Travailler intellectuellement consiste à conduire une même représentation à travers des plans de conscience différents, dans une direction qui va de l’abstrait au concret, du schéma à l’image. » H.
La société précieuse au XVIIe siècle1 Il arrive parfois que le véritable intérêt d’un livre, et d’un bon livre même, ne soit pas précisément, — faut-il dire où l’on a cru le mettre ? — mais du moins où le titre inviterait à le chercher. C’est un peu le cas, à ce qu’il nous semble, du curieux et consciencieux ouvrage de M. l’abbé Fabre sur la Jeunesse de Fléchier. On y cherche d’abord Fléchier, et il y est bien, et on l’y trouve ; mais, insensiblement, cette souriante physionomie du précieux abbé décroît, pour ainsi dire, et recule vers le fond du tableau ; ce sont d’autres figures qui viennent l’une après l’autre lui disputer la première place, on le perd enfin de vue ; et c’est toute une petite société qui finit par avoir fixé l’attention qu’aussi bien Fléchier tout seul ne suffirait peut-être pas à retenir longtemps. En quoi son sort est celui de tous les écrivains secondaires, S’ils manquent d’originalité, ce n’est pas tant, comme on le croit d’ordinaire, pour avoir dit ou pensé des choses que l’on aurait pensées ou dites avant eux ; il y a plus, et c’est eux qui, fréquemment, jettent ce que l’on appelle des idées neuves dans la circulation commune ; mais, en cela même, traducteurs plutôt qu’inventeurs, leur parole est beaucoup moins l’expression de quoi que ce soit qui leur appartienne en propre que le fidèle écho des opinions qui s’agitent autour d’eux.