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393. (1857) Causeries du lundi. Tome IV (3e éd.) « Madame Necker. » pp. 240-263

Rousseau pourtant a trouvé moyen d’être injuste envers ce doux pays, en même temps qu’il le peignait comme un cadre de paradis terrestre : Je dirais volontiers, a-t-il écrit dans une page célèbre des Confessions, à ceux qui ont du goût et qui sont sensibles : Allez à Vevey, visitez le pays, examinez les sites, promenez-vous sur le lac, et dites si la nature n’a pas fait ce beau pays pour une Julie, pour une Claire et pour un Saint-Preux ; mais ne les y cherchez pas. […] Marmontel qu’il faut toujours citer quand il ne s’agit que de tableaux de société et de critique littéraire, et qui, dans cet ordre d’idées, nous offre le type excellent du talent secondaire le plus distingué, a jugé Mme Necker dans une page à laquelle il n’y a rien à ajouter ni à retrancher. […] Mais ces défauts se rachètent ici plus aisément qu’ailleurs : le sujet l’inspire ; c’est élevé, c’est ingénieux ; et quand elle en vient à la considération du mariage dans la vieillesse, à ce dernier but de consolation et quelquefois encore de bonheur dans cet âge déshérité, elle a de belles et fortes paroles : « Le bonheur ou le malheur de la vieillesse n’est souvent que l’extrait de notre vie passée. » Et montrant, d’après son expérience de cœur et son idéal, le dernier bonheur de deux époux Qui s’aiment jusqu’au bout malgré l’effort des ans, elle nous trace l’image et nous livre le secret de sa propre destinée ; il faut lire toute cette page vraiment charmante : Deux époux attachés l’un à l’autre marquent les époques de leur longue vie par des gages de vertus et d’affections mutuelles ; ils se fortifient du temps passé, et s’en font un rempart contre les attaques du temps présent. […] Entrée dans la société de Paris avec le ferme propos d’être femme d’esprit et en rapport avec les beaux esprits, elle a su préserver sa conscience morale, protester contre les fausses doctrines qui la débordaient de toutes parts, prêcher d’exemple, se retirer dans les devoirs au sein du grand monde, et, en compensation de quelques idées trop subtiles et de quelques locutions affectées, laisser après elle des monuments de bienfaisance, une mémoire sans tache, et même quelques pages éloquentes. […] Dans le volume intitulé Lettres diverses recueillies en Suisse par le comte Fédor Golowkin (Genève, 1821), on peut lire, à partir de la page 232, cette suite de lettres de Mme Necker adressées à Mme de Brenles.

394. (1889) Écrivains francisés. Dickens, Heine, Tourguénef, Poe, Dostoïewski, Tolstoï « Henri Heine »

Telle page des Reisebilder peut être comparée exactement à une page des nouvelles de Musset (car la prose allemande reste, malgré tous les maniements, poétique et un peu chantante) ; tel des Fragments anglais rappelle de près la passage délicieux où Théophile Gautier commente le Comme il vous plaira de Shakespeare. […] dit-il dans le Nouveau printemps ; et en effet, à chaque page de Heine, ce sont des jeunes filles que l’on rencontre, rieuses ou méchantes, pudiques ou perverses, aimantes ou aimées. […] La courte haleine des pages, l’incapacité à déduira longuement un récit, une idée, un poème, à composer logiquement un ouvrage en résulte. […] Jusque dans cette épreuve finale qui vide et retourne l’homme du dedans, l’approche de la mort, il fut aussi amer et aussi spirituel, aussi prêt à mêler les choses tragiques et badines, que dans ses plus merveilleuses pages d’humour.

395. (1861) Les œuvres et les hommes. Les historiens politiques et littéraires. II. « X. M. Nettement » pp. 239-265

On pleure sur la page blanche que laissent les ducs de Bourgogne derrière eux… Mais les époques qui promettaient beaucoup et qui n’ont pas tenu leurs promesses, ces époques de commencements splendides et d’avortements inattendus, ne laissent pas, elles, de blancs dans le livre des siècles. […] Les pages virulentes que M.  […] Charles Rémusat, le philosophe, compte vingt pages d’éloges à outrance, nous ne disons pas à tout prix ? […] Il est vrai que l’auteur de l’Histoire de la Littérature a contre nous pour appuyer son opinion (Voir page 243, 2e volume) l’opinion de son domestique, un fier juge, le Lavater des laquais ! […] On voit qu’il a pris l’ordre longtemps chez M. de Chateaubriand ; mais il tempère la manière du maître par la sienne, et de ce mélange il résulte je ne sais quelle phraséologie solennelle et verbeuse qui se remue mal, s’étale, s’affaisse et devient, au bout d’un certain nombre de pages, un modèle de style accroupi.

396. (1874) Premiers lundis. Tome II « Revue littéraire »

Trois nobles jouvenceaux les aimèrent : Jeune Amaury de haut lignage De Loïse est enamouré ; C’était bien le plus mignon page Qu’en Bourgogne on eût admiré. […] Aussi bientôt notre beau page Que suit, triste, son lévrier, Quitte ces lieux où l’on outrage Amour et foi de chevalier.

397. (1903) Le mouvement poétique français de 1867 à 1900. [2] Dictionnaire « Dictionnaire bibliographique et critique des principaux poètes français du XIXe siècle — L — Laforgue, Jules (1860-1887) »

» Eh bien, je vous affirme qu’à l’endroit où elle se trouve, cette petite phrase des faubourgs de la vie est plus conforme à je ne sais quel sourire auguste de notre âme que la page la plus éloquente sur la beauté des soirs… Un poète n’est jugé justement que par ceux qui l’entourent et par ceux qui le suivent. […] Remy de Gourmont De ses vers, beaucoup sont comme roussis par une glaciale affectation de naïveté, parler d’enfant trop chéri, de petite fille trop écoutée, — mais digne aussi d’un vrai besoin d’affection et d’une pure douceur de cœur, — adolescent de génie qui eut voulu encore poser sur les genoux de sa mère son « front équatorial, serre d’anomalies » ; mais beaucoup ont la beauté des topazes flambées, la mélancolie des opales, la fraîcheur des pierres de lune, et telles pages… ont la grâce triste, mais tout de même consolante, des aveux éternels.

398. (1903) Le mouvement poétique français de 1867 à 1900. [2] Dictionnaire « Dictionnaire bibliographique et critique des principaux poètes français du XIXe siècle — R — Rodenbach, Georges (1855-1898) »

Et cependant, à chaque page, M.  […] Sa fin prématurée, d’ailleurs, vient, témoigner pour lui-même, et aujourd’hui je puis penser qu’après tout j’ai pu mal le comprendre… Toute l’œuvre de Rodenbach atteste sa préoccupation de mourir jeune et la crainte de ne rien laisser de sa vie et de ses émotions. « Seigneur, s’écriait-il déjà aux pages de la Jeunesse blanche, donnez-moi cet espoir de revivre Dans la mélancolique éternité du livre. » [Mercure de France (1898).]

399. (1781) Les trois siecles de la littérature françoise, ou tableau de l’esprit de nos écrivains depuis François I, jusqu’en 1781. Tome II « Les trois siècles de la littérature françoise. — C — article » pp. 23-32

Dans les Eloges de Fontenelle, tous les genres de savoir se réunissent, & sont traités d’une maniere [Omission] « également mis sur les rangs pour m’injurier ; & c’est dans une Lettre théologique de près de cent pages d’impression, qu’il m’a lâché sa bordée. […] Pluche, qui, selon lui, n’étoit pas en état de comprendre une page de Locke ; M. l’Abbé Bergier, qu’il appelle un calomniateur, &c. le tout, parce que ceux-ci ont respecté ou défendu la Religion.

400. (1896) Journal des Goncourt. Tome IX (1892-1895 et index général) « Année 1894 » pp. 185-293

Larroumet, vient me voir, et me conte ceci : il avait publié un gros livre sur Marivaux, et se présentait, je crois, à un examen de doctorat, quand son examinateur lui dit : — Comment, monsieur, un livre de 600 pages sur un auteur de second ordre ? — Croyez-vous, monsieur, lui aurait-il répondu, que si ces 600 pages avaient été consacrées à Crébillon père, mon livre vaudrait mieux ? […] de la main gauche, il dessine avec sa facilité passée, sur la lecture qu’on lui fait d’un chapitre, d’une page. […] Un tragique document de l’instabilité des choses humaines, que le journal d’aujourd’hui, donnant trois pages sur le menu du déjeuner au vol-au-vent Borgia et sur l’apothéose de la journée de l’homme, dont la quatrième page annonce la mort « à minuit 45 minutes ». […] Ainsi les volumes de Daudet, de Zola ; ainsi le volume de Renan : Souvenirs d’enfance ; ainsi le volume de Madame Bovary, renfermant une page du pénible manuscrit, toute biffée, toute raturée, toute surchargée de renvois : page donnée par Mme Commanville ; ainsi le Mariage de Loti, contenant la page manuscrite de la dernière lettre de la désolée Rarahu ; ainsi l’édition des Diaboliques, de Barbey d’Aurevilly, illustrée d’une page de sa mâle écriture en encre rouge, au bas de laquelle il a jeté une flèche, encore tout imprégnée de poudre d’or, — et au milieu de tous ces imprimés, dévoilant un petit morceau de l’écriture des auteurs, le livre de Ma jeunesse, de Michelet, contenant, à défaut d’une page du manuscrit, un devoir du temps de son adolescence, sur Marius, en marge duquel, le grand historien a écrit : « M. 

401. (1912) Chateaubriand pp. 1-344

» etc… Mais il n’a le temps de répondre qu’aux deux premières questions, — en six cent quatre-vingts pages, il est vrai. […] Ici, une page révélatrice. […] Mais il reprend (nous sommes en 1799) le manuscrit de 2.383 pages in-folio (paraît-il) qu’il avait rapporté d’Amérique. […] Apparemment c’est à elle que furent lues d’abord, à mesure qu’elles étaient écrites, les pages du texte définitif. […] Il n’est pas sûr que ces pages aient profité tant que cela à la cause royale.

402. (1928) Les droits de l’écrivain dans la société contemporaine

Pendant plusieurs pages, il ne tarissait pas d’éloges chaleureux à leur égard. […] Valery Larbaud, à propos d’un catalogue de marchand, où des phrases, des pages entières, sont imprimées à titre d’échantillons. […] Voir plus loin, page 55, la note 1 et l’Appendice. […] Voir les mots de Paul Valéry et de Valery Larbaud, respectivement à la page 65 et à la page 72 de l’Appendice. […] Voir, par exemple, Le Figaro littéraire des 3, 10 et 17 décembre 1927 : « Une page inédite et une page retrouvée de Maurice Barrès », « Le dernier projet littéraire de Maurice Barrès (d’après des documents inédits) ».

403. (1899) Musiciens et philosophes pp. 3-371

Dans ces pages comme dans bien des pages de Wagner, l’impression physique produite par la répétition obstinée d’un même motif rythmique est pour une part considérable dans l’impression esthétique. […] La phrase l’emporte sur la page et en obscurcit le sens, la page devient vivante aux dépens du tout, le tout n’est plus un tout… La vie, la vibration et l’exubérance de la vie sont refoulées dans les plus petits organes, le reste est pauvre de vie. […] Il lui consacre, dans Par-delà le Bien et le Mal, une page qui contient plus d’une observation vraiment pénétrante. […] D’une page à l’autre il se détruit. […] Elles restent ses meilleures pages.

404. (1825) Racine et Shaskpeare, n° II pp. -103

Page 14 du Manifeste. […] Page 20 du Manifeste. […] Page 5 du Discours de M.  […] Page 7 du Manifeste. […] Pages 2 et 3 du Manifeste.

405. (1870) Portraits contemporains. Tome II (4e éd.) « M. BALLANCHE. » pp. 1-51

Vers l’âge de vingt ans, il écrivit ces pages du Sentiment qui furent publiées en 1801. […] Le livre du Sentiment atteste à chaque page cette indécision d’un talent qui s’essaye, ce naïf empressement de l’âme vers tout rayon qui la colore. […] Toutefois, indépendamment des accents de vive sensibilité qui recommandent certaines pages, il convient de remarquer, comme un délinéament d’avenir, l’opinion que le jeune auteur exprimait au sujet des chartres, ainsi qu’on disait alors. […] Dans tout autre résumé, même dans les pages si nettement lucides de M. […] Il s’écrie dans la préface des Tristes (1803) : « Lisez les belles pages de Gleïzès et de Ballanche, et ne dédaignez pas une ébauche de Michel-Ange parce que ce n’est qu’une ébauche, etc. » — Plus tard Nodier fit des articles sur Antigone (voir au tome Ier de ses Mélanges de Littérature et de Critique, page 267).

406. (1861) Cours familier de littérature. XI « LXIVe entretien. Cicéron (3e partie) » pp. 257-336

Jamais les défauts de l’éducation première n’ont été plus vigoureusement signalés que dans ces pages. […] Cette apostrophe rappelle les pages les plus lyriques des philosophes modernes ; Rousseau y a puisé certainement ses mouvements d’âme qui chantent au lieu de parler. […] Les pages qu’il consacre à énumérer les preuves d’ordre, de plan, d’intelligence, de surveillance dans la nature sont les plus éloquentes de toute son éloquence. […] Mais Cicéron, à la dernière page, distingue, en législateur et en sage, ce qui touche à la piété de ce qui touche à la superstition ; cette page mérite d’être conservée. […] Son aversion, trop justifiée dans sa personne, contre le gouvernement populaire éclate à toutes les pages.

407. (1888) Revue wagnérienne. Tome III « VI »

Wilder comme une page de Flaubert ou mieux de M.  […] Donc Siegfried achevé ; des pages purement musicales à côté des pages combinées de disparates éléments en vue d’un drame anecdotique. Remémorons les premiers actes ; le premier acte en majeure partie musical (l’éclosion d’une adolescence, les rappels d’anciennes émotions), avec les addendas de faits positifs et de secrets de forge dévoilés ; le second acte très incertain, incessamment et au cours de chaque scène oscillant entre la symphonie et le spectacle, des efforts à tout rendre à l’orchestre et des chutes soudaines (par exemple, lorsque c’est par des mots qu’est dénouée une scène musicale), enfin la très noble magnificence de cette mort d’âme exprimée dans la mort du bon Fafner, une des stupéfiantes pages de l’œuvre de Wagner ; depuis longtemps je désirais interpréter cette scène ; qu’on me le permette. […] Jules Pasdeloup et Edouard Colonne trafiquaient avec moi d’une place en leurs salles contre les soixante-quinze centimes ou le franc que je leur offrais ; Berlioz eut mon culte, l’opéra italien mes mépris, mes invectives ; je commençais ouïr de belles pages de Wagner, et j’y applaudissais, bruyamment, comme d’autres y sifflaient. […] Il suffit de relire les premières pages du Wagner de Suarès pour s’en persuader.

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