Gustave Rousselot
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La Critique est parfaitement à l’aise vis-à-vis de ce débutant ; car Rousselot est un
débutant. C’est un inconnu. Il y a eu, de par le monde de ce temps, un Rousselot qui
fut, je crois, économiste. Être un économiste, c’est bien pis que d’être inconnu. Est-il
sorti de là, Gustave Rousselot, le poète ? Je ne veux point le penser. Cela me serait
désagréable. Jeune, vingt-trois ans à peine, l’âge à peu près de lord Byron quand il
publia ses Heures de loisir, l’auteur du livre que voici nous le jette à
la tête comme un défi, avec des airs qu’assurément lord Byron n’avait pas quand il
débuta. Lord Byron, qui ne s’appelait point Rousselot, et qui, malgré la médiocrité
radicale de son premier recueil, devait sentir s’agiter en lui sourdement le génie qui
écrivit plus tard Childe Harold et Don Juan, aurait été
d’un ridicule à faire très justement pâmer de rire la Revue d’Edimbourg,
s’il s’était campé devant la Critique comme Rousselot se campe devant nous tous…
Je sais bien qu’on passe beaucoup de choses à l’orgueil insignifiant des poètes. Leur
orgueil même est une des formes de leur rhétorique. Mais ici, dans ce monsieur Rousselot
qui intitule ses chants des Chants de force et de jeunesse
40, il y a plus que le délire de l’enthousiasme
pour soi-même, qui est une forme bénévolement autorisée et devenue
vulgaire de la littérature lyrique. Il y a évidemment, au fond des incroyables
rodomontades, affectées ou vraies, qui commencent son livre ou le parti pris d’un jeune
homme peut-être modeste, qui sait ? mais rusé comme un maquignon quoique poète et qui
essaierait de blesser à vif la Critique pour l’intéresser à parler de lui, — fût-ce en
mal, — ou bien donc une vanité truculente, comme celles des Scudéry et des Cyrano de
Bergerac, ces fameux Gascons littéraires. Dans l’un ou l’autre de ces deux cas, Gustave
Rousselot aurait fait comme les femmes : il aurait mis un pouf, et, comme beaucoup de
femmes, il l’aurait mis trop gros… Kepler, en redescendant des étoiles, disait
familièrement à Dieu : « Tu t’es passé six mille ans d’un contemplateur tel que moi ! »
mais il redescendait des étoiles ! Rousselot ne croit encore qu’y monter ! Jamais
Shakespeare n’a parlé de lui comme Falstaff. On a de lui des vers adorablement
touchants, où il dit de son génie « mon pauvre génie ! »
Gustave
Rousselot, dans les siens, se dit beau, grand, fort, invincible et sublime, et hors de
ses vers, dans sa préface en prose, il nous signifie « qu’il a trop d’orgueil, ou
de nerfs (la chère petite femme !), pour s’incliner devant qui que ce soit »
,
et il demande qu’on décourage les jeunes poètes ! Après de tels
langages, voilà Rousselot tenu, impérieusement tenu d’avoir du génie.
Seulement, en supposant qu’il en eût, ce serait du génie de bien mauvais ton ; et il a
raison, je pense comme lui, il faudrait décourager les jeunes gens d’en avoir comme
cela.
Mais a-t-il du génie ? A-t-il cette splendeur dans laquelle les ridicules
disparaissent ?… C’est terriblement auguste et complet, le génie ! Je sais trop de quoi
il est fait pour annoncer qu’il vient de naître un homme de génie de plus à la
littérature française, et pourtant il est vrai de dire que le Poème
humain de Gustave Rousselot, malgré les énormes défauts que j’y signalerai
tout à l’heure, a plusieurs des qualités fortes qui constituent le génie poétique, et je
suis d’autant moins suspect lorsque j’affirme qu’il les a, que le poème en question,
avec son titre que je n’aime pas, est écrit tout entier dans une inspiration que je
déteste.
C’est, en effet, l’inspiration de cette doctrine dont Condorcet fut le philosophe.
C’est la chimère de l’humanité victorieuse de toutes les résistances de la vie, et même
de la mort qui les termine. C’est, enfin, l’affolement d’une espérance qui serait
imbécille si elle n’était pas insensée ! Victor Hugo, ce ballon qui chante les ballons,
a, dans une de ses dernières poésies, appelée, je crois, l’Aérostat,
exprimé l’idée que Gustave Rousselot tourne et retourne, concentre ou dilate dans son
poème tout à la fois humanitaire et panthéistique, où Hégel coudoie Condorcet. Victor
Hugo, comme l’auteur du présent poème, et comme d’ailleurs tous les béats et les béants
de la Libre Pensée, qui croient aux perdrix tombant toutes rôties dans le bec humain,
croit, par conséquent, à la déification progressive et nécessaire de l’homme. Ce bec
figue avale aussi celle-là ! Il admet, comme une loi du monde, cette démence de
l’orgueil qu’on ne trouvait autrefois que dans les maisons de fous, et qui trône
maintenant dans les Philosophies et dans les Poèmes. Mais quelle que soit la foi du
grand Hugo à cette , le jeune homme du Poème humain est d’une
absurdité bien autrement ardente et soutenue que la sienne. Il est vaincu, Hugo ! Lui et
d’autres poètes contemporains ont parfois agacé et fait lever dans leurs poésies cette
bête monstrueuse de la déification de l’homme, mais, avant Gustave Rousselot, personne
n’avait fait sur cette idée seule quelque chose comme cinq mille vers,
— et cinq mille vers dans lesquels la verve et le mouvement ne défaillent pas une
minute, et dont beaucoup sont, ma parole d’honneur ! magnifiquement beaux…
Car, il faut bien en convenir, pour être beaux les vers n’ont pas toujours et
nécessairement besoin d’être vrais. — Et c’est ce qui fait le danger des poètes, ces
fascinateurs ! La beauté de leurs chants peut être absolument indépendante des choses
qu’ils expriment. Elle peut être toute dans leur manière de les exprimer… Sans doute,
l’idéal de la poésie la plus puissante serait la réunion de la vérité la plus pure et de
la plus pure beauté, dans un entrelacement sublime ; mais, en réalité, le plus souvent,
elles se dédoublent, et la poésie a la vie assez dure, cette immortelle ! pour ne pas
mourir de ce dédoublement. La Poésie, pour qui veut bien y réfléchir, n’est, en somme,
qu’une superbe force personnelle qui subsiste, quel que soit l’emploi qu’on en fait.
C’est ainsi, par exemple, qu’Ovide, qui fut un poète immense, est resté encore, pour
nous chrétiens qui l’avons dépassé en sentiments et en idées, un poète, malgré l’erreur
de ses mythologies. C’est ainsi que pourrait l’être, et que l’a été à plusieurs places
de son poème, l’auteur du Poème humain, qui nous invente une mythologie
de l’avenir tout aussi fausse que les mythologies du passé, mais moins facile à trouver,
car, ainsi que l’auteur des Métamorphoses, il ne l’avait pas sous la main
et il l’a cherchée dans sa tête. Ovide n’avait qu’à orner de son génie les traditions
fabuleuses et les légendes du monde païen, qui, après le plus éblouissant
épanouissement, allait s’évanouir, tandis que l’auteur du Poème humain —
qui ne relève que d’une philosophie abstraite — n’a que le rêve de cette irréalisable
philosophie ! Il lui faut, avouons-le ! pour rouler, comme le vent roule une feuille, ce
rêve qui tient en quatre mots, sans l’abandonner jamais et en le renouvelant toujours,
le long d’un volume tout entier, une vigueur de projection et de propulsion peu
communes. Qu’on le sache bien ! son poème lyrique n’est pas une succession de chants
coupés par des repos. C’est un chant unique, sur un sujet unique, qui va d’une filée de son premier vers à son dernier vers. A cette époque d’anémie
poétique où l’on s’épuise le tempérament à faire des sonnets et où, pour pouvoir dire
quelque chose, on se met à décrire jusqu’aux brins d’herbe qu’on a sous les pieds, on
est content de rencontrer une poitrine assez bien organisée pour souffler, d’une seule
haleine, fût-ce une bulle de savon de cinq mille vers, sans s’y reprendre à deux fois
avec son fuseau ! Cela donne à penser que dans ce pauvre temps de débilitation
universelle la race des poètes n’est pas encore perdue, et que Gustave Rousselot est
peut-être du bois dont se font ces flûtes enchantées.
Et d’autant que ce n’est pas là seulement une affaire de souffle dans le sens matériel
et organique du mot. Non pas. C’est mieux que cela. Le souffle, chez des poètes dignes
de ce nom, vient de l’enthousiasme. C’est l’enthousiasme, le Dieu en
nous, comme traduisait madame Staël ; c’est l’enthousiasme, cet élargisseur des poitrines et des cœurs, qui donne aux poètes cette longue
haleine et cette force d’enlever leurs vers comme sur des ailes, en plein ciel, en plein
air, en pleine étendue, et, quoiqu’il se perde ici dans la chimère, l’auteur du
Poème humain en a le foyer. C’est par l’enthousiasme qu’il est vengé de
la déraison de ses croyances et de la fausseté des systèmes dont il a fait sa poésie. Le
panthéiste qui a osé écrire de lui-même ;
l’optimiste halluciné qui annonce le monde nouveau ;
l’enivré d’espoir impossible qui s’écrie :
Le
monde aura toujours vingt ans
!…
ce divinisateur même de Dieu, de Dieu qui, dans l’agrandissement forcené de tout, doit
devenir Dieu davantage, est, certes ! bien heureux d’avoir à son
service la faculté de l’enthousiasme, cette expression du feu du cœur qui se tord autour
de son idée, et qui en cache, au moins, dans sa flamme, l’absurdité !
Ainsi oui ! absurde, et d’une absurdité incomparable tant elle est effrénée ! marchant
englouti jusque par-dessus la tête dans les moissons levées d’idées fausses qui couvrent
— épis de révolte ! — le sol crevassé de ce temps ; enivré par les sciences modernes qui
l’ont frappé de leurs vertiges ; optimiste furieux qui mord l’histoire du passé comme un
tigre, — du passé dont, malgré la noblesse de son espèce, il s’abaisse à être le chacal,
— orgueilleux comme Nabuchodonosor lui-même, ce petit ! fou enfin, si vous le voulez,
mais poète, poète par l’enthousiasme, par la palpitation sacrée, par le battement d’un
cœur qui ne battrait peut-être pas plus fort quand ce serait pour la vérité ! Il l’a dit
lui-même, dans un vers splendide comme il en sait faire :
Le sien y frappe. Mais les forcera-t-il ?… C’est surtout par l’enthousiasme et l’âme,
et l’émotion, qu’il est poète. L’âme fait tout pardonner. Religieuse envers et contre
toutes les philosophies qui l’ont dépravée, la sienne est tellement altérée de la soif
du dieu personnel, appelé par lui le dieu inconnu,
qu’il en fait incessamment bomber l’idée concrétisée sur le fond voyant de son
panthéisme oublié. Inconséquent à tout quand il s’agit de Dieu, dédiant à Dieu son
livre, dans une pose naïve de gladiateur enfant, au milieu du cirque de l’athéisme
contemporain qui le nie de toutes parts, déiste d’un déisme involontaire et fatal, à
travers lequel l’idée chrétienne coule, sans qu’il s’en doute peut-être, comme le sang
dans la chair humaine ; déiste malgré lui, qui eût fait effacer à Bossuet sa phrase
célèbre : « Le déisme n’est qu’un athéisme déguisé », voilà, en quelques mots, ce poète
nouveau, à son début, qui lave les sottises de son esprit dans l’émotion de sa poésie,
ce jouvenceau de vingt-trois ans qui s’en vient orgueilleusement demander à la Critique
de l’égorger, si elle l’ose… et celle-ci, comme vous le voyez, ne l’égorge pas ! Elle le
laissera vivre, cet agneau… Mais, dans l’intérêt de sa poésie future, elle lui signalera
les défauts de sa poésie actuelle, qui sont grands, — aussi grands que ses qualités.
Ces qualités, je les ai dites sans presque les montrer ; car les beautés du
Poème humain, réelles et nombreuses, ne sont guères citables, par le fait de l’ampleur de leurs développements et de ce long souffle
qui les emporte tellement d’ensemble qu’on ne peut pas plus les détacher que les
planches unies du vaisseau qui cingle au fil d’un flot puissant et qui monte toujours !
Ces qualités — et c’est leur gloire — ne sont pas du tout celles de la poésie de ce
temps dévasté de poésie. Elles n’ont rien de cette chose sans entrailles et sans
horizon, de cette Chinoise d’éventail ou de paravent, aux petits détails microscopiques,
à la description éternelle d’atomes, même dans la sphère du sentiment, et que nous avons
vue se produire parmi nous depuis la mort du grand et idéal Lamartine. De poésie forte
et dans un autre accent, nous n’avons vu surgir, et bien récemment encore, que le livre
qui a monté tout à coup dans la renommée comme un faucon décapuchonné, écrit par cette
femme étrange, par ce sphinx de génie terrible qui a proposé l’énigme de son sexe à la
Critique, presque épouvantée de tant de virilité… Gustave Rousselot vient après madame
Ackermann. Après la poésie désespérée de madame Ackermann, cette Niobé sans enfants,
d’un désespoir impie, voici le poème de Rousselot, ce Poème humain, qui
est une Bacchanale d’espérance. Les deux seuls ouvrages, en résumé, qui, dans l’ordre
poétique, méritent de tirer la Critique de son abîme d’indifférence réfléchie, et d’être
mis par elle l’un à côté de l’autre, comme on y mettrait deux cariatides de marbre ou
d’airain différents. Malheureusement pour Gustave Rousselot, l’une écrase l’autre, de
ces cariatides… La Niobé vieillie est plus forte que le jeune homme qui croit, comme… un
jeune homme, que la force est dans la jeunesse. Elle lui apprend qu’elle n’y est pas.
Elle lui apprend que la poésie se fait avec de la douleur comme la vie, et que les plus
grands poètes furent les plus vieux, depuis Homère jusqu’à Milton, — et même Byron, qui
mourut à trente-neuf ans, date menteuse ! mais avec les cheveux blancs d’une vieillesse
prématurée. Cette vieille Niobé, du reste, a eu beau souffrir, elle a eu beau se tordre
comme le Laocoon dans l’angoisse, la fureur et le désespoir farouche, elle n’en a pas
moins gardé l’irréprochabilité de son airain et de son marbre, tandis
que le poète du Poème humain, de ce jeune Bacchant ivre de l’Espérance,
est bien loin de briller par la pureté du sien.
C’est un incorrect. Voilà le grand reproche. Son enthousiasme, à lui, qui est sa
qualité première, et qui le lance trop loin du détail pour qu’il puisse en avoir jamais
le fini, roule dans ses bouillonnements par trop d’écume et de bavures. C’est un
incorrect, — comme Alfred de Musset, qui avait aussi des rayures dans son marbre, et à
qui la Critique, avec juste raison, l’a tant reproché. C’est un incorrect, et non pas
seulement un incorrect par défaillance, par le fait de l’organisation qui, à certain
moment, se fatigue. Il l’est aussi comme cela. Bien souvent, dans le cours de son poème,
la strophe admirablement commencée ne finit pas comme elle commence. Le trait final,
cette pointe d’acier qui fait la flèche et où se mire l’éclair, s’émousse et s’évanouit
dans la nue du commun, et l’imprécision de l’image. Quelquefois, au
milieu de la strophe la plus brillamment tricotée, apparaît brusquement un trou.
L’harmonie craque et crie. La rime faiblit jusqu’à la lâcheté. Mais à ces incorrections,
qui sont des défaillances et qui ne sont pas sans remède, il s’en ajoute d’autres plus
coupables, qui viennent de perversion intellectuelle, de volonté et de système. Il
fallait bien que l’optimisme de l’orgueil, à cet enivré de la vie, à ce grisé de jouvence, pour parler comme lui, ajoutât son insolence à tout ; et
voilà comme, à la poésie même, il l’a ajoutée ! Voici comme ce marmot-Titan, qui
demandait dans sa préface qu’on décourageât les jeunes poètes et qu’on
jetât sans pitié dans le barathrum des Spartiates tout ce qui ne serait pas conformé
pour devenir un Hercule, a, par une inconséquence de l’orgueil qui se frappe sans
vouloir se punir, inventé une théorie qui semble une protectrice de sa faiblesse.
Dans une note, qui fait suite à la préface de son poème, et qui n’est pas plus modeste
que cette préface, Gustave Rousselot nous a donné la poétique d’après laquelle il a
composé ce Poème humain. Poème humain, poétique humaine ; car elle est pleine d’une bonté pour la faiblesse humaine, poétique très étonnante de la part d’un jeune homme si fort ! Du coup
de cette poétique, en effet, et de sa seule autorité privée, Gustave Rousselot
affranchit la poésie française de ses règles séculaires, dans l’intérêt de ceux qui
n’ont pas assez de vigueur pour les subir, et dans le sien, à lui, qui s’en croit tant !
« Je trouve le moment venu — dit ce jeune Spartacus de la prosodie — de se
séparer de la routine, et c’est pourquoi j’ai modifié le nombre ordinaire de syllabes…
Mon idée — ajoute-t-il — est même que le poète a le droit de compter
les mots en variant, au besoin, selon le hasard du vers… »
Au hasard du vers ! Ce n’est pas plus compliqué que cela. Les règles prosodiques gênent
tout le monde, les débiles et même les forts. Vous êtes faible ; je suis fort ;
l’affaire peut s’arranger. Et on les supprime. Fatuité charmante ! « Henriette de
Bourbon, ôte-moi mes bottes ! » disait Lauzun. Gustave Rousselot ôte les siennes tout
seul. Et s’il continue à ôter ainsi tout ce qui le gêne, nous verrons de drôles de
spectacles. En attendant, nous voyons, dans son Poème humain, qu’il y
fait rimer LOIN avec SOUTIEN à la page 195, et qu’il y obtient, à mainte place, des
effets de cacophonie aussi étonnants que celui-ci :
Ce « de sa coque l’œuf », il est vrai, semble décisif contre sa théorie et la brise
comme l’œuf dans sa coque. Elle nous rappelle, cette théorie, celle de ces singuliers
grammairiens qui voulaient, il y a quelques années, traiter l’orthographe comme
Rousselot veut traiter la prosodie. Ils prétendaient qu’il fallait affranchir aussi
l’orthographe, et que les cuisinières qui ne la savaient pas étaient celles-là qui la
savaient le mieux… Que sont devenus ces farceurs ? Autrefois, on les payait par des
éclats de rire. Mais le monde est devenu si sot qu’il faut maintenant craindre leur
influence, et que nous arriverons peut-être à être obligés de la discuter, cette haute
influence des farceurs !
Quant à Gustave Rousselot, qui a l’âge de la candeur, s’il est candide, il est, comme
je l’ai dit et comme je viens de le prouver, aussi inconséquent à son orgueil, dans la
misérable conception de sa poétique, qu’insolent pour la poésie elle-même. Il ne faut
pas mépriser son gagne pain. La poésie est son gagne-pain de renommée. Il l’abaisse
jusqu’à n’être plus qu’un art facile, à la portée des plus vils rimailleurs, et
l’outrage à l’art des vers est ici d’autant plus grand que Gustave Rousselot sait les
frapper… autrement qu’en les déshonorant. En effet, et que ceci soit mon dernier mot, ce
jeune garçon a vraiment âme de poète. Il a sur le front la petite étoile. La Critique,
qu’il brave, et qui voudrait le voir sorti de ce fatras d’idées fausses dans lesquelles
il galvaude un bel enthousiasme, peut lui dire avec mansuétude : Vous seriez un fameux
Jocrisse si vous n’étiez pas un poète. Mais, Ganymède nouveau, l’enthousiasme vous a
arraché à la bêtise ! Allez ! mon fils, l’enthousiasme vous a sauvé !
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