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924. (1881) La parole intérieure. Essai de psychologie descriptive « Chapitre VI. La parole intérieure et la pensée. — Second problème leurs différences aux points de vue de l’essence et de l’intensité »

Seul, le son cheval est relié arbitrairement, par une simple convention, au groupe dont il semble faire partie ; c’est là ce qui le distingue des autres images ; c’est par là qu’il est un signe262 ; le propre d’une convention, c’est de pouvoir être soit modifiée dans certains détails, soit abrogée et remplacée par une autre ; si nous modifions le bruit spécifique et la forme visible du cheval, ce n’est plus un cheval, c’est un autre animal, son voisin dans la classification naturelle : l’idée n’est plus la même ; si nous fusionnons le groupe principal et le groupe accessoire, le cheval devient centaure : encore une idée nouvelle ; mais l’idée ne change pas si nous convenons de remplacer le son cheval par ses abrégés populaires ou enfantins, chval, sval, sual, ou même par dada, coursier, equus, hippos ; avec les prosateurs de mon pays et de mon âge, je dis cheval, avec les enfants dada, avec les poètes français coursier, avec les auteurs latins equus, avec les auteurs grecs hippos ; c’est ainsi que des conventions différentes régissent les rapports commerciaux et judiciaires d’un état donné avec les états voisins. […] « En grec […], masculin à cause de […], et en latin up-up-a, féminin à cause de hæc avis, désignent l’oiseau qui fait entendre le son ap ap (oreilles grecques), ou up up (oreilles latines) ; ces mots sont donc des onomatopées. […] Cette théorie soulève de graves objections : un tel langage est un mauvais instrument pour la première éducation de l’esprit, et ses avantages ne peuvent être réels que pour une élite de lettrés adultes ; — quand un effort est nécessaire pour comprendre, le contre-sens est trop facile ; — dans la vie pratique, et même dans la spéculation, il importe souvent de comprendre vite et sans effort ; — et, en fait, la langue chinoise a-t-elle fait des esprits plus vivants que la langue grecque ? […] Le même phénomène, amplifié et plus saillant, se passe dans l’esprit d’un bon écolier qui, ayant fait le mot à mot d’une phrase grecque ou latine, n’est pas satisfait du sens qu’il a trouvé et recommence à chercher dans son dictionnaire. […] Si on revient au vers d’Homère en grec (histia de sphin// trikhta te kai tetrakhtha diskhisen is anemoio) : l’harmonie imitative repose sur les deux adverbes trikhtha (trois fois) et tetrakhtha (quatre fois) qui combinés avec les conjonctions de coordination te et kai, forment à la fois une progression rythmique de trois puis quatre syllabes avec une répétition du son Kht / k/t qui imite le son des voiles déchirées : trikhta te /kai tetrakhtha (en gras les accents).

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