Bien que Maupassant ne fût pas un philosophe de profession (ses préfaces prouvent, en effet, qu’il était peu apte à manier les idées générales), bien qu’il fût mal informé sur le passé de l’humanité (ses digressions historiques, heureusement rares, et sa dissertation sur la Vénus callipyge décrite par Athénée le montrent suffisamment), il a respiré un air saturé de philosophie et de science ; il est venu au monde juste au moment où s’éloignaient la plupart des rêves et des mirages qui, jusqu’alors, avaient embelli la vie humaine ; il a subi l’oppression de tant d’expériences faites, de tant de notions acquises, d’un si prodigieux labeur, aboutissant à l’éclipse de l’idéal et à l’obsession tyrannique du réel. […] Les uns s’en réjouissent parce qu’ils espèrent bien que son style sera gâté par l’audition obligatoire de la phraséologie parlementaire ; les autres s’en félicitent, estimant avec raison que le contact de la vie réelle, fatal aux écoliers qui serinent des locutions toutes faites, réveille au contraire et fortifie les grands talents. […] Et, respirant un air nouveau, nous vîmes se dérouler devant nous une immense étendue de terres vierges, des plaines et des plaines, des champs illimités, de pauvres villages épars, « un horizon sans bornes qui appelle à lui » ; et, sous le ciel rude, un peuple d’âmes longuement résignées, accoutumées aux misères et aux servitudes, mais habituées à se consoler du réel par la familiarité de l’invisible, et capables, à l’heure où les cloches tintent et où les étoiles s’allument dans la nuit froide, d’apercevoir, au-delà des tristesses de l’hiver ingrat, le mirage d’un printemps éternel… Nous entendîmes distinctement des voix que, jusqu’alors, nous n’avions pas écoutées ; elles parlaient de choses divines, que les Français avaient jadis aimées, et auxquelles nous ne songions plus : de l’éminente dignité des pauvres, du petit nombre des heureux, de la justice et de la charité.
On n’avait pas tort d’apercevoir cette harmonie, surprenante et réelle, et qui prouvait que, dès avant ce jour, écrivant de Racine, Lemaître l’imaginait avec une merveilleuse justesse et déjà le plaçait dans la vérité de ses entours. […] « L’art de faire vivre ensemble des hommes réels, à une heure déterminée de l’histoire et dans un espace déterminé de la planète. » Un art, et difficile ! […] La femme qu’il a aimée, et qui ne pouvait pas être à lui, meurt et, pour lui, continue de vivre, incarnée en un souvenir plus réel que la fausse réalité au milieu de laquelle vous croyez vivre.
Mais la plus réelle de ces convenances se trouve dans le talent même de l’auteur : M.
Dans un écrit intitulé Souvenirs au sortir de prison 86, La Fayette récapitule et rassemble ses propres sentiments mûris, ses jugements des hommes au moment de la délivrance, et la situation sociale tout entière : c’est une pièce historique bien ferme et de la plus réelle valeur.
Il arriva que, faute d’avoir bien tenu ses livres, elle reçut, dans la journée du dimanche, la visite de quatre messieurs, qui lui firent remettre leur carte, où leur nom réel avait été remplacé par celui du quatrième jour de la semaine. […] Est-ce lassitude réelle et besoin de changement ?
Mais parce que n’acceptant de loi que sa fantaisie, et poussé à l’exagération par haine du réel et de l’utilitaire il ne pouvait être que bizarrerie, étrangeté.
Lanfranc, premier archevêque normand de Cantorbéry, logicien subtil, discuta habilement sur la présence réelle ; saint Anselme, son successeur, le premier penseur du siècle, crut découvrir une nouvelle preuve de l’existence de Dieu, et tenta de rendre la religion philosophique en faisant de la raison le chemin de la foi ; certainement l’idée était grande, surtout au douzième siècle, et on ne pouvait aller plus vite en besogne.
Le désordre, l’action violente et brusque, les crudités, l’horreur, la profondeur, la vérité, l’imitation exacte du réel et l’élan effréné des passions folles, tous les traits de Shakspeare se conviennent.
Et voici des vers que, par jeu, le poète voulut bien écrire à notre intention pour cette enquête : Toute l’âme résumée Quand lente nous l’expirons Dans plusieurs ronds de fumée Abolis en autres ronds Atteste quelque cigare Brûlant savamment pour peu Que la cendre se sépare De son clair baiser de feu Ainsi le chœur des romances À ta lèvre vole-t-il Exclus-en si tu commences Le réel parce que vil Le sens trop précis rature Ta vague littérature Qu’on ne s’étonne pas si nulle ponctuation ne précise ces vers — banvillesquement rimés — : ce fut par expresse volonté du poète qui exprime ainsi le « flou du flou ».
C’est une perte réelle pour le public, qu’il n’ait pas été possible de lire, après sa mort, son manuscrit, & de mettre au jour des pièces d’une éloquence rapide & sublime. […] Il est saisi de douleur, en voyant sa gloire poëtique, cette consolation imaginaire dans des malheurs trop réels, attaquée de tous côtés.