Suite de l’histoire des gains. — § I. Histoire naturelle de l’homme.
Variétés des races humaines ; unité de l’homme. — § II. Histoire de l’individu.
Description physique et morale de l’homme. — Chasteté du pinceau de Buffon. — § III.
Histoire naturelle des animaux. — Les dégoûts de Buffon. — § IV.
Les Époques de la nature. — Le Discours sur le
style.
« de ne pas affaiblir l’état d’humiliation attaché à leur espèce94 », la France, persuadée par Buffon, y reconnaissait des hommes, et, dès la quatrième séance des états généraux, un La Rochefoucauld invitait l’assemblée à prendre en considération la liberté des noirs. Buffon, traçant un portrait du caractère moral de la race nègre, avait dit :
« Je ne puis écrire leur histoire sans m’attendrir sur leur état. Ne sont-ils pas assez malheureux d’être réduits à la servitude, d’être obligés de toujours travailler sans pouvoir jamais rien acquérir ? Faut-il encore les exécrer, les frapper et les traiter comme des animaux ? L’humanité se révolte contre ces traitements odieux que l’avidité du gain a mis en usage, et qu’elle renouvellerait peut-être tous les jours, si nos lois n’avaient pas mis un frein à la brutalité des maîtres et resserré les limites de la misère de leurs esclaves. On les force de travail, on leur épargne la nourriture même la plus commune. Ils supportent, dit-on, très aisément la faim ; pour vivre trois jours il ne leur faut que la portion d’un Européen pour un repas ; quelque peu qu’ils mangent et qu’ils dorment, ils sont toujours également forts, également durs au travail. Comment des hommes à qui il reste quelques sentiments d’humanité peuvent-ils adopter ces maximes, en faire un préjugé, et chercher à légitimer par ces raisons les excès que la soif de l’or leur fait commettre95 ? »On ôterait à Buffon le meilleur de sa gloire si l’on doutait que le grand seigneur libéral, qui porta le premier à la tribune politique de la France la question des noirs, eût lu ce sévère et énergique appel à l’humanité.
« détruit le sentiment dans l’expression », l’âme s’intéresse à la description de son enveloppe, parce que c’est elle-même qui la décrit. Toutes ces choses étaient et sont encore nouvelles. La nature avait eu ses peintres ; l’homme physique n’avait pas eu le sien. Exceptons pourtant quelques coups de pinceau de Descartes dans ce petit Traité des passions (1649), où il fait voir ce qui se passe au fond de l’homme, considéré comme corps, quand il est sous l’empire des passions. Il faudrait encore citer avec estime un traité sur la même matière, du peintre Lebrun, qui suivait les indications sommaires et si lumineuses de Descartes. Buffon n’a pas ignoré le traité de Descartes ; mais il fait autre chose. Descartes décrit, et le plus souvent imagine arbitrairement les effets physiques des passions ; Buffon décrit les attitudes qu’elles font prendre à l’homme ; il montre les mouvements de l’âme dans la pantomime du corps. Sa description de l’homme moral nous reporte au plus beau moment de la philosophie spiritualiste du dix-septième siècle. Quel tranquille défi au matérialisme qui allait rendre Helvétius si populaire ! De quelle hauteur tombe le dédain sur ces négateurs de l’âme, qui ne sont ni nommés ni même indiqués par allusion, et qui, au dépit de se voir réfutés, ont à ajouter le dépit de se voir omis ! Sur le majestueux visage de l’historien de l’homme moral, on n’aperçoit même pas le pli du sourire ironique ; il semble ignorer ce qui se dit à Paris sur la nature de l’homme. Les belles inventions de l’homme-machine ne sont pas arrivées jusqu’à sa retraite de Montbard. Mais Buffon n’en a pas fermé l’entrée à d’autres erreurs de son temps. On expliquait alors les idées par la table rase où s’impriment les images que transmettent les sens. Buffon croit que des sens plus exercés ajouteraient à nos facultés morales.
« Si les enfants, dit-il, avaient les bras hors du maillot, l’exercice prématuré du toucher leur donnerait plus d’esprit. »L’usage de laisser aux nouveau-nés les bras libres est devenu général ; en avons-nous plus de gens d’esprit ? Son premier homme, chez qui toutes les idées entrent successivement par la porte des sens, n’est pas le fils de Descartes. Dans Descartes, l’âme se révèle d’abord à elle-même, puis reconnaît Dieu, son auteur ; après quoi, regardant son enveloppe, elle la distingue de soi, mais sans l’affirmer, tant il lui est impossible d’être assurée d’une autre existence que la sienne. Dans le premier homme de Buffon, l’âme découvre tout ce qui n’est pas elle ; elle ne se découvre pas elle-même. Je ne suis point surpris qu’après cette prise de possession de l’existence par une succession de sensations délicieuses, le premier homme s’endorme voluptueusement sans rendre d’actions de grâces à personne. La théorie de l’homme intérieur double que se partagent les deux puissances souveraines de la nature humaine, le principe ou sens spirituel et le sens intérieur matériel, est de la mauvaise psychologie. Les combats dont nous sommes le théâtre sont des combats de l’âme contre elle-même. Le corps en est souvent l’occasion, il est vrai, et c’est ce qui fait dire à saint Paul :
« Qui me délivrera de ce corps de mort ? »Mais il n’y a pas un certain principe qui cède à la passion et un autre qui lui résiste ; c’est le même qui est tour à tour vainqueur et vaincu, et qui sent sa victoire par son contentement de lui-même, sa défaite par ses remords. L’homme intérieur est simple, parce qu’il n’y a qu’une conscience. Buffon s’est trompé sur le nombre et la nature des combattants ; mais il décrit en grand peintre le combat. S’agit-il de montrer ce qu’il en coûte à l’âme pour avoir cédé l’empire aux sens, il égale, par la force et la sévérité de ses tableaux, les grands moralistes du dix-septième siècle. Dirai-je même que l’impression de cette morale purement naturelle est plus forte ? On peut suspecter la morale du dix-septième siècle de nous demander le plus pour avoir le moins. Buffon n’exagère rien : ni le zèle de la prédication, ni les raffinements du spéculatif ne le passionnent et ne forcent son langage ; c’est la science qui regarde tranquillement une violation de l’ordre moral, et qui la décrit comme elle la voit. Son impartialité ajoute à l’effet. Ce que le moraliste ou le prédicateur a voilé par des scrupules d’art ou par respect pour la chaire, Buffon le montre dans sa nudité, et l’effet que ceux-ci veulent produire par la violence de leur dégoût, il le produit sans effort par la fidélité de son pinceau. Il s’en faut pourtant qu’il soit indifférent ; il a l’émotion que donne la vue du désordre à l’historien de l’ordre. C’est dans cette mesure qu’il est grand moraliste. Il n’y avait pas d’apparence que le moraliste qui a poussé le soin jaloux de la dignité de l’homme jusqu’à ôter arbitrairement aux animaux toute propriété ressemblant du plus loin à la pensée, s’interdît de parler du devoir à l’âme réintégrée par lui dans ses droits, et raffermie dans sa foi en elle-même. Ces conseils, donnés comme en passant, avec une gravité majestueuse et douce, ont une force singulière. On ne les attendait pas ; ils viennent tout à coup rappeler l’intelligence au but moral de toute science, qui est de savoir pour mieux valoir. C’est encore un trait commun à Buffon et à Descartes, qu’au milieu de spéculations qui semblent si étrangères à la science de la vie, il leur arrive par moment de jeter sur le monde moral un rapide et sûr regard. Cette science du penseur me donne confiance en celle du naturaliste.
« L’un a la colère noble, le courage magnanime, le naturel sensible ; il méprise les insultes ; il pardonne à de petits ennemis des libertés offensantes ; l’autre, trop long de corps, trop bas sur ses jambes, n’a que les caractères de la basse méchanceté et de la cruauté insatiable. »Une science plus exacte les a reconnus tous les deux également capables d’attachement et de reconnaissance. Buffon, grand seigneur, juge le cerf dans ses rapports avec les grands seigneurs, et il y voit la cause finale des chasses à courre. Son cygne, je dis le sien,
« est fier de sa noblesse et de sa beauté. »Il ôte au cygne de la nature le mérite de sa grâce, qui est de s’ignorer elle-même. J’aime pourtant mieux encore ses partialités que ses dédains. Est-ce bien un naturaliste qui a écrit ceci :
« Ces tristes oiseaux d’eau dont on ne sait que dire, et dont la multitude est accablante ? »Oserais-je dire des dégoûts de Buffon pour certains objets de son étude, que la cause principale est que Dieu y manque ? S’il avait cru avec la simplicité de cœur de Newton à un créateur, le ver de terre lui eût paru tout aussi étonnant que le lion, le plus humble oiseau d’eau que le cygne. Il n’eût pas accablé les uns de ses répugnances, ni récompensé les autres, par d’imaginaires qualités, de l’honneur de lui avoir plu. Son siècle, plus fort que sa raison, l’empêcha de voir la main qui a prodigué ces variétés infinies de structure, et qui a mis jusque dans des infusoires invisibles une parcelle de vie que les plus désarmés n’abandonnent pas sans la défendre. Cette faiblesse a coûté à Buffon le meilleur du génie du naturaliste, l’exactitude, et le même siècle qui lui cachait Dieu a le plus douté de la solidité de sa science. Cependant le plus vif de son éloquence lui vient de sa partialité. Les animaux sont pour lui, non des objets d’histoire naturelle, mais des amis ou des ennemis. De là ses descriptions passionnées, et parmi des erreurs que la science a redressées avec son aide, un sentiment de la vie, de la beauté, de la force dans les animaux, de la convenance de leur organisation à leurs besoins, de leurs mœurs à leurs destinées, qui rachète le tort du grand naturaliste en nous rendant plus sensible le Dieu dont il s’est passé. De là aussi ses vives peintures de leurs propriétés, qui sont à ses yeux comme des reflets confus du caractère de l’homme. Il les gourmande ou les loue ; singulière contradiction dans un livre qui explique l’âme des bêtes par un système d’ébranlements organiques de la mécanique animale ! L’Histoire naturelle des animaux n’a pas de plus belles pages que celles où Buffon, philosophe du dix-huitième siècle, mais non encyclopédiste, apporte sa part à l’œuvre de réforme. Discret sur les choses établies, respectant les croyances d’autrui, se contentant de conseiller aux hommes un meilleur emploi de leur santé, de leur argent et de leur vie, sévère pour les riches, parce que tous les exemples bons ou mauvais viennent d’eux, exhortant l’Europe à la paix, non pas en politique, mais en sage, il recommande à tous un genre de vie formé sur le modèle du sien, dans l’ordre, la dignité et le travail. Ces pages compensent la part de vaine parure que la science et le goût ont justement critiquée dans l’Histoire naturelle des animaux. Buffon voulait rendre la science populaire ; il y fallait un peu de mode, et par qui avoir la mode en France, si ce n’est pas les esprits frivoles ? C’est pour eux que le cygne s’étale comme s’il se croyait regardé, et que le paon fait la roue. Passons à Buffon un moyen innocent qui a réussi. Les fleurs de l’Esprit des lois s’excusent comme les enjolivements de l’Histoire naturelle des animaux ; c’était l’appât nécessaire pour attirer à leurs beautés fécondes la foule qui ne regarde qu’où il y a du spectacle, et n’écoute que ce qui fait du bruit.
« Plus j’ai pénétré dans le sein de la nature, dit Buffon, plus j’ai admiré et profondément respecté son auteur97. »C’est bien froid, et ces mots de la civilité humaine, admiré, respecté profondément, appartiennent à peine à la langue du sujet. On ne serait pas juste pourtant de n’y voir qu’une précaution contre les censures de la Sorbonne. Buffon est amené à l’idée de Dieu comme par l’impossibilité d’y échapper, en présence de tant de témoignages d’une création volontaire et intelligente. Il avait sous la plume le mot nature ; s’il écrit « l’auteur de la nature », c’est qu’à ce moment-là, l’explication des beautés de l’ordre suprême par une force aveugle et impersonnelle ne satisfait pas son esprit. De même Dieu est nommé par d’autres écrivains du dix-huitième siècle, toutes les fois que leur instinct se rend plus fort que leurs préjugés. Ils rencontraient Dieu par l’intelligence qui remontait, comme à leur insu, vers sa source ; mais leur cœur n’était pas touché. L’idée de Dieu se présente à Buffon en certains moments de clairvoyance supérieure ; mais elle disparaît avant d’être devenue un sentiment et une croyance. Encore ne s’agit-il que du Dieu souverainement puissant. Le Dieu souverainement bon n’est connu que des humbles qui le trouvent par la défiance en leurs lumières et qui le gardent par le cœur.
« Le style est l’homme même. »D’autres maximes très belles, l’admirable vers de Boileau :
la phrase célèbre de Vauvenargues :
« Les grandes pensées viennent du cœur », nous avaient indiqué d’où vient le meilleur de nos écrits ; la maxime de Buffon nous mène à la source même du style. Le style, c’est l’homme. Où il y a un homme, il y a un style. Cherchons donc l’homme en nous ; démêlons notre raison de notre humeur ; n’ayons pas la vanité de ce qui nous vient d’emprunt, mais sachons estimer ce que nous avons en propre ; tous ces conseils sont dans la maxime de Buffon.
« Quand vous avez un sujet à traiter, dit-il, n’ouvrez aucun livre, tirez tout de votre tête. »Descartes n’eût pas conseillé autre chose, ni Pascal, si ravi de trouver un homme où il croyait rencontrer un auteur. Les défauts, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas le style, ces traits saillants qu’on veut mettre partout, ces mots
« qui nous éblouissent un moment pour nous laisser ensuite dans les ténèbres, ces pensées fines, déliées, sans consistance, qui, comme la feuille du métal battu, ne prennent de l’éclat qu’en perdant de la solidité »; la peine qu’on se donne pour exprimer des choses ordinaires ou communes d’une manière singulière ou pompeuse ; les phrases arrangées, les mots détournés de leurs acceptions, les traits irréguliers, les figures discordantes ; — d’où tout cela vient-il, sinon de ce qu’on écrit hors de soi, à côté de soi, et qu’il y a un auteur au lieu d’un homme ? C’est ce qui explique qu’aux époques où fleurit cette manière d’écrire, elle ait tant d’imitateurs. Pour un écrivain qui se replie sur lui-même et s’y défend contre l’imitation, combien qui se livrent, qui abdiquent et qui, une fois sortis d’eux-mêmes, n’y rentrent jamais ! L’imitation n’est si commune que parce qu’elle est facile. Se faire un plan, attendre, avant de prendre la plume, cette plénitude qui est l’inspiration des bons écrivains, rejeter les pensées isolées, les premières vues, se défier des traits, c’est œuvre d’homme ; si le style vient de là, je comprends que pour un style il faille un homme. Dans la théorie de Buffon, les mêmes règles s’appliquent à la fois aux choses de l’esprit et aux choses de la conduite. Quand il remarque que, faute d’avoir assez réfléchi sur son sujet, un homme d’esprit se trouve embarrassé et ne sait par où commencer à écrire, le conseil n’est-il pas aussi bon pour les actions que pour les écrits ? Substituez au mot écrire le mot agir, et voilà l’explication de bien des conduites embarrassées, d’actions qui finissent mal pour avoir été commencées sans décision. Ailleurs, parlant des moyens de donner au style de la gravité, Buffon dit
: « Si l’on y joint encore de la défiance pour son premier mouvement, du mépris pour tout ce qui n’est que brillant, et une répugnance constante pour l’équivoque et la plaisanterie, le style aura de la gravité. »La maxime n’est pas moins vraie du caractère que du style. Et quand il ajoute :
« Si l’on écrit comme l’on pense (mettez : si l’on parle), si l’on est convaincu de ce qu’on veut persuader, cette bonne foi avec soi-même, qui fait la bienséance pour les autres et la vérité du style (mettez : du langage), lui fera produire tout son effet… »le précepte s’adresse-t-il aux auteurs seulement ou à tout honnête homme qui veut amener les autres à son opinion ? Cependant cette théorie du style pèche par un point. Elle ne tient pas compte de la diversité des voies de l’esprit. Quand Buffon prescrit à l’écrivain de conduire sa plume sur un premier trait, et de l’y laisser immobile et comme enchaînée, jusqu’à ce que la logique lui ait montré le trait où elle doit se porter ensuite ; puis, ce nouveau pas fait, de l’arrêter encore, et ainsi jusqu’à la fin de l’œuvre, on dirait un mathématicien enseignant l’art de résoudre un problème. Buffon semble n’avoir connu que la logique des mathématiques, si différente de la logique des lettres. Il n’a pas pensé à la liberté. Les mots sont pour lui des chiffres. Il n’est pas mauvais qu’on pousse jusque-là le soin de la propriété ; encore ne faut-il pas qu’il y paraisse, ni que dans l’homme qui écrit on sente le mathématicien qui calcule. Buffon semble nier les bonheurs du premier jet, suspecter la verve, exclure la peinture à fresque, aussi charmante dans les pages d’un livre que sur les murs d’une coupole. On avait été plus libéral au dix-septième siècle. De l’idéal de ses prédécesseurs, Buffon a gardé et consacré de nouveau les grands traits ; mais, par l’excès même de précision de ses règles, et la superstition de l’analyse, cet idéal descend par moments jusqu’au procédé. Il lui arrive aussi de prescrire, comme qualités d’obligation, ses propres faiblesses. Buffon aime le noble en homme anobli, plus jaloux de ne pas déroger que l’homme dont la noblesse est ancienne. Il affectionne le mot noble, comme Bossuet le mot grand, comme Fénelon le mot aimable. Mais le grand fait aimer le simple ; l’aimable est bien près de n’être que le simple ; le noble le cache. L’idée du noble est de celles où il peut entrer de la mode et du préjugé. Au temps de Ronsard, un style noble était un style retentissant de termes empruntés à la guerre et à la chasse. Pour Buffon, la noblesse du style, c’est son grand air à lui, c’est le travail de toute sa vie pour garder cet air et se tenir toujours droit. Je doute que le petit pavillon du jardin de Montbard où, jusqu’en ces derniers temps, le jardinier faisait sécher ses graines, ait vu le naturaliste écrire, tel qu’on l’a représenté, en manchettes et poudré, l’épée de gentilhomme au côté ; mais si on l’a dit, la faute en est à cette faiblesse de l’anobli pour le noble, nulle part plus messéante que dans des écrits dont le sujet est la nature, où il n’y a pas d’ordres privilégiés et où tout est simple. Je viens de parler du jardin de Montbard. Soit illusion, soit que l’homme imprime à sa demeure quelque chose de son tour d’esprit, on dirait que ce jardin a été fait à l’image de la théorie de Buffon. Le noble, comme on l’entendait alors, y est prodigué. Ce sont des terrasses soutenues par des murs, des escaliers pour monter et descendre noblement, plus de pierres que de gazon et de fleurs, un jardin où le maçon a eu plus à faire que l’horticulteur. Mais un site admirable et dominant, un rocher s’élançant à pic et surmonté d’une vieille tour qui s’y incruste et qui en semble le prolongement, font bientôt oublier les escaliers que le temps a disjoints, et les murs qui s’affaissent sous le poids des terrasses. L’appropriation a des défauts ; le lieu reste grandiose. Ainsi, dans le style de Buffon, parmi quelques ornements vieillis, le vrai, le grand, le noble de la nature choisie subsistent, et si l’on aperçoit quelques rides, c’est dans un monument immortel.