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1327. (1889) Ægri somnia : pensées et caractères

» Mort à tout ce qui me déplaît ou me gêne, à mes concurrents, il mes créanciers ; mort aux riches qui ont ce que je n’ai pas, aux magistrats et aux gendarmes qui m’empêchent de le prendre ! […] Les générations futures regretteront de n’avoir pas entendu « le monstre », et peut-être ce regret empêchera-t-il quelque vaillant stagiaire de dormir. […] Ils savent d’instinct et par l’histoire que toujours, en dépit des apparences, leur pays a été un pays de liberté, et que personne n’est de force ni d’humeur à y empêcher le contrôle. […] Il nous dit comment, à peine le pied sur le quai de Boulogne, il avait été arrêté, emmené, bientôt poussé comme un malfaiteur dangereux à la sous-préfecture, par une populace qui l’insultait de ses cris, le menaçait de ses gestes, l’empêchait d’avancer. […] Comment t’en empêcher ?

1328. (1870) Causeries du lundi. Tome XIII (3e éd.) « Les nièces de Mazarin et son dernier petit-neveu le duc de Nivernais. Les Nièces de Mazarin, études de mœurs et de caractères au xviie  siècle, par Amédée Renée, 2e éd. revue et augmentée de documents inédits. Paris, Firmin Didot, 1856. » pp. 376-411

Mais ce procédé de la noblesse qui faisait une sorte de réparation de gentilshommes à gentilhomme, les égards particuliers que toutes les personnes de distinction témoignaient à l’ambassadeur, n’empêchaient pas le public et les meneurs influents de demeurer très peu favorables à l’idée de paix. […] Et tout cela n’empêche pas que ce diable d’hôte, si Anglais et anglo-saxon au fond de l’âme, ne trouve que ces Français ne méritent pas la réputation de vivacité qu’on leur accorde ; il ne leur trouve point cette vitalité dont il a des exemples sans aller si loin : « Charles Townshend, dit-il, a en lui plus de sel volatil que toute leur nation.

1329. (1863) Cours familier de littérature. XVI « XCIIe entretien. Vie du Tasse (2e partie) » pp. 65-128

On peut se figurer son bonheur en se retrouvant ainsi sous le toit paternel, et jouissant d’un bien-être qu’il n’avait jamais goûté que dans ses souvenirs et à une époque où son jeune âge l’empêchait de l’apprécier comme aujourd’hui. […] Une très grave indisposition de ma sœur, la duchesse d’Urbin, m’a empêché jusqu’ici de les recueillir tous, car un certain nombre de ces écrits sont entre les mains de la duchesse.

1330. (1869) Cours familier de littérature. XXVII « CLVIIe Entretien. Marie Stuart, (Reine d’Écosse). (Suite et fin.) »

Pour l’en empêcher, elle leva les mains. […] Sous prétexte de récriminer contre la comtesse de Shrewsbury, qui avait accusé Marie Stuart d’avoir séduit à Scheffield son mari, Marie Stuart écrivit à Élisabeth une lettre dans laquelle elle attribue à lady Shrewsbury des propos tellement injurieux à Élisabeth, comme femme et comme reine, que le cynisme des expressions nous empêche de les citer.

1331. (1834) Des destinées de la poésie pp. 4-75

Tant que je vivrai, je me souviendrai de certaines heures de l’été que je passais couché sur l’herbe dans une clairière des bois, à l’ombre d’un vieux tronc de pommiers sauvages, en lisant la Jérusalem délivrée, et de tant de soirées d’automne ou d’hiver passées à errer sur les collines déjà couvertes de brouillards et de givre, avec Ossian ou Werther pour compagnon ; tantôt soulevé par l’enthousiasme intérieur qui me dévorait, courant sur les bruyères comme porté par un esprit qui empêchait mes pieds de toucher le sol, tantôt assis sur une roche grisâtre, le front dans mes mains, écoutant, avec un sentiment qui n’a pas de nom, le souffle aigu et plaintif des bises d’hiver, ou le roulis des lourds nuages qui se brisaient sur les angles de la montagne ; ou la voix aérienne de l’alouette que le vent emportait toute chantante dans son tourbillon, comme ma pensée plus forte que moi emportait mon âme. […] Quelques-uns de ces monuments déserts semblaient intacts et sortis d’hier des mains de l’ouvrier ; d’autres ne présentaient plus que des restes encore debout, des colonnes isolées, des pans de muraille inclinés, et des frontons démantelés ; l’œil se perdait dans les avenues étincelantes des colonnades de ces divers temples, et l’horizon trop élevé nous empêchait de voir où finissait ce peuple de pierre.

1332. (1889) Histoire de la littérature française. Tome IV (16e éd.) « Chapitre premier »

Les défauts y sont touchés avec discrétion, pour relever les qualités plutôt que pour y faire ombre, et aussi pour empêcher l’admiration superficielle. […] Jeune, il se moquait de l’admiration ; vieux, il n’empêche pas qu’on admire, et par moment, il nous y aide.

1333. (1781) Les trois siecles de la littérature françoise, ou tableau de l'esprit de nos écrivains depuis François I, jusqu'en 1781. Tome IV « Lettres de m. l’Abbé Sabatier de Castres ; relatives aux trois siecles de la littérature françoise.ABCD » pp. -641

Il est vrai que je n’ai pu m’empêcher de marquer quelque étonnement sur l’admiration excessive de l’Auteur de la Nouvelle Héloïse * pour cet Ecrivain : il est vrai encore que les réflexions que cet enthousiasme m’a fournies, ne tournent pas à l’avantage de M. […] D'où je conclus que mon observation n'empêche pas que M. de Voltaire ne soit un Esprit universel.

1334. (1889) Le théâtre contemporain. Émile Augier, Alexandre Dumas fils « Émile Augier — Chapitre III »

Les grenouilles mêmes de l’étang du petit castel de Sottenville coasseraient contre lui, s’il les appelait en témoignage des guilledoux nocturnes de sa femme : elles lui citeraient dans leur patois, le droit de jambage, le droit de cuissage, le droit du seigneur, et peut-être même le droit que le châtelain aurait de lui faire battre le marécage qu’elles habitent, pour les empêcher de crier pendant son sommeil. […] La comédie reste neutre entre les deux parties, elle balance leurs fautes, elle équilibre leurs raisons, elle répartit leurs griefs ; c’est là son tort : car, quoi qu’elle fasse, elle ne peut empêcher la sympathie du spectateur de se porter tout entière sur ce gentilhomme de fine souche ainsi piétiné par ces gros souliers.

1335. (1878) La poésie scientifique au XIXe siècle. Revue des deux mondes pp. 511-537

L’universalité des lois, qui est depuis longtemps un axiome, l’identité de la matière cosmique, qui en devient un autre, nous empêchent de concevoir qu’il y ait des mondes organisés plus moralement que le nôtre : Le ciel s’évanouit quand la raison se lève. […] La science positive a beau dire et beau faire ; on vain elle nous dit que l’homme n’est qu’une pièce infiniment petite, perdue et entraînée dans le jeu du mécanisme universel ; l’homme, spectateur de la vie, la juge ; témoin de l’inégale répartition des biens et des maux, il s’en indigne ; témoin de sa propre vie, il se condamne quand il fait mal ; il ne peut s’empêcher de juger et la nature et lui-même.

1336. (1920) Action, n° 3, avril 1920, Extraits

Le mouvement dont elle paraît encore douée, c’est le grouillement des vers qui la dévorent, les lueurs qui empêchent la nuit de s’abattre complètement sont les phosphorescences connues sous le nom de feux-follets. […] Ce matérialisme débordant qui caractérise si particulièrement cette société bourgeoise empêche naturellement qu’on prenne garde sérieusement à la déchéance du plan spirituel, les valeurs de l’esprit étant ce qui compte le moins dans un tel régime et le mot spirituel étant devenu quelque chose de badin, léger, sans importance, vivant de quiproquo et de blague.

1337. (1902) Les œuvres et les hommes. Le roman contemporain. XVIII « Edmond et Jules de Goncourt »

Sa vie est simple, en définitive, comme la tâche à l’aiguille d’une femme chaste… Elle veut empêcher son frère d’épouser une jeune fille qui, s’il l’épousait, le condamnerait à l’inceste puisqu’il est l’amant de la mère ; et des circonstances que je ne dirai pas, pour vous forcer à lire ce livre, un hasard comme il y en a tant dans la vie et qui se retourne contre elle, amènent un duel terrible dans lequel on tue son frère, ce qui la tue aussi, en un an, d’une maladie de cœur, développée par l’impression de cette catastrophe. […] L’écrivain de La Fille Élisa avait pu se repentir de cette bassesse d’inspiration et d’exécution, mais le livre, et surtout cette préface des Frères Zemganno, m’empêche de croire à ce repentir que je supposais… M. de Goncourt, à qui j’ai reproché souvent d’être involontairement le père de ce menu fretin littéraire sans talent, qui fait maintenant le gros poisson, et, comme le crocodile, ouvre des mâchoires comme s’il allait tout avaler !

1338. (1856) Mémoires du duc de Saint-Simon pp. 5-63

Toutes ces choses n’empêchèrent pas M. le Prince d’en être jaloux jusqu’à la fureur et jusqu’à sa mort. […] Pour empêcher les nouveaux venus d’avoir le pas sur lui, il combat en héros, il chicane en avocat, il souffre en malade ; il éclate en expressions douloureuses comme s’il était coudoyé par des laquais.

1339. (1870) Causeries du lundi. Tome XII (3e éd.) « Mémoires et journal de l’abbé Le Dieu sur la vie et les ouvrages de Bossuet, publiés pour la première fois par M. l’abbé Guettée. — I » pp. 248-262

Il s’était engagé à prêcher à Meaux toutes les fois qu’il officierait pontificalement, « et jamais, dit Le Dieu, aucune affaire, quelque pressée qu’elle fût, ne l’empêcha de venir célébrer les grandes fêtes avec son peuple et lui annoncer la sainte parole. » Dans ces circonstances, « on voyait un père, et non pas un prélat, parler à ses enfants, et des enfants se rendre dociles et obéissants à la voix du père commun ».

1340. (1870) Causeries du lundi. Tome XV (3e éd.) « Étude sur la vie et les écrits de l’abbé de Saint-Pierre, par M. Édouard Goumy. L’abbé de Saint-Pierre, sa vie et ses œuvres, par M. de Molinari. — I » pp. 246-260

Il fut pris sur le fait par un observateur malin, impitoyable, qui se montra cette fois injuste, comme il le fut, et d’une manière moins pardonnable encore, dans le portrait qu’il traça de Fontenelle sous le nom de Cydias ; mais l’injustice et l’extrême sévérité n’empêchent pas un portrait d’être ressemblant : au lieu d’être peint en beau on est peint en laid, voilà tout, et chacun vous montre au doigt.

1341. (1864) Nouveaux lundis. Tome II « Bossuet. Œuvres complètes publiées d’après les imprimés et les manuscrits originaux, par M. Lachat »

Gandar, qui s’est fort occupé du texte de Bossuet et qui y a regardé de très près, me fait remarquer que cet honnête homme de bénédictin a rendu maint service inappréciable, qu’il a presque toujours bien lu des brouillons que, sans lui, on serait fort empêché de déchiffrer.

1342. (1867) Nouveaux lundis. Tome IX « La Réforme sociale en France déduite de l’observation comparée des peuples européens, par M. Le Play, Conseiller d’État. »

Dans tout état de société, — qu’il s’agisse de la Russie méridionale et des paysans agriculteurs, chez qui la religion n’empêche sans doute ni l’intempérance, ni la ruse, ni la fraude, ni bien des vices, mais à qui elle inspire un pieux et absolu respect dans les rapports des fils aux parents, « une résignation stoïque dans les souffrances physiques et morales, et, en présence de la mort, une assurance, une sérénité qui a parfois un véritable caractère de grandeur » ; — qu’il s’agisse, tout au contraire, des peuples et des régimes les plus avancés, tels que l’Angleterre, chez qui les hautes classes et les lords peuvent être dissolus à leur aise, mais que gouverne réellement et que maintient avec fermeté, en présence des masses chartistes, l’immense classe bourgeoise ou rurale moyenne, tout imprégnée de la Bible et de la forte moralité qui en découle ; — partout l’élément religieux, sous une forme ou sous une autre, lui a paru essentiel à la durée et à la stabilité des sociétés.

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