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316. (1868) Cours familier de littérature. XXVI « CLIVe entretien. Madame de Staël. Suite »

Ma mère ! […] Il faut donner la meilleure place à ma mère ; mon frère doit être près d’elle. […] Là, ma mère est assise sur un rocher, et sa vieille tête est branlante. […] Ce jeune homme que nous avons connu après la mort de sa mère, aspirait à un rôle politique en France. […] Elle aima comme une mère et fut aimée comme une amante.

317. (1880) Les deux masques. Première série. I, Les antiques. Eschyle : tragédie-comédie. « Chapitre II, grandeur et décadence de Bacchus. »

Plus élevé qu’Hercule dans la hiérarchie olympienne, mais rattaché aussi à la race humaine par sa mère, Bacchus, comme le fils d’AIcmène, tient du héros autant que du dieu. […] Un miroir étrusque, d’une beauté divine, le montre amoureusement renversé, passant les bras autour du cou de sa mère, et recevant le baiser reconnaissant de l’Ombre sur sa bouche ouverte. […] Leurs dieux mariés à leurs mères engendrent d’autres dieux qui ne sont qu’eux-mêmes, reparaissant sous une autre forme. […] Ils disaient qu’il avait une mère dont il était interdit de prononcer le nom : un hymne orphique le déclarait « né de lits ineffables ». […] Quand tu étais adolescent, tu aidais ta mère dans ses opérations mystiques, tu lisais les formules pendant qu’elle initiait.

318. (1887) Journal des Goncourt. Tome II (1862-1865) « Année 1862 » pp. 3-73

Un jour, elle est venue le relancer jusque sous le toit maternel, et elle a exigé une explication, en présence de sa mère, de sa mère qui a toujours gardé au fond d’elle, comme une blessure faite à son sexe, le ressouvenir de la dureté de son fils pour sa maîtresse. « C’est le seul point noir entre ma mère et moi !  […] Elle est en grand deuil de sa mère. […] » Et la mère ajoute : « L’enfant demande-t-il quelquefois après moi ? […] Elle attendait Edmond jusqu’au matin, pour lui ouvrir la porte de l’appartement, quand il allait, en cachette de ma mère, au bal de l’Opéra… Elle était la femme, la garde-malade admirable, dont ma mère, en mourant, mit les mains dans les nôtres… Elle avait les clefs de tout, elle menait, elle faisait tout autour de nous. […] C’est la mère de la salle Saint-Joseph.

319. (1894) La bataille littéraire. Sixième série (1891-1892) pp. 1-368

Et penser qu’il y a des mères qui sont si tranquilles ! […] Elle avait pleuré, mais elle sourit en apercevant les siens, et elle embrassa sa mère. […] « N’en parle pas à ta mère, dis, chéri !  […] Il aime sa mère et sa sœur, mais qui pensent comme lui et intriguent avec lui. […] Le lendemain, j’ai été chercher ma mère à Serquigny.

320. (1908) Esquisses et souvenirs pp. 7-341

Elles étaient polonaises, la mère et la fille. […] mère, — soupire Aréti, — pour moi tout est fini. […] Est-ce la mère de ma fiancée ? […] — Mère, ou est mon épouse ? […] L’un vante sa mère, l’autre sa sœur, l’autre sa femme.

321. (1817) Cours analytique de littérature générale. Tome I pp. 5-537

Ces cinq auteurs ont traité diversement la vengeance d’Électre, et l’Oreste, meurtrier de sa mère. […] De même, la mort de Polyxène précède, dans la tragédie d’Hécube, la vengeance de cette mère sur le perfide Polymnestor, meurtrier de son dernier fils Polydore, que lui avait confié sa tendresse. […] Tous deux en citent l’exemple du meurtre de Laïus, ignoré vingt ans après sa mort, par Œdipe qui en fut l’auteur, et qui, de parricide, devient encore mari incestueux de sa mère. […] Déjà n’étant plus fils du roi de Corinthe, ainsi qu’il croyait l’être, ce n’est plus qu’un triste orphelin qui s’ignore ; il cherche le secret de sa naissance, et ne le découvre que pour se reconnaître un exécrable parricide, un incestueux mari de sa mère, un frère de ses propres enfants ! […] Le héros prie Néoptolème de le ramener dans sa patrie, et l’ayant conjuré par les mânes de son père, par sa mère, par tout ce qu’il a de plus cher sur la terre, de ne le pas laisser seul dans les maux qu’il voit : je n’ignore pas, mon fils, combien je te serai à charge ; mais il y aurait de la honte à m’abandonner.

322. (1887) Discours et conférences « Discours prononcé à Tréguier »

Presque tous ceux qui ont entouré mon enfance ont disparu : ma mère, à qui je dois le fond de ma nature, qui est la gaieté ; ma sœur, si pure, si dévouée, ne sont plus aux lieux où je les ai vues autrefois vivre et m’aimer. […] Sur le bord de ces abîmes, un sourire de la nature ou d’une femme nous sauverait… Ma mère, mourant à quatre-vingt-sept ans, après une maladie longue et terrible, plaisantait encore une heure avant de mourir.

323. (1862) Portraits littéraires. Tome I (nouv. éd.) « Quelques documents inédits sur André Chénier »

Voici quelques notes qui se rapportent au projet du premier chant et le caractérisent : « Il faut magnifiquement représenter la terre sous l’emblème métaphorique d’un grand animal qui vit, se meut et est sujet à des changements, des révolutions, des fièvres, des dérangements dans la circulation de son sang. » « Il faut finir le chant Ier par une magnifique description de toutes les espèces animales et végétales naissant ; et, au printemps, la terre prœgnans ; et, dans les chaleurs de l’été, toutes les espèces animales et végétales se livrant aux feux de l’amour et transmettant à leur postérité les semences de vie confiées à leurs entrailles. » Ce magnifique et fécond printemps, alors, dit-il, Que la terre est nubile et brûle d’être mère, devait être imité de celui de Virgile au livre II des Géorgiques : Tum Pater omnipotens, etc., etc., quand Jupiter De sa puissante épouse emplit les vastes flancs. […] Une mère longtemps se cache ses alarmes ; Elle-même à son fils veut attacher ses armes : Mais quand il faut partir, ses bras, ses faibles bras Ne peuvent sans terreur l’envoyer aux combats. […] Mais voici quelques projets plus esquissés sur lesquels nous l’entendrons lui-même : « Il ne sera pas impossible de parler quelque part de ces mendiants charlatans qui demandaient pour la Mère des Dieux, et aussi de ceux qui, à Rhodes, mendiaient pour la corneille et pour l’hirondelle ; et traduire les deux jolies chansons qu’ils disaient en demandant cette aumône et qu’Athénée a conservées. » Il était si en quête de ces gracieuses chansons, de ces noëls de l’antiquité, qu’il en allait chercher d’analogues jusque dans la poésie chinoise, à peine connue de son temps ; il regrette qu’un missionnaire habile n’ait pas traduit en entier le Chi-King, le livre des vers, ou du moins ce qui en reste. […] Une note qu’il me communique m’apprend quelques particularités de plus sur la mère des Chénier, cette spirituelle et belle Grecque, qui marqua à jamais aux mers de Byzance l’étoile d’André. […] Quand il n’a l’air que de traduire un morceau d’Euripide sur Médée : Au sang de ses enfants, de vengeance égarée, Une mère plongea sa main dénaturée, etc.

324. (1883) Souvenirs d’enfance et de jeunesse « Chapitre I. Le broyeur de lin  (1876) »

À la mort de mon père, ma mère me conduisit à sa chapelle et le constitua mon tuteur. […] J’en eus la clef il y a huit ans, quand ma mère, arrivée à quatre-vingt-cinq ans sans infirmités, fut atteinte d’une maladie cruelle, qui la mina lentement. Ma, mère était tout à fait de ce vieux monde par ses sentiments et ses souvenirs. […] C’eût été une mère excellente. […] … Être son égale, lui si savant, si près de Dieu, je n’y saurais prétendre ; être mère par lui, oh !

325. (1889) Le théâtre contemporain. Émile Augier, Alexandre Dumas fils « Émile Augier — CHAPITRE VI »

C’est Cendrillon vieille et mère, mais transfigurée, elle aussi, et rayonnante, par moments, de beauté morale. […] Tandis que la mère se réjouit, le père combine et calcule. […] Tandis que sa pauvre mère l’embrasse, en pleurant de joie et d’orgueil, maître Guérin l’accueille avec une rudesse goguenarde où perce une pointe d’ironie. […] Cependant, au nom d’Aline, André, qui craint pour sa sœur, arrache la lettre à la fille… Elle est écrite par sa mère ! […] La mère imprudente, mais non coupable, est absoute par une autre lettre que M. 

326. (1913) La Fontaine « VI. Ses petits poèmes  son théâtre. »

De lui vient la lumière, La chaleur, qui descend au sein de notre mère, Les simples, leur emploi, la musique, les vers, Et l’or, si c’est un bien que l’or pour l’univers. […] Agathe est précisément la mère de cet affreux tuteur, et elle n’est pas du tout dans les idées de son fils ; elle le sermonne de tout son cœur sur sa jalousie, surtout sur la stupidité de sa jalousie. […] Harpajême (c’est le nom du tuteur) se vante devant sa mère de la sûreté de ses précautions et de l’infaillibilité de sa méthode de jaloux. […] ma mère, voilà la perle des servantes, dit-il en parlant d’une servante qui le trompe et dans laquelle il a la plus parfaite confiance. […] avec ses soins, ma mère, et ces clefs-là, La garde d’une femme est-elle si terrible, Et croyez-vous encor cette chose impossible ?

327. (1870) Causeries du lundi. Tome XI (3e éd.) « La princesse Mathilde » pp. 389-400

À quinze ans, ayant perdu sa mère, elle fut envoyée à la cour de Wurtemberg, où on l’accueillit avec la plus tendre affection ; elle y contracta particulièrement avec sa cousine germaine, qui est aujourd’hui la reine des Pays-Bas, une amitié de sœur. […] Proche cousine ou nièce, par sa mère, de l’empereur Nicolas, dont la mère était également une princesse de Wurtemberg, elle se trouva avoir ainsi contracté un lien de plus, mais un lien de sujétion, envers le puissant tzar.

328. (1875) Premiers lundis. Tome III « Nicolas Gogol : Nouvelles russes, traduites par M. Louis Viardot. »

La façon dont Tarass accueille ses fils, dont il les houspille et les raille, dont il force presque l’aîné à faire, pour premier bonjour, le coup de poing avec lui, nous transporte aussitôt dans ce monde de sauvagerie et de rudesse ; la mère silencieuse, émue et navrée, qui ose jouir à peine du retour de ses fils, est touchée avec un sentiment profond et délicat : on assiste à la misérable condition de la femme en ces mœurs et en ces âges barbares. […] tous mes charmants petits et leur mère… » Le premier mouvement de Tarass rappelle celui-là. […] Il n’aurait pas voulu entendre les sanglots et la désolation d’une faible mère, ou les cris insensés d’une épouse, s’arrachant les cheveux et meurtrissant sa blanche poitrine ; mais il aurait voulu voir un homme ferme, qui le rafraîchit par une parole sensée et le consolât à sa dernière heure.

329. (1889) Les contemporains. Études et portraits littéraires. Quatrième série « Ernest Renan, le Prêtre de Némi. »

Une mère dont l’enfant est malade lui offre de l’argent : « Garde tes offrandes… Oses-tu croire que la divinité dérange l’ordre de la nature pour des cadeaux comme ceux que tu peux lui faire ? […] dit la mère, tu ne veux pas sauver mon fils ? […] Elle voudrait bien être épouse et mère. « On ne délie personne du devoir, répond le prêtre. — Au moins, dit la jeune fille, aimez-moi un peu.

330. (1863) Histoire des origines du christianisme. Livre premier. Vie de Jésus « Chapitre IX. Les disciples de Jésus. »

A cette époque, on ne voit pas auprès de lui sa mère. […] Préoccupés d’une telle pensée, ils mirent en avant leur mère, Salomé, qui un jour prit Jésus à part et sollicita de lui les deux places d’honneur pour ses fils 462. […] La même rivalité semble poindre dans l’évangile de Jean, où l’on voit le narrateur déclarer sans cesse qu’il a été le « disciple chéri » auquel le maître en mourant a confié sa mère, et chercher systématiquement à se placer près de Simon Pierre, parfois à se mettre avant lui, dans des circonstances importantes où les évangélistes plus anciens l’avaient omis 464.

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