a été que le plus insensé verbiage que l’on ait entendu sur la terre, depuis que des paroles et des phrases y sont proférées par des hommes et par des oiseaux : personne autant que lui n’a contribué à effacer parmi nous jusqu’à l’idée de la véritable éloquence des tribunes. […] Les dernières phrases du discours sur Boileau étaient un hommage à Napoléon : « Aujourd’hui que toutes les émulations renaissent à la voix d’un héros couvert de toutes les gloires, etc. » Dans l’édition de 1825, cette conclusion a disparu, et se trouve remplacée par une violente sortie contre la littérature romantique. […] Je l’ai entendu réciter par cœur, comme modèle d’harmonie et de récitatif cadencé, la tirade du début de Pygmalion ; il articulait chaque phrase, en y mettant l’accent, en y reconnaissant presque des longues et des brèves. […] Bonaparte, tourné vers la fenêtre, parlait sans le voir : Daunou avise dans un coin son chapeau, qu’il avait posé ; tandis que le Consul achève une phrase, il y court, enfile les appartements et sort du palais.
» Certaines de ces phrases semblent annoncer M. […] Sagesse des hommes, vous n’avez pas l’insaisissable fraîcheur des rivières. » Est-ce qu’avec un peu de bonne volonté on ne pourrait pas voir dans cette jolie phrase un poétique énoncé du fameux principe de Carnot ? […] Et Anthime jette à Julius cette phrase : « Non, mais vraiment vous en parlez trop à votre aise, vous à qui, vrai ou faux, tout profite… » Ainsi la même révélation qui ramène Julius à la religion, en détourne définitivement Anthime, dont les douleurs au surplus ont reparu, l’efficacité du miracle étant épuisée. […] Massis cite cette phrase, mais pourquoi supprime-t-il ce qui suit, et qui en éclaire le sens : « … tandis que, grâce aux circonstances étranges qui l’acculent, c’est, lui, vous le savez, sur qui se concentre l’intérêt dramatique du livre. » Intérêt dramatique, monsieur Massis ! […] Il ne voit plus chez lui que contention, gaucherie. « Chaque phrase ne sort d’embarras que par une extrême simplification de la syntaxe ; elle morcelle et juxtapose.
C’est ainsi qu’elle définit je ne sais plus qui, par cette phrase : « Un monsieur qui a sur les yeux la buée d’un tableau ! » 29 janvier Des phrases menteuses, des mots sonores, des blagues, voilà à peu près ce que nous discernons chez tous les hommes politiques de notre temps. […] Quand j’entends Sainte-Beuve avec ses petites phrases toucher à un mort, il me semble voir des fourmis envahir un cadavre : il vous nettoie une gloire en dix minutes, et laisse du monsieur illustre, un squelette bien net. […] » — Une jeune mariée se trouvant grosse, et disant que ça lui était bien égal d’avoir une fille ou un garçon, sa belle-mère lui jeta cette phrase, qu’on dirait échappée des chaudes entrailles de la maternité : « Vous ne savez pas ce que c’est… que le bonheur de créer un homme ! […] Jamais avec son petit parlage écrit, il n’a baptisé un homme, ou donné la signification définitive d’une œuvre en un mot ou en une phrase ; jamais enfin il n’a coulé dans du bronze, la médaille d’une gloire… Et vous, en dépit de son envie de vous être agréable, comment pourrait-il entrer dans votre peau ?
Les Allemands transcrivent ou transposent le vieux matérialisme français ; les Français, par habitude et dans une demi-somnolence, écoutent avec un air un peu ennuyé et distrait les morceaux de bravoure, les belles phrases éloquentes que l’enseignement public leur répète depuis trente ans. […] III Cette petite phrase est l’abrégé de tout le système ; pénétrez-vous en. […] La première partie de votre phrase m’exprime par un mot abréviatif ce que la seconde partie m’exprime par une locution développée. […] Nulle phrase ne me dira ce que c’est qu’un cheval, mais il y a des phrases qui me diront ce qu’on entend par ces cinq lettres. Nulle phrase n’épuisera la totalité inépuisable des qualités qui font un être, mais plusieurs phrases pourront désigner les faits qui correspondent à un mot.