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1807. (1853) Histoire de la littérature dramatique. Tome II « Chapitre IV. Que la critique doit être écrite avec zèle, et par des hommes de talent » pp. 136-215

. — Cette comédie, faite tout exprès pour nous montrer un fantôme, est devenue une tragédie véritable ; le fantôme est un être réel, l’abîme existe et chacun de nous peut en sonder la profondeur. […] Ici Charlotte, plus loin Pierrot ; pour ces deux êtres, ce sont vraiment deux êtres réels, bien naïfs, bien vrais ; naïve celle-ci dans sa coquetterie, naïf celui-là dans sa rusticité villageoise.

1808. (1932) Le clavecin de Diderot

Des langues anciennes, à la maladie, à la mort, en passant par la littérature, l’art, l’inquiétude, les bars, les fumeries et les divers comptoirs d’échantillonnages sexuels, jusqu’ici, pour qui voulait faire son chemin, il s’agissait de se spécialiser c’est-à-dire, sur toute carte de visite réelle ou idéale, d’annoncer, à la suite de son nom, une virtuosité particulière. […] n. m. automatisme pur, par lequel on se propose d’exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre façon, le fonctionnement réel de la pensée.

1809. (1826) Mélanges littéraires pp. 1-457

Les drames de Shakspeare ne sont point (dans le sens d’une critique rigoureuse) des comédies ou des tragédies, mais des compositions particulières, qui peignent l’état réel de ce monde sublunaire. […] Peu d’hommes naissent avec une disposition particulière et déterminée à un seul objet, qu’on appelle talent ; bienfait de la nature, si des circonstances favorables en secondent le développement, en permettent l’emploi ; malheur réel, tourment de l’homme, si elles le contrarient. […] Les anciens disaient de certains prêtres des dieux : « Beaucoup portent le thyrse, et peu sont inspirés. » Il en est ainsi de la passion qui subjuguait Louis XIV : beaucoup l’affectent et peu la ressentent ; mais aussi, quand elle est réelle, on ne peut guère se méprendre à l’inspiration de son langage. […] S’il ne réussit pas dans les lettres, sa manie d’écrire ne l’aura privé d’aucun avantage réel, et son rang d’auteur oublié n’ajoutera rien à l’oubli naturel qui l’attendait dans une autre carrière.

1810. (1897) La vie et les livres. Quatrième série pp. 3-401

Dès la vaisselle finie, ils devaient se savonner, et jamais assez ; l’odeur du graillon persistait, non réelle, mais morale, donnant des nausées à la malade. […] D’ailleurs, elle s’acquitta de ces menues besognes avec une allègre tranquillité, où je vis toute l’aisance avec laquelle les Anglais savent passer de l’idéal au réel. […] Ils ont enveloppé d’illusions la vie réelle et l’ont rendue, par ce moyen, à peu près supportable.

1811. (1846) Études de littérature ancienne et étrangère

Quelque chose de plus estimable et peut-être de plus réel que sa gloire militaire, ce fut la justice, la douceur et le désintéressement qu’il montra dans toute son administration. […] Il réprima les larmes réelles ou feintes des sénateurs ; et il fit présenter au sénat les deux fils aînés de Germanicus, comme les héritiers désignés de l’empire. […] Ses personnages tragiques, depuis le méchant et hideux Richard III jusqu’au rêveur et fantastique Hamlet, sont des êtres réels, qui vivent dans l’imagination, et dont l’empreinte ne s’efface plus. […] Du reste, nulle vraisemblance, presque jamais l’intention de mettre la vie réelle sur la scène ; et cela, pour le dire en passant, nous explique comment un célèbre enthousiaste de Shakspeare accuse dédaigneusement notre Molière d’être prosaïque, parce qu’il est trop vrai, trop fidèle imitateur de la vie humaine ; comme si copier la nature était le plagiat d’un esprit médiocre. […] Enfin, et ce défaut paraîtra plus grave, son poème, qui n’offre que deux personnages réels, et qu’un seul événement humain, ce poème, soutenu longtemps à force de génie, tombe au dixième chant, aussitôt après la désobéissance du premier homme ; et les deux derniers livres ne sont plus qu’une déclamation fatigante, mêlée de traits admirables.

1812. (1890) La bataille littéraire. Deuxième série (1879-1882) (3e éd.) pp. 1-303

Au temps de Ham, par correspondance, écriture et rédaction d’un jeune homme sans énergie, dominé par une vision énergique, vision conçue dès l’enfance, entretenue par un entourage dont il subissait la pression avec une lassitude résignée ; point d’instruction réelle, beaucoup d’intelligence, les rudiments et même les éclairs d’un génie plutôt littéraire que philosophique et plutôt philosophique que politique. […] Il eut, comme homme privé, des qualités réelles. […] C’est donc réel ? […] Les scènes militaires, son histoire du Faucon noir du pic de Ténériffe, ses toasts en imitation de langues étrangères, ne sont-elles pas des scènes aussi réelles que celles qui se jouent chaque jour devant nous dans la vie, et qui présentent en relief l’orgueil bête, la crédulité prétentieuse, la vanité solennelle, etc., etc.

1813. (1893) Études critiques sur l’histoire de la littérature française. Cinquième série

Ces sortes de questions, dont je ne méconnais pas l’intérêt, ont quelque chose de trop « scolastique », au vrai sens, au sens étymologique du mot, et je veux dire par là qu’en dehors de l’école ni l’intérêt n’en est compris, ni peut-être n’en est réel. […] Ici encore, la lacune est plus apparente que réelle, et la critique a pris le change ; — ou peut-être a-t-elle voulu nous le donner. […] Et, pour le secrétaire perpétuel de l’Académie, je doute qu’aucun de ses successeurs ait rendu de plus grands services, de plus réels ou de plus durables, si c’est bien grâce à lui que deux idées sont entrées dans la science pour n’en plus sortir : l’une, qui l’a fondée, c’est l’idée de la Stabilité des lois de la nature ; et l’autre qui l’a comme égalée aux proportions de l’immensité de l’univers : c’est l’idée de la Solidarité des sciences.

1814. (1896) La vie et les livres. Troisième série pp. 1-336

Involontairement, on songeait à ces retraites enchantées où la magicienne Circé entraînait le divin Ulysse, afin de lui faire oublier la misère du monde réel. […] L’autre consiste à réagir contre les vices de ce milieu, à se rebeller contre la tyrannie de ce qui est laid, bête et méchant, à introduire dans le réel, tous les jours, un peu d’harmonie, de justice, de charité. […] Et Dieu sait que nous aurions pourtant besoin, pour reprendre goût à la vie réelle, d’un coup d’aile et d’un joyeux essor vers les étoiles.

1815. (1870) Portraits contemporains. Tome IV (4e éd.) « LEOPARDI. » pp. 363-422

Bothe, en faisant connaître à l’Allemagne les Dits mémorables d’Ottonieri, les avait pris d’abord pour une biographie réelle d’un personnage de ce nom, et ne s’était pas aperçu que l’auteur, en établissant son Ottonieri à Nubiana, dans la province de Valdivento, entre d’emblée dans la géographie d’Utopie, de Barataria et de l’île des Lanternes.

1816. (1862) Portraits littéraires. Tome II (nouv. éd.) « Gabriel Naudé »

La portée réelle de son esprit est restée douteuse au milieu de cette immensité de savoir et de cette longanimité d’indifférence.

1817. (1864) Portraits littéraires. Tome III (nouv. éd.) « Le Chevalier de Méré ou De l’honnête homme au dix-septième siècle. »

L’honnête homme alors n’était pas seulement, en effet, celui qui savait les agréments et les bienséances, mais il y entrait aussi un fonds de mérite sérieux, d’honnêteté réelle qui, sans être la grosse probité bourgeoise toute pure, avait pourtant sa part essentielle jusque sous l’agrément ; le tout était de bien prendre ses mesures et de combiner les doses ; les vrais honnêtes gens n’y manquaient pas.

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