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447. (1714) Discours sur Homère pp. 1-137

Le poëte refroidiroit toujours les sentimens de ses personnages par le simple récit. […] Mais le poëte vouloit encore en faire le personnage le plus intéressant et le plus propre à enlever l’admiration. […] Quoique l’imitation et le choix soient nécessaires au poëte, comme au peintre, le mérite du choix caractérise davantage le poëte, et le mérite de l’imitation caractérise davantage le peintre. […] Une maxime si déplacée ne se concilie point la créance, et le poëte la décrédite lui-même par le contre-temps. […] Entend-t-on que le poëte traducteur ne puisse rendre le fonds, la substance des pensées du poëte original ?

448. (1903) Le mouvement poétique français de 1867 à 1900. [2] Dictionnaire « Dictionnaire bibliographique et critique des principaux poètes français du XIXe siècle — P — Ponsard, François (1814-1867) »

[Galerie des poètes vivants (1847).] […] Ponsard fut proclamé le poète du bon sens parce qu’il était le poète de la vulgarité, ces deux choses qu’en France nous confondons toujours. […] Ce fut l’erreur du poète ; il oublia qu’une page de notre histoire empruntée aux annales du moyen âge — et quel tableau magnifique !  […] Que n’eût pas été cet ouvrage, qui abonde, d’ailleurs en beautés de premier ordre et à qui toute justice n’a pas été rendue, si le poète, en l’écrivant, n’eût pas senti peser sur lui sa précoce gloire de chef de l’école de bon sens ? […] Ponsard mérite de figurer au premier rang des poètes qui ont le mieux traduit les idées de notre temps, sans les outrer, sans s’y asservir.

449. (1733) Réflexions critiques sur la poésie et la peinture « Première partie — Section 25, des personnages et des actions allegoriques, par rapport à la poësie » pp. 213-220

On remarquera que ce poëte fait entrer dans son ouvrage un petit nombre de personnages de cette espece, et je n’ai jamais entendu loüer Lucain d’en avoir fait un usage plus fréquent. […] On peut s’en servir avec succès dans les fables et dans plusieurs autres ouvrages qui sont destinez pour instruire l’esprit en le divertissant, et dans lesquels le poëte parle en son nom et peut faire lui même l’application des leçons qu’il prétend nous donner. […] C’est à bien répresenter ce qui a pû veritablement arriver, et à l’orner par des images nettes et élegantes que consiste l’art du poëte. Mais inventer une action chimerique et créer des personnages du même genre que l’action, c’est être imposteur plûtôt que poëte. […] Les sçavans sont tous convaincus que ce poëte fait souvent allusion dans ces comedies à differens évenemens arrivez dans cette guerre, ou à des avantures dont elle avoit été l’occasion.

450. (1866) Nouveaux lundis. Tome VI « Théophile Gautier. »

Gautier critique, Gautier auteur des charmants feuilletons qu’on lit chaque jour, a fait tort à Gautier poète. […] Et à ce propos on remarquera combien l’idée du Diable revient souvent dans l’imagination du poète, comme pour piquer la somnolence heureuse et stimuler l’ennui. […] Une fois notre liste dressée das poètes en vogue, nous la fermons. […] Chez Musset, le mondain et plus que mondain, le débauché homme d’esprit, à la mode de 1832, a servi singulièrement le poète. […] La jeunesse s’exalta pour l’amoureux passionné qu’elle ne discuta plus et elle s’écria, quand elle le perdit : Adieu, notre grand poète !

451. (1895) Histoire de la littérature française « Troisième partie. Le seizième siècle — Livre I. Renaissance et Réforme avant 1535 — Chapitre II. Clément Marot »

À Alençon, à Bourges, à Nérac, à Pau, dans toutes ses résidences, en voyage même, elle n’apparaît qu’entourée de poètes et de savants, qui sont ses valets de chambre, ses secrétaires, ses protégés et comme ses nourrissons. […] Poète de cour, il refléta l’esprit et les besoins de la cour, hors de laquelle il ne pouvait vivre en joie. […] Brunetière, pour établir la valeur d’un poète, il suffit presque de l’interroger sur trois points : comment a-t-il parlé de la nature ? […] Ce gentil poète a eu autant de gloire et d’influence que s’il eût été un grand poète. […] Car ce poète de cour — chose si rare dans notre littérature — est, sous sa politesse, essentiellement populaire.

452. (1761) Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l’histoire des révolutions de la république des lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours. Tome II « Querelles générales, ou querelles sur de grands sujets. — Troisième Partie. De la Poësie. — II. La versification, et la rime. » pp. 257-274

Jamais un vrai poëte, jamais le Tasse, Despréaux, Racine & Pope, n’eurent de pareilles idées. […] On leur entendoit dire le poëte Malebranche, le poëte Fénélon, le poëte La Bruyère. […] Ce poëte, l’indépendance même en fait de littérature, a senti que la rime étoit nécessaire à nos vers. […] Le mauvais poëte, celui qui veut porter un poids au-dessus de ses forces, tombe seul dans cet inconvénient. Le poëte supérieur ne rime jamais, ou très-rarement, aux dépens de la diction & du coloris.

453. (1889) Les œuvres et les hommes. Les poètes (deuxième série). XI « Milton »

Le poète du Paradis perdu tient une place trop éclatante dans l’Histoire littéraire de son pays pour ne pas crever les yeux, comme un soleil. […] Et cependant elle éclata, à la fin, quand personne n’y pensait plus, par cette détonation foudroyante du Paradis perdu, qui remplissait, quelques années après la mort du poète, tous les échos de l’Angleterre. Les poètes poussent partout, quand ils sont vigoureux, mais aucun poète sous le tournant du soleil ne l’a mieux prouvé que Milton, et on peut l’étudier comme un véritable phénomène de végétation poétique, ce chêne de rocher que rien, rien n’a pu empêcher de devenir, à l’âge où les hommes les plus forts se cassent, le rouvre du Paradis perdu. […] Il était né bourgeoisement, et ce n’est pas dans la bourgeoisie que les poètes doivent naître. […] Les poètes sont faits pour être roulés dans la pourpre de la splendeur ou dans les haillons de la misère.

454. (1870) Portraits contemporains. Tome IV (4e éd.) « PARNY. » pp. 423-470

Il est le poëte de dix-huit ans, non de vingt-cinq. […] Nous sommes assez heureux pour pouvoir donner la lettre simple, sérieuse et digne que le poëte écrivait à l’homme en place en le sollicitant. […] Marie-Joseph Chénier, dans ce qu’il dit du poëte en son Tableau de la Littérature, n’est qu’un rapporteur fidèle. […] A ces sorties trop rares, on sentait que le poëte en-lui aimait à se retirer au dedans, mais qu’il n’avait pas péri. […] Mes premières larmes de poëte étaient vers toi, ô vague Enchanteur !

455. (1885) La légende de Victor Hugo pp. 1-58

L’histoire ne raconte pas si le poète reçut des gratifications des Majestés-Unies d’Europe. […] Mais il y a égalité et égalité comme poètes et poètes : il en existe autant que de morales. […] Le poète était digne d’un tel sacrifice : Hugo fut en effet un héros de la phrase. […] « L’Edinburgh Review, écrit-il, s’est complètement trompé en faisant de Lamartine le poète du parti ultra… le véritable poète du parti, c’est M.  […] « Le Poète est lui-même un trépied.

456. (1870) Causeries du lundi. Tome XIII (3e éd.) « Appendice » pp. 453-463

Le poète au début se représente une maison ou plutôt un village abandonné : de pauvres Alsaciens sont partis, au bruit des merveilles de la Californie, pour aller tenter fortune. […] Le poète oublie un peu ses émigrants, qui n’étaient que le prétexte, et on les oublie avec lui. […] Le poète, à un moment de la pièce, met en opposition les deux points de vue, les deux ordres de considérations morales et sociales. […] La réponse dans laquelle les avantages de l’or sont opposés aux invectives des détracteurs, réponse qui rentre dans le ton et la doctrine de la pièce précédente, n’est pas à la hauteur de cette course lyrique du milieu, sans quoi le char du poète, ou, pour parler plus exactement, des poètes, eût touché plus près du but. Je dis les poètes, car la pièce s’offre à nous signée par les deux noms unis et fraternels de MM. 

457. (1862) Portraits littéraires. Tome I (nouv. éd.) « Boileau »

Le Poète du bon sens, le législateur de notre Parnasse garda son rang suprême. […] Aussi que sort-il tout à coup, et pour premier essai, de cette verve de vingt-quatre ans, de cette existence de poëte si longtemps misérable et comprimée ? […] Il eût été trop dur d’appliquer à lui seul des observations qui tombent sur tout son siècle, mais auxquelles il a nécessairement grande part en qualité de poëte critique et de législateur littéraire. […] Cet intérieur devait être assez peu agréable au poëte, car la femme de Jérôme était, à ce qu’il paraît, grondeuse et revêche. […] La vieillesse du poëte historiographe ne fut pas moins triste et morose que celle du Monarque.

458. (1885) L’Art romantique

la France n’est guère poëte non plus. […] Il serait prodigieux qu’un critique devînt poëte, et il est impossible qu’un poëte ne contienne pas un critique. […] Tantôt le poëte cherche son comédien, comme le peintre son graveur ; tantôt le comédien soupire après son poëte ! […] un poëte ! […] Vous dites de l’un : c’est un poëte d’intérieurs, ou de famille ; de l’autre, c’est un poëte de l’amour, et de l’autre, c’est un poëte de la gloire.

459. (1874) Premiers lundis. Tome I « A. de Lamartine : Réception à l’Académie Française »

Depuis ce temps, fier et blessé dans sa candeur, le poète s’en retourna vivre sur cette terre d’Italie dont il aimait l’air, la lumière et la noble beauté. […] La renommée des œuvres fut prompte à mûrir durant l’absence du poète ; la postérité commença vite pour lui : on le relut avec larmes et délices ; son nom devint cher et familier à tous ; on se montra presque facile à reconnaître le génie de celui qui était absent et qu’on ne voyait plus. […] Poète de recueillement et de rêverie, on désirait savoir sa pensée encore ignorée sur cette renaissance poétique dans laquelle sa part est si grande ; on voulait entendre de quel ton il s’adresserait à ses devanciers, et comment il désignerait ceux qui le suivent. […] Daru semblait un lourd fardeau à remuer pour un poète tout de sentiment et de loisir. […] Lebrun sur la Grèce ; il faut y louer le sentiment, la grâce et l’éclat naturels à ce poète.

460. (1903) Le mouvement poétique français de 1867 à 1900. [2] Dictionnaire « Dictionnaire bibliographique et critique des principaux poètes français du XIXe siècle — A — Aicard, Jean (1848-1921) »

Des poètes qui, comme lui, ont déjà conquis la renommée, on aimerait quelque effort nouveau. […] Jules Levallois, « un fonds de tendre humanité », de la force et de l’éclat, ainsi qu’une grande vaillance de poète. […] [Anthologie des poètes français du xixe  siècle (1887-1888).] […] Jean Aicard, un poète s’il en fut et de la bonne école… Remarquons que tout le volume est dédié aux cigales si chères aux Provençaux… Il ne me leste plus qu’à engager le lecteur à lire avec recueillement ces poèmes dont chaque vers est ciselé à la façon antique ; il y a dans ce livre un parfum de poésie grecque et une pureté de forme et de langage qui rappellent le charme des bonnes œuvres d’André Chénier. […] Ce livre a pour titre : Jésus, et renferme peut-être, sous la forme simple et châtiée, les meilleures inspirations du poète.

461. (1903) Le mouvement poétique français de 1867 à 1900. [2] Dictionnaire « Dictionnaire bibliographique et critique des principaux poètes français du XIXe siècle — V — Van Lerberghe, Charles (1861-1907) »

On dirait que le poète habite un château de fées, depuis des siècles, abandonné et que le seul silence des salles désertes l’a convié aux rêves très doux d’autrefois. […] Gustave Kahn Ce poète est une des originales figures de la littérature de ce temps. […] Le tempérament du poète persiste sous ses multiples aspects et à travers ses manifestations les plus diverses ; son âme n’est ni violente, ni véhémente : réservée, lointaine, insaisissable presque, elle laisse cependant parvenir jusqu’à elle les émotions de la vie, qu’elle ressent intimement, mais adoucies et purifiées, et c’est avec un art parfait que le poète les exprime et les réalise avec un luxe simple de mots et d’images. Il a embelli son âme de toute la Beauté intérieure, et son âme a transformé en beauté tout ce qu’il lui a donné ; elle lui a fait trouver en lui-même « une possibilité particulière de vie supérieure dans l’humble et inévitable réalité quotidienne », et c’est cette vie profonde que le poète a vécu et dont il nous révèle la précieuse essence en ce beau livre de poèmes. […] Chacun de ces poèmes contient le si peu de choses qu’il faut « pour encourager la beauté dans une âme », et il faut se laisser mener, s’abandonner entièrement pour la joie de comprendre en toute simplicité, et de sentir profondément toute la tranquille beauté, toute la silencieuse activité de l’âme du poète.

462. (1903) Le mouvement poétique français de 1867 à 1900. [2] Dictionnaire « Dictionnaire bibliographique et critique des principaux poètes français du XIXe siècle — G — Gramont, Ferdinand de (1815-1897) »

Il est le seul des poètes contemporains et peut-être est-il le premier des poètes français qui ait osé s’attaquer aux difficultés de la Sextine… Cette poésie feuillue, plantureuse, a le parfum généreux de l’air des forêts, tout imprégné de saveurs âcres et salutaires ; et dans sa couleur sombre et grave on peut retrouver aussi l’aspect sévère et grandiose des vieux chênes versant leur ombre grise sur les bruyères mélancoliques. […] Théodore de Banville C’est un de nos poètes les plus savants et les plus délicats, M. le comte de Gramont, qui, d’après la Sextine italienne de Pétrarque, crée la Sextine française, en triomphant d’innombrables et de terribles difficultés. La première Sextine du comte de Gramont parut à la célèbre Revue parisienne de Balzac, qui, se faisant critique pour une telle circonstance, se chargea lui-même d’expliquer aux lecteurs ce que c’est qu’une sextine et de les édifier sur le goût impeccable et sur la prodigieuse habileté d’ouvrier qu’elle exige du poète. [Anthologie des poètes français du xixe  siècle (1887-1888).]

463. (1859) Essais sur le génie de Pindare et sur la poésie lyrique « Deuxième partie. — Chapitre XVIII. »

Surnommé le théologien de l’Orient, Grégoire de Nazianze en est aussi le poëte. […] L’expression en est grave et noble, et rachète un moment les doutes du poëte épicurien et les puériles crédulités de la foule. […] « Il m’ennuie », dit le poëte, naguère amoureux des nobles plaisirs, « il m’ennuie de cette vie terrestre. […] » Une teinte profane, sans doute, s’attache encore à ces derniers vœux du poëte. […] Pour achever la peinture de ces temps extraordinaires, il resterait à montrer, près du poëte chrétien, sublime de courage et de charité, une dernière image du poëte païen, hiérophante et rêveur.

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