Dès l’âge de cinq ans, l’enfant eut un instituteur particulier, qui, deux fois par jour, après son travail, le conduisait dans le cabinet de son grand-père de Motz. […] je parlerai… » Et il raconte l’anecdote de l’étranger qu’il conduit à travers les appartements du palais et qui, arrivé dans le cabinet du roi, dit : « Je ne vois point le lit du roi. » — « Monsieur, lui répondis-je, nous ne savons ce que c’est que le lit du roi ; mais si vous voulez voir celui du mari de la reine, passons dans l’appartement de Ferdinande… » Il loue la religion du roi, il le loue de faire disparaître l’ignorance : l’enthousiasme, alors de rigueur, pour l’agriculture, pour les lumières, circule au milieu de ce culte de la religion conservé. […] Il n’y eut qu’un cri en Savoie contre cette manipulation ecclésiastique ; mais vos électeurs eurent beau protester, on ne les écouta pas, et le jour qu’ils s’assemblèrent pour l’élection de ce drôle d’évêque qui nous a tant fait rire avant de nous faire pleurer, un des représentants du peuple dit expressément que, si les électeurs raisonnaient, on ferait conduire deux pièces de canon à la porte de la cathédrale : voilà comment on fut libre. […] M. de Maistre fut conduit à son livre du Pape par sa force logique. […] Et ailleurs, dans une lettre de source encore plus intime, on lit ces détails qui conduisent de plus en plus près et jusqu’à la fin : « Nous osions cependant nous livrer quelquefois à l’espérance, parce que ses facultés morales n’avaient jamais été si vives ni si prodigieuses ; pendant cinquante jours qu’a duré sa maladie, il n’a cessé de s’occuper des affaires de sa charge, de ses affaires domestiques, de la littérature et de la politique ; il nous a dicté plus de cinquante lettres, et trouvait un grand plaisir dans les lectures continuelles que nous lui faisions.
Bref, l’application rigoureuse du principe de finalité, comme celle du principe de causalité mécanique, conduit à la conclusion que « tout est donné ». […] Se conduire par caprice consiste à osciller mécaniquement entre deux ou plusieurs partis tout faits et à se fixer pourtant enfin sur l’un d’eux : ce n’est pas avoir mûri une situation intérieure, ce n’est pas avoir évolué ; c’est, si paradoxale que cette assertion puisse paraître, avoir plié la volonté à imiter le mécanisme de l’intelligence. […] Personne ne le soutiendra, et le darwiniste lui-même se bornera sans doute à dire que des effets identiques peuvent sortir de causes différentes, que plus d’un chemin conduit au même endroit. […] On sait comment Weismann a été conduit, par son hypothèse de la continuité du plasma germinatif, à considérer les cellules germinales, — ovules et spermatozoïdes, — comme à peu près indépendantes des cellules somatiques. […] Il faut donc dépasser l’un et l’autre points de vue, celui du mécanisme et celui du finalisme, lesquels ne sont, au fond, que des points de vue où l’esprit humain a été conduit par le spectacle du travail de l’homme.
Mais en les abandonnant il n’a pas seulement jalonné la route qui le conduisait à la philosophie, il a créé cette route. […] Le langage d’ailleurs nous y conduit. […] Nul ne s’apercevait, devant une masse délicatement allégée, et d’apparence si simple, d’être conduit à une sorte de bonheur par des courbures insensibles, par des inflexions infimes et toutes puissantes ; et par ces profondes combinaisons du régulier et de l’irrégulier qu’il avait introduites et cachées, et rendues aussi impérieuses qu’elles étaient indéfinissables ; elles faisaient le mouvant spectateur, docile à leur présence invisible, passer de vision à vision, et de grands silences au murmure du plaisir, à mesure qu’il s’avançait, se reculait, se rapprochait encore, et qu’il errait dans le rayon de l’œuvre, mû par elle-même, et le jouet de la seule admiration. […] Ce que Mallarmé demandait à la musique, ce que Valéry, s’il persévérait dans cette direction, demanderait à l’architecture, c’est de conduire la pensée plus près de ces racines, vers des Mères. […] Autant son poème réalise un carmen vinctum , autant le dialogue conduit sa prose à une liquidité extrême de carmen solutum.
Nous ne savons si le peintre des Pyrénées, Ramond, a fait une description plus fidèle ; il n’en a pas rencontré assurément de plus transparente et de plus limpide : « Tandis que je gravissais, dit le voyageur, par une ma tinée très-froide, le sentier escarpé qui conduit à Saint-Savin, un brouillard épais remplissait l’atmosphère. […] Les témoins plus ou moins victimes de la révolution n’ont jamais consenti à y reconnaître cette marche régulière jusque dans le sang, cet ordre dans le désordre ; ils ne se sont jamais laissé conduire par l’historien, si engageant qu’il fût, à ce point de vue distant où la perspective se dégage, où souvent elle se crée aussi. […] Vingt héros, divers de caractère et de talent, pareils seulement par l’âge et le courage, conduisaient ses soldats à la victoire : Hoche, Kléber, Desaix, Moreau, Joubert, Masséna, Bonaparte, et une foule d’autres, s’avançaient ensemble.
En voici un encore vers lequel le hasard nous a conduit, et auquel une connaissance suivie nous a attaché. […] Je continue d’y glaner. — Une rencontre par un temps de pluie, au retour d’une promenade, conduit Meyer et son ami le comte Max à faire compagnie à Mlle de La Prise, qui, arrivée devant sa maison, les invite à entrer. […] Ce qu’il y a de plus clair à conclure, c’est qu’entre ce Mari sentimental de M. de Constant et cette Femme sentimentale de Mme de Charrière, l’idéal du mariage est très-compromis ; ce double aspect des deux romans en vis-à-vis conduit à un résultat assez triste, mais curieux pour les observateurs de la nature humaine.
De la pensée première à la conclusion finale, il conduit le lecteur par une pente continue et uniforme. […] » Lui, l’intraitable jaloux, il se trouve peu à peu conduit à offrir sa femme. […] Nous sommes comme des apprentis naturalistes, gens paisibles et bornés qui, voulant se représenter un animal, voient le nom et l’étiquette de son casier apparaître devant leur mémoire avec quelque indistincte image de son poil et de sa physionomie, mais dont l’esprit s’arrête là ; si par hasard ils veulent compléter leur connaissance, ils conduisent leur souvenir, au moyen de classifications régulières, à travers les principaux caractères de la bête, et lentement, discursivement, pièce à pièce, ils finissent par s’en remettre la froide anatomie devant les yeux.
Il me mit aussitôt de l’or et de l’argent entre les mains, et, quand la journée fut finie, il me conduisit à sa maison, où il vivait honnêtement avec une femme fort belle et ses enfants. […] Tiens, dis-je au Tasse, c’est Dieu qui nous a conduits à cette porte qui mène à Rome ! […] Laisse-toi conduire, et ne perds pas l’espérance en sa divine bonté.
Pendant qu’il me donnait ces hauts enseignements, nous avancions sur la route sablée qui conduit au jardin. […] Goethe me conduisit ensuite dans l’intérieur de la maison, que, l’été précédent, j’avais oublié de visiter. […] Elle monta l’escalier noir devant moi, me tenant par la main pour me conduire.
Connal, et toi, vénérable Carril, conduisez les tristes enfants d’Erin, et, quand le combat sera fini, revenez chercher nos corps gisants dans ce défilé, car nous resterons près de ce chêne, au milieu de la mêlée… Moran au pied léger, vole sur la bruyère de Lena, dis à Fingal qu’Erin est tombé dans l’esclavage, et presse-le de hâter ses pas. » « Le matin commence à blanchir la cime du Cromla, les enfants de la mer13 montent le coteau. […] Tels que les nuages amassent les tempêtes et voilent l’azur des cieux, tels à la voix de Fingal accoururent les enfants du désert : toujours ses guerriers étaient émus de joie aux accents de sa voix ; souvent il les avait conduits au combat et ramenés chargés des dépouilles de l’ennemi. […] Ô vous, ombres des héros morts, hôtes légers des nuages, accueillez avec bonté mes guerriers terrassés, et conduisez-les dans l’asile de vos collines.
Elle fut élevée d’abord au sein d’une campagne pittoresque et sauvage : ce charmant petit lac où le vent jetait quelquefois les pommes de pins de la forêt, et où elle conduisait, en se jouant, une barque légère, ces sorbiers, amis des oiseaux, ces pyramides de sapins tout peuplés d’écureuils qui se miraient dans les ondes, ces plaintes des joncs, ces rayons de lune sur les bouleaux pâlissants, tel fut le fond de tableau à jamais cher, où se déclara son innocente et déjà passionnée rêverie. […] Ce n’était pas la petite-fille du maréchal de Münnich, sa sujette favorite, c’était une Envoyée du Ciel qu’il recevait et conduisait dans ses armées.