Maurice de Guérin28
Était-il un seul de nos lecteurs qui eût jamais entendu parler de Maurice de Guérin,
quand on en publia les œuvres ?… Annoncées depuis longtemps par quelques personnes qui
l’avaient connu et aimé, ces œuvres disent mieux que l’amitié — et leur voix portera
plus loin — les mérites exquis de ce poète qui, s’il eût vécu, aurait été grand.
Georges-Maurice de Guérin, qui dans le monde aimait à porter le nom du Cayla (l’antique
château de ses pères), fut un poète, ou, pour parler plus correctement, un écrivain
d’imagination, qui mourut très jeune, en 1839, dans une obscurité contre laquelle, du
reste, il ne s’est jamais révolté.
Quoique d’un temps fécond en misères qui fit cabrer plus d’un orgueil, il n’aurait pas,
lui, allumé le réchaud d’Escousse. Il n’aurait pas bu le poison de feu qui nous a tué, à
l’aurore de son génie, Hégésippe Moreau. Il était d’une race d’âmes plus élevées et
moins impatientes. Il aimait beaucoup de choses avant la gloire ; car pour les esprits
très hauts et très purs, il y a beaucoup de ces choses-là qui doivent passer avant elle.
Pour lui, pour Maurice de Guérin, — et celui qui écrit ces lignes a été profondément
mêlé à sa vie, — l’émotion désintéressée que donne le génie et la perfection de son
langage étaient bien au-dessus de tous les profits, toujours grossiers et vains, de la
renommée ! Ce rêveur triste, chaste et doux, mais si personnel, et dont la rêverie n’est
— comme vous le verrez — ni celle de Chateaubriand, ni de Gœthe, ni de Sénancour, ni de
Ballanche, ni d’aucun des grands Tristes contemporains, ne souffrit guères que d’une
unique souffrance, très délicate, mais infiniment rare, et qui fera son exclusive
originalité.
Chateaubriand, Gœthe, Sénancour et Ballanche lui-même ont tous plus ou moins souffert
de la vie,
— du moral ou du physique de la vie, — de ses passions positives ou du vague de ses passions (comme l’a dit l’un deux, qui même a inventé
l’expression), — tandis que Guérin n’a simplement souffert que de la pensée, un mal très
précis, mais très exceptionnel. Il a eu le mal de l’idéal. Ce mot,
affecté pour un autre, était vrai pour lui, littéralement vrai. Toute sa vie, qui fut
courte, il souffrit de cet idéal vers lequel il aspirait, mais qu’il n’atteignait pas,
et qu’il aurait atteint probablement s’il avait vécu davantage ; car « nos désirs
sont les pressentiments de nos facultés, les précurseurs des choses
que nous sommes capables d’exécuter »
, a dit Gœthe, dans un éclair.
Malheureusement il mourut, et il mourut se souciant peu d’une gloire qui l’intéressait
moins que son idéal, et qui restera, maintenant, mieux que son idéal, atteinte !
Tel est le véritable caractère de cette physionomie de Maurice de Guérin, de ce talent
englouti dans son espérance et que l’on veut ressusciter. François Ier fit déterrer Laure. Adoration profanatrice ! Il y a moins d’inconvénient à
déterrer les poètes. Ils sont comme les saints les plus aimés de Dieu, que l’on trouve,
au fond de leurs tombes, avec des grâces de sommeil incomparables, tout vermeils et déjà
parfumés du ciel. Les poètes paraissent plus beaux, surtout aux générations qui auraient
pu les connaître et qui les ignorèrent, quand on les tire de l’oubli et de l’ombre de
leurs tombeaux. Le double regret de les avoir perdus sans les voir les rend plus
charmants, et ce regret, voilà leur gloire !
Sera-ce la gloire de Guérin ? Déjà une fois on a tenté une exhumation de sa personne et
de quelques-uns de ses écrits. Peu de temps après sa mort, la Revue des
Deux-Mondes lui consacra un long article. Ce n’avait pas été grand’chose pour
la gloire de Guérin que l’article de la Revue des Deux-Mondes, qui,
d’ailleurs, resta solitaire, comme l’agréable oiseau des Psaumes : nycticorax in domicilio. Nous l’espérons bien, la publication de son œuvre sera
meilleure pour sa gloire, — cette gloire à laquelle il ne pensait pas, et qui, comme la
Fortune, aime à venir s’asseoir à la porte de ceux qui dorment, hélas ! de leur sommeil
éternel.
Mais tout Guérin n’est pas dans ces deux volumes29 ! C’est le timide discernement de cette petite faculté
sobre qu’on appelle le Goût avec tant de bonheur, qui a choisi ces fragments, et qui les
a choisis pour que le public à qui on les offrait pût les prendre. Ce sont là les bords
d’un vase plein. Mais ce n’est pas le fond de cette profonde coupe de rêveries, dans
laquelle, si on la vidait, on regarderait peut-être encore, comme ce vieux enivré de roi
de Thulé regardait au fond de la sienne, en l’emplissant de ses longues larmes avant de
la jeter dans la mer !
Du reste, et quoi qu’il soit de ces deux volumes, les amis de Guérin qui les ont
publiés ont cru être habilement modestes. Ils ont demandé à Sainte-Beuve un peu de sa
célébrité pour orner celle qu’ils se proposaient de faire à Maurice de Guérin. Au lieu
d’écrire, eux qui l’avaient connu, sous l’empire des souvenirs personnels et émus qu’il
leur avait laissés, ils ont mieux aimé s’adresser à un écrivain qui ne l’avait jamais
vu, pour dire au monde ce qu’il était et lui attacher le second grelot de sa gloire,
puisque le premier n’avait pas assez retenti ! Évidemment, dans leurs prévisions et
combinaisons, le grelot était Sainte-Beuve lui-même.
Malheureusement, Sainte-Beuve est peu sonore. Malgré son talent, à qui j’ai rendu
souvent et dernièrement encore justice, Sainte-Beuve n’est pas constitué pour faire
grand bruit. Il a un joli timbre, mais il est voilé naturellement, et, par une
précaution pleine de délicatesses… pour lui-même, il le voile encore. Quoiqu’il ait le
sens critique beaucoup trop fin et trop exercé pour ne pas sentir les beautés et les
suavités de toutes sortes qui sont dans Guérin, il n’a pas l’enthousiasme qu’il
faudrait, l’éclat et la portée de voix, la souveraineté dans la parole, qui peuvent
exiger l’admiration comme une justice et la décider du même coup. Nous l’avons, on le
sait, déjà nommé un donneur d’oboles tumulaires. Mais, passé l’obole, voyez-vous ! il ne
donne plus. Dans l’introduction aux Reliquiæ de
Maurice de Guérin dont on l’a chargé, je trouve cette dernière phrase tout à fait dans
les cordes indécises de son agréable, mais petite voix : « Ce que Guérin n’a pas
eu le temps de tresser et de transformer selon l’art, devient sa plus belle couronne,
a et qui ne se flétrira point, si je ne m’abuse ! »
— Si je ne m’abuse ! Quelle peur consciencieuse de se tromper ! Si je ne m’abuse ! C’est bien là l’obole, et encore celui qui la donne
n’est pas bien sûr qu’elle ne soit pas de la fausse monnaie ; seulement, toujours
prudent, il ne la risque qu’en supposant qu’elle n’en est pas !
Certes ! je crains fort, pour mon compte, que les amis de Guérin, qui avaient pris pour
lui faire trompette un hautbois tortueux aussi peu sûr de ses sons, ne se repentent
maintenant d’un choix déterminé par le nom seul de l’instrumentiste ; mais ce que je
sais de science certaine, c’est que Guérin n’avait nul besoin que l’auteur des
Consolations, qui n’est nullement celui des affirmations et des
certitudes, affirmât, sous réserve de s’abuser, un genre de génie que
Guérin était bien de force à affirmer tout seul, et que l’auteur des Portraits
contemporains ajoutât au mou de ses affirmations le mou de sa manière, en
donnant, pour éclairer son œuvre, ce médaillon, vaporeux et gris, d’une biographie, qui,
cependant, n’est pas sans charme (le charme du sujet), mais dans lequel je ne trouve que
le profil fuyant et énervé de cette individualité poétique, — plus poétique que son
talent même ! — et qui fut pour nous Maurice de Guérin.
Assurément, en tant qu’on ne devait pas nous le montrer plus vivant que cela, plus
caractérisé, plus vrai, plus ressemblant, plus pénétré, la publication des
Reliquiæ suffisait. Elle nous en aurait autant appris. Sainte-Beuve,
qui, dans sa notice, n’a guères que répété les faits de la publication autobiographique
de Guérin, a le mérite d’une glace qui réfléchit une autre glace ; mais comme l’étamage
de la seconde n’est pas supérieur à celui de la première, c’en est évidemment une de
trop ! Avant Vigny, qui devina André Chénier par le génie, nous eûmes La Touche, qui le
publia, et qui nous ébrancha ce beau platane grec avec sa petite serpette de jardinier
français et d’homme de goût. Eh bien, puisqu’il ne pouvait être un peintre divinateur
comme Vigny, c’était un critique comme La Touche que Sainte-Beuve devait se contenter
d’être en parlant de Guérin, cet « André Chénier du panthéisme », comme il ne l’appelle
pas, mais comme il dit qu’on l’a appelé !
Et, en effet, il ne prend pas même sur lui la responsabilité de cette parole
superficielle, mais il l’approuve, et c’est une manière passive d’être capable de la
trouver. Or, parce que Maurice de Guérin a écrit quelquefois des vers qu’on dirait tirés
de l’Anthologie grecque, par exemple ceux-ci :
parce que de Guérin a quelques-uns de ces vers finis parmi les vers non finis, mais
charmants dans leur ébauche, qu’il nous a laissés, il n’est pas pour cela le jumeau
posthume d’André Chénier dans un genre différent, et l’appeler l’André Chénier du
panthéisme est même une expression contradictoire. Il a pu y avoir, sans doute, par
éclats, par réminiscences isolées (car ce n’est pas pour rien que les Grecs, ces rois du
symbole, avaient fait les Muses — toutes les neuf — filles de la Mémoire), il a pu y
avoir, à certaines places et à certaines reprises, de l’André Chénier en Guérin. Mais,
d’essence, leurs génies différaient trop profondément pour qu’on pût les comparer ou les
assimiler jamais. Le grand anthropomorphiste qui a écrit L’Aveugle,
Le
Mendiant, tant de fragments grecs et aussi tant d’autres chefs-d’œuvre,
— grecs encore quand il voulait le plus être du xviiie
siècle et français, — n’a rien de commun avec le panthéiste qui n’est pas
panthéiste seulement que dans son étrange poème du Centaure.
Maurice de Guérin est un panthéiste ; mais un panthéiste d’un accent jusqu’à lui
inconnu. C’est un panthéiste qui, pour être profond et puissant, n’est ni trouble, ni
confus, comme tous les esprits qui inclinent au panthéisme, aussi bien en poésie qu’en
philosophie, aussi bien dans le sentiment que dans l’abstraction. C’est un panthéiste ;
mais dans la netteté et dans la lumière. Le livre qu’on a fait avec ses papiers, et que
l’on a intitulé Reliquiæ, pourrait s’appeler Pan. Poète
naturaliste (pictura poesis), qui traverse la description pour aller
heurter obstinément sa rêverie contre l’obstacle, éblouissant ou sombre, de la Nature,
qui cache invinciblement son secret sous les formes incompréhensibles de la vie, il
procède toujours par larges échappées de paysages, par prolongement d’horizons, ou par
ces traits qui, tout déliés qu’ils soient, se fondent dans la transparence qui est
l’infini au regard :
S’il a parfois, comme les rivages qui ont des anses et les forêts qui ont des
clairières, de petits coins de descriptions bornées qui ravissent les contemplateurs au
microscope comme Sainte-Beuve, il n’en est pas moins vrai qu’il est particulièrement le
poète du mystérieux et de l’immense ; quand, au contraire, André Chénier, le graveur sur
onyx avec un poinçon d’or, le faiseur de camées en deux vers et qui en incruste ses plus
longues pièces, cet artiste puissamment fin, qui fait tenir tout un combat de Lapithes
et de Centaures ou tout un univers émergeant des ondes sur une facette de saphir, est le
poète de la ligne ramassée et du contour, cette borne de l’âme à laquelle, pour l’en
consoler, Dieu, et l’Art qui répète Dieu, ont donné cette forme divine du contour !
Enfin, l’un est le fini le plus parfait, et l’autre l’infini (qui ne peut pas l’être
sans perdre à l’instant même son grand caractère d’infini), seulement semblables en
ceci, s’il faut à toute force leur trouver une ressemblance, c’est qu’ils sont, chacun à
sa manière, de délicieux poètes tous les deux !
Et comme justement ils différèrent par l’inspiration et l’observation poétique, ils
différèrent autant par le langage. Tous les deux écrivirent également en prose et en
vers ; mais l’un (André Chénier), le poète du fini, parla mieux la langue des vers, qui
est le langage du fini, et l’autre (Maurice de Guérin), le poète de l’infini, parla
mieux la langue de la prose, dans laquelle la nature et la pensée semblent avoir plus
d’espace pour s’étendre et tenir tout entières. La prose de Guérin est infiniment
supérieure à ses vers. Les deux volumes trop restreints qu’on nous a donnés se composent
presque exclusivement de sa prose, et ce n’est pas un mal, puisqu’elle est seule
véritablement et irréprochablement belle.
Et cependant, moi qui connais le langage poétique que Guérin a laissé derrière lui,
j’aurais voulu qu’on eût ajouté aux quelques pièces éditées plusieurs autres,
inférieures aussi d’art, de rhythme, et même de rime, mais qui n’en serviraient pas
moins à caractériser le génie personnel d’un poète qui n’a cherché à imiter personne !
On n’en trouve guères que trois, et ce n’est pas assez. Les Souvenirs
(une rêverie digne de la jeunesse du Dante), L’Anse des Dames, et cette
Promenade dans la Lande qui commence à donner, distincte et profonde,
cette note si particulière que le génie de Maurice de Guérin ne perdra plus. Le reste,
et le reste est le tout, n’est que prose : lettres écrites à des amis, mais dans les
premiers moments de la vie ; Memoranda, vues sur soi-même ; paysages
bretons : admirable rendu de la nature par qui l’adore ; et, pour couronner cet
ensemble, Le Centaure, qui n’est pas un fragment, mais un chef-d’œuvre
complet et absolu, où pour la première et seule fois Guérin saisit son idéal et
n’insulta pas sa pensée.
Mais, quoiqu’ils soient moins originaux, moins grandiosement profonds et moins
étonnants que ce Centaure, qui n’est ni antique ni moderne, mais quelque
chose de tout à fait à part de toutes les productions littéraires connues, et même pour
cette raison-là, les autres fragments, et dans ces fragments, par exemple, les paysages,
seront-ils plus goûtés du public des livres que Le Centaure, et sera-ce
par eux que Guérin fera sa gloire, qui, d’ailleurs, ne sera jamais populaire ? Il y a
certainement de très grands artistes qui ont été ou qui sont populaires, mais ce sont
les grands artistes par la force, que tout le monde comprend toujours. Ce ne sont pas
les grands artistes par la délicatesse et par la beauté pure de l’idéal, bien plus
difficile à comprendre… Assurément cet idéal, que Guérin souffrait tant de ne pouvoir
saisir comme il le voyait, pour l’emprisonner dans la forme vive et diaphane d’une
langue digne de le contenir, cet idéal rayonne, comme un ciel lointain, à travers les
paysages qu’il nous a peints ; mais il n’y rayonne que pour ceux qui savent l’y voir ;
tandis que pour le plus grand nombre, que la réalité visible attire, ce qui constituera
le grand mérite de ces paysages, c’est leur vie, c’est la vérité d’impression de ces
aperçus, transposés de la vision plastique dans la vision littéraire… et qui nous
effacent presque du coup les paysagistes les plus vantés : Bernardin de Saint-Pierre,
Chateaubriand, madame Sand, dont la seule qualité qui n’ait pas bougé dans des œuvres
déjà passées est d’être une paysagiste !
Chateaubriand est le Poussin du paysage ; pourquoi mêle-t-il des ambitions étrangères à
son magnifique talent de peintre des choses naturelles ? Mais Guérin, lui, est vrai
comme Claude Lorrain, et s’il nous avait peint le Midi comme il nous a peint l’Ouest, le
pays du soleil au lieu du pays des nuages, il aurait eu la transparence orangée de
Claude et l’or fusible de son incroyable lumière. L’affectation n’oserait pas toucher,
dans Guérin, à sa sensation exquise ou profonde. Le placer, comme l’a fait Sainte-Beuve,
entre Bernardin de Saint-Pierre, le poète anglais Cowper et le lakiste Wordsworth, c’est
évidemment l’abaisser. Les lakistes ont des enfantillages. Byron disait de Wordsworth
qu’il niaisait souvent, et Byron ne se moquait pas : c’est la vérité.
Eh bien, Guérin ne niaise jamais, et descend sans enfantillage aussi loin que possible
dans la simplicité ! Sans doute, aux premiers coups qu’il donna de cette plume qui est
un pinceau, il rappela l’homme qu’il avait d’abord aimé. Les Études de
Bernardin avaient été le vase vivant dans lequel il avait commencé de boire le lait des tendresses humaines pour la Nature… Mais, comme l’enfant
grandi, qui a essuyé sa ronde bouche rose du lait maternel et qui n’a plus là que son
propre souffle à lui, sa virginale haleine, Guérin ne fut plus que Guérin, et il ne
resta pas dans les flots de sa chevelure ambroisienne, livrée à tous les vents de ses
paysages, une seule des fleurs tombées de ce lilas de Bernardin sous lequel il s’était
une minute assis.
Gœthe, si respecté par Sainte-Beuve, Gœthe, qui aurait joui si profondément du
Centaure et qui aurait rêvé à son tour cet
Hermaphrodite, fils des Musées et de Pausanias, et qui devait devenir,
dans la pensée de Guérin, le frère du Centaure ; Gœthe n’aurait confondu
avec personne ce panthéiste original qui ne vit jamais au monde que la Nature, — la
grande Nature qu’aimait Lucrèce, celle-là qui tient sous le bleu du ciel, entre deux
horizons, — et, tout allemand qu’il fût, il aurait mieux compris que Sainte-Beuve
l’interprétation presque consubstantielle de cette nature que Guérin nous a faite, dans
ces fragments inouïs de pureté, de mollesse et de transparence, de contours sinueux et
rêveurs !
Tel il est dans ces deux volumes que j’ai appelés les deux bords d’une coupe qu’il faut
plus hardiment incliner, et tel on va commencer de le lire et de le goûter. Laissons-le
d’abord entrer dans l’imagination contemporaine. Quand il y sera bien établi une fois,
ce beau revenant, qui n’est pas un fantôme, nous retournerons à lui et nous en parlerons
à l’aise…
Nous n’avons voulu que signaler par quelques mots l’entrée dans la littérature
française d’un poète d’une distinction suprême, en train de dégager, quand il est mort,
une ravissante personnalité. Nous le répétons et avec joie, il y a plus que ces deux
volumes en Guérin, et il y a surtout une biographie intellectuelle et intime à faire de
ce poète qui surgit maintenant, l’étoile au front, dans la constellation des poètes de
son siècle. Celle que l’on a arrangée ici pour les besoins du moment n’appuie sur rien,
— et, d’ailleurs, même en n’appuyant pas, ne nous donne qu’une époque de la vie de
Guérin, et l’époque la moins intéressante de la vie de ce poète qui n’était encore que
la larve de lui-même quand il s’en revint de la Chesnaye vers nous qui le revîmes à
Paris ! Cette biographie d’un poète qui était plus la Poésie encore dans sa vie que dans
son talent, ce n’est pas le fusain rapide de Sainte-Beuve qui en tiendra lieu, si je ne m’abuse, et un jour ou l’autre, soyez tranquille ! cette
biographie qui manque toujours, et qu’on attendait, il y aura quelqu’un qui la fera30.
▲